1 (Modifié par Jehan 03/02/2016 à 15:08)

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Bonjour à tous,

Je suis en 1èreS et j'ai un commentaire de français au choix à faire, j'ai donc choisi le poème de Robert DESNOS, "Comme une main à l'instant de la mort in Corps et biens dans la section "A la mystérieuse" car je le trouve très spécial et qu'on en parle peu.

Cependant, après 2-3 heures de recherche d'un plan, je n'ai toujours rien trouvé. Je n'ai ni mes deux/trois axes ni mes deux/trois sous-parties chacun. Je bloque vraiment.

Je me tourne donc vers vous en espérant que vous soyez plus inspirés.

Merci d'avance et voilà donc le poème :


COMME UNE MAIN A L'INSTANT DE LA MORT

   Comme une main à l’instant de la mort et du naufrage
se dresse comme les rayons du soleil couchant, ainsi
de toutes parts jaillissent tes regards.
   Il n’est plus temps, il n’est plus temps peut-être de
me voir,
   Mais la feuille qui tombe et la roue qui tourne te
diront que rien n’est perpétuel sur terre,
   Sauf l’amour,
   Et je veux m’en persuader.
   Des bateaux de sauvetage peints de rougeâtres cou-
leurs,
   Des orages qui s’enfuient,
   Une valse surannée qu’emportent le temps et le
vent durant les longs espaces du ciel.
   Paysages.
   Moi, je n’en veux pas d’autres que l’étreinte à laquelle
j’aspire,
   Et meure le chant du coq.
   Comme une main, à l’instant de la mort, se crispe,
mon cœur se serre.
   Je n’ai jamais pleuré depuis que je te connais.
   J’aime trop mon amour pour pleurer.

     Tu pleureras sur mon tombeau,
     Ou moi sur le tien.
     Il ne sera pas trop tard.
     Je mentirai. Je dirai que tu fus ma maîtresse.
     Et puis vraiment c’est tellement inutile,
     Toi et moi, nous mourrons bientôt.

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Bonjour,
Dans un premier temps, faites-nous part de ce que vous avez trouvé d'intéressant à dire sur ce poème, même si c'est partiel ou décousu.

3

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Bonjour,

Pardon j'ai complètement oublié de vous mettre ce que j'avais déjà cherché :


Il y a beaucoup de mouvement : "vent", "roue qui tourne" ...

L'expression du temps qui passe : "il n'est plus temps", "la feuille qui tombe" ... ///// "rien n'est perpétuel sur terre"

Le thème de la mort : "mort", "naufrage" ...

La présence de la nature : "paysages", "orages", "espaces du ciel" ...

Le thème de l'amour : "maîtresse", "toi et moi", "mon amour pour pleurer" ...

~La présence de sens : "jaillissent tes regards" = vue // "main", "valse" (sensualité donc amour) : toucher // "chant du coq = ouïe.

J'aurai une question également, dans quel registre littéraire rentre ce poème ? J'aurais penser au Baroque avec l'instabilité, la mort, la fuite du temps et le mouvement ...

Merci d'avance pour votre aide.

4

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Bonjour,

Le baroque n'est pas un registre mais un courant.
Le registre est celui du lyrisme élégiaque.

5

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Oui pardon je voulais parler de courant et donc merci pour le registre quand même, par contre je ne sais pas si le courant littéraire est le baroque du coup. Que diriez-vous ?

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Pourquoi le baroque ? Que mets-tu sous ce terme ?
D'autre part, qu'est-ce qui a suscité ton intérêt pour ce poème ?

7

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Comme je l'ai dit dans un message précédent, j'ai pensé au baroque car il y a la présence de la mort dans le poème mais aussi de la fuite du temps je pense et il y a du mouvement je trouve.
J'ai choisi ce poème car il nous était proposé deux poèmes et que c'est lui qui m'inspirait le plus, les rythmes, les sonorités étaient plus percutantes que l'autre voilà tout.

Auriez-vous une idée de plan ou si ce n'est des éléments à rajouter à ce que j'ai relevé, à savoir :

Il y a beaucoup de mouvement : "vent", "roue qui tourne" ...
L'expression du temps qui passe : "il n'est plus temps", "la feuille qui tombe" ... ///// "rien n'est perpétuel sur terre"
Le thème de la mort : "mort", "naufrage" ...
La présence de la nature : "paysages", "orages", "espaces du ciel" ...
Le thème de l'amour : "maîtresse", "toi et moi", "mon amour pour pleurer" ...
~La présence de sens : "jaillissent tes regards" = vue // "main", "valse" (sensualité donc amour) : toucher // "chant du coq = ouïe.

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Comme je l'ai dit dans un message précédent, j'ai pensé au baroque car il y a la présence de la mort dans le poème mais aussi de la fuite du temps je pense et il y a du mouvement je trouve.

Oui, mais évoquer ce courant et cette esthétique ne me paraît pas opportun. On va penser que tu fais un anachronisme, ou que tu prends le mot dans un sens trop large.

J'ai choisi ce poème car il nous était proposé deux poèmes et que c'est lui qui m'inspirait le plus, les rythmes, les sonorités étaient plus percutantes que l'autre voilà tout.

Ce qui correspond bien au lyrisme élégiaque signalé par Jean-Luc. Je ne sais pas si "percutantes" est un terme approprié. Mais il faut que tu saches que tu as choisi un poème difficile à analyser. 

Auriez-vous une idée de plan

Beaucoup trop tôt, et je ne te donnerai pas de plan qui puisse préfigurer une interprétation trop stricte, même sdi lire, c'est déjà interpréter.

ou si ce n'est des éléments à rajouter à ce que j'ai relevé, à savoir :
Il y a beaucoup de mouvement : "vent", "roue qui tourne" ...

Oui, du mouvement, mais aussi la fixité du tombeau à la fin.

L'expression du temps qui passe : "il n'est plus temps", "la feuille qui tombe" ... ///// "rien n'est perpétuel sur terre"
Le thème de la mort : "mort", "naufrage" ...

Oui, le naufrage, en particulier, est un thème récurrent dans Corps et biens (cf le titre !)

La présence de la nature : "paysages", "orages", "espaces du ciel" ...

Certes, mais dans quel sens faut-il comprendre :
"Paysages.
Moi, je n'en veux pas d'autre..." ?

Le thème de l'amour : "maîtresse", "toi et moi", "mon amour pour pleurer" ...

Sans aucun doute.

La présence de sens : "jaillissent tes regards" = vue // "main", "valse" (sensualité donc amour) : toucher // "chant du coq = ouïe.

Il n'est pas évident qu'il faille rattacher l'évocation de la valse au thème de l'amour ; regarde dans quel ensemble se trouve le mot.

Tu as fait un premier travail, mais à présent, il faut essayer de construire quelque chose en pensant bien qu'on n'a pas nécessairement toutes les clés qui permettrait d'expliciter parfaitement le sens.

Observe la comparaison du début (attention, il y a en fait deux comparaisons imbriquées) : quel est le comparé ?
Puis Observe la comparaison "Comme une main..." . Quel est le comparé ?
Qu'en déduis-tu sur la situation du "je" et du "tu" ?

Par ailleurs, tiens compte de la forme poétique : que peux-tu en dire ?

9 (Modifié par Jehan 03/02/2016 à 18:59)

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort

Oui, mais évoquer ce courant et cette esthétique ne me paraît pas opportun. On va penser que tu fais un anachronisme, ou que tu prends le mot dans un sens trop large.

Oui je pense, merci de la remarque.

Ce qui correspond bien au lyrisme élégiaque signalé par Jean-Luc. Je ne sais pas si "percutantes" est un terme approprié. Mais il faut que tu saches que tu as choisi un poème difficile à analyser.

Je m'en rends bien compte mais après tout c'est en se confrontant aux choses que l'on apprend.

Beaucoup trop tôt, et je ne te donnerai pas de plan qui puisse préfigurer une interprétation trop stricte, même si lire, c'est déjà interpréter.

Je comprends tout à fait oui.

Oui, du mouvement, mais aussi la fixité du tombeau à la fin.

C'est vrai, merci beaucoup de me l'avoir fait remarqué, je n'y avais pas prêter grande attention.

Oui, le naufrage, en particulier, est un thème récurrent dans Corps et biens (cf le titre !)

C'est bon à savoir merci.

Certes, mais dans quel sens faut-il comprendre :
"Paysages.
Moi, je n'en veux pas d'autre..." ?

Je pense que dans ce cas, Robert DESNOS souligne le fait qu'il aurait en quelque sort envie de stopper le temps afin de pouvoir garder ces "paysages" éphémère tout comme son 'existence'. Qu'en pensez-vous ?

Il n'est pas évident qu'il faille rattacher l'évocation de la valse au thème de l'amour ; regarde dans quel ensemble se trouve le mot.

"valse" est accompagnée de l'adjectif qualificatif "surannée, elle a donc ici une dimension temporelle plutôt ?T

Tu as fait un premier travail, mais à présent, il faut essayer de construire quelque chose en pensant bien qu'on n'a pas nécessairement toutes les clés qui permettrait d'expliciter parfaitement le sens.

Oui c'est sûr.

Observe la comparaison du début (attention, il y a en fait deux comparaisons imbriquées) : quel est le comparé ?

C'est la main qui serait comparée aux "rayons du soleil couchant" ?

Puis Observe la comparaison "Comme une main..." . Quel est le comparé ?

Je dirais que c'est le cœur qui est le comparant, "comme une main à l'instant de la mort et du naufrage se [crispe]", son cœur se serre ?

Qu'en déduis-tu sur la situation du "je" et du "tu" ?

Qu'entendez-vous par "la situation" ?

Par ailleurs, tiens compte de la forme poétique : que peux-tu en dire ?

Je dirais que c'est un poème en vers libre, aucune forme de ponctuation et de structure stricte du poème ne sont apparentes.
On pourrait peut-être même penser au résultat d'une écriture automatique.

10 (Modifié par Yvain 03/02/2016 à 19:33)

Desnos, Comme une main à l'instant de la mort


Certes, mais dans quel sens faut-il comprendre :
"Paysages.
Moi, je n'en veux pas d'autre..." ?

Je pense que dans ce cas, Robert DESNOS souligne le fait qu'il aurait en quelque sort envie de stopper le temps afin de pouvoir garder ces "paysages" éphémère tout comme son 'existence'. Qu'en pensez-vous ?

Le vers : "Moi, je n'en veux pas d'autres que l'étreinte à laquelle j'aspire" montre que les "paysages" évoqués, y compris la "valse surannée" sont mis à l'arrière-plan, délaissés comme des "planches de salut" inefficaces, en quelque sorte. On peut d'ailleurs rapprocher ce passage d'un autre issu du poème "Non, l'amour n'est pas mort", qui appartient au même sous-ensemble A la mystérieuse :
Ecoutez, j'en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.
J'aime l'amour, sa tendresse et sa cruauté
.


Il n'est pas évident qu'il faille rattacher l'évocation de la valse au thème de l'amour ; regarde dans quel ensemble se trouve le mot.

"valse" est accompagnée de l'adjectif qualificatif "surannée, elle a donc ici une dimension temporel plutôt ?

Vu le sens de l'adjectif, oui.

Observe la comparaison du début (attention, il y a en fait deux comparaisons imbriquées) : quel est le comparé ?

C'est la main qui serait comparé aux "rayons du soleil couchant" ?

Non, le comparé de la comparaison principale, c'est tes regards

Puis Observe la comparaison "Comme une main..." . Quel est le comparé ?

Je dirais que c'est le cœur qui est le comparant, "comme une main à l'instant de la mort et du naufrage se [crispe]", son cœur se serre ?

Oui.

Qu'en déduis-tu sur la situation du "je" et du "tu" ?

Qu'entendez-vous par "la situation" ?

La situation dans laquelle ils sont vus par le poète (C'est une situation symétrique : les deux sont tout proches de la mort)

Par ailleurs, tiens compte de la forme poétique : que peux-tu en dire ?

Je dirais que c'est un poème en vers libre, aucune forme de ponctuation et de structure stricte du poème ne sont apparentes.
On pourrait peut-être même penser au résultat d'une écriture automatique.

Si, il y a quelques signes de ponctuation. On est devant un intermédiaire entre le vers libre et la prose, en fait. Le poète dispose ses "vers" par unités très souples de sens ou de rythme. Ce n'est pas exactement de l'écriture automatique, l'auteur ne laisse pas sa plume divaguer avec autant de liberté que dans la véritable écriture automatique, mais c'est pratiquement du "premier jet". Tu peux associer le rythme variable des "vers" à l'expression de la fluctuation, de l'instabilité des choses (cf l'image de la mer, du ciel, de la feuille qui tombe...). Seuls l'amour et la mort (liaison classique) illustrent une certaine stabilité l'un dans la vie, l'autre après.