Arthur Rimbaud, Ver erat

Ver erat

Avec ce poème Rimbaud a eu le premier prix de composition latine en vers. La petite histoire dit qu'il a terminé en une heure et qu'il n'a pas consulté son Gradus ad parnassium

Sujet: (6 novembre 1868)

Developper en vers latins le thème développé par  Horace dans ces lignes de l'Ode IV, livre III:

"Me fabulosae, Vulture in Apulo
Altricis extra limen Apuliae
Ludo fatigatumque somno
Fronde noua puerum palumbes
Texere. . . .
. . . Vt premerer sacra
Lauroque collataque myrto
Non sine Dis. . . ."

Arthur Rimbaud, Ver erat

Magnifique, je suis contente que le sujet ait été abordé, j'attends des réactions...!

Arthur Rimbaud, Ver erat

Pourrions-nous, nous autres malheureux non-initiés, avoir une traduc du sujet et une idée de ce qu'a écrit Rimbaud ?
je comprends  qu'il y a des choses fabuleuses, ou qu'il affabule (?), qu'il est question d'Apulée, qu'il joue à la fronde  avec des palombes puèriles et qu'il y a un myrte sacré 

Arthur Rimbaud, Ver erat

Quand tu dis 'petit Rimbaud' je préciserais son âge: 14 ans!!

Arthur Rimbaud, Ver erat

Pourrions-nous, nous autres malheureux non-initiés, avoir une traduc du sujet et une idée de ce qu'a écrit Rimbaud ?
je comprends  qu'il y a des choses fabuleuses, ou qu'il affabule (?), qu'il est question d'Apulée, qu'il joue à la fronde  avec des palombes puèriles et qu'il y a un myrte sacré 

Que c'est poétique !! 

Bon, ben je crois que mon Gaffiot n'aura pas de vacances !

Arthur Rimbaud, Ver erat

Sujet (traduction François Richard, Ed. Garnier Flammarion "Oeuvres de Horace" -très lisible, très gratifiant à lire...sur une plage d'été sinon dans l'une des sept collines qui entourent Rome):

Un jour, étant tout enfant, dans un sentier du Vultur (le détroit de Gibraltar), hors des limites de l'Apulie, ma terre natale, j'étais fatigué de sommeil et je tombais de sommeil: des colombes, comme dans la fable, me couvrirent de feuillage nouveau;
.......
recouvert en même temps de laurier sacré et de myrte (couvert donc des honneurs).

Mis apart l'étonnement généré par sa capacité de composer 59 hexametres en latin à son très jeune âge, les majuscules sont prophétiques: TU VATES ERIS (tu seras devin/poète).

Arthur Rimbaud, Ver erat

J'avais commencé une traduction (assez littérale et probablement pas dénuée d'erreurs), que je n'ai par ailleurs jamais terminée ni versifiée :

C’était le printemps, et Orbilius se languissait à Rome à cause d’une pesante
Maladie : les traits sinistres des maîtres s’étaient tus ;
Le son des coups ne résonnait plus à mes oreilles,
Ni la férule ne torturait mes bras d’une douleur sans trêve.
Je m’emparai du temps : je gagnai insouciant les campagnes
Riantes. Éloigné de l’étude et dégagé de tout travail,
Des plaisirs attrayants récréaient mon âme fatiguée.
Mon cœur, pris d’une je ne sais quelle agréable douceur,
Oublia sitôt les ennuis de l’école, sitôt les tristes mots
Du maître ; il m’était bon regarder les champs largement
Et distinguer les heureux prodiges d’une terre qui refleurit.
Mais enfant, je ne recherchais pas seulement les vains loisirs de la campagne :
Je cueillais pour mon petit cœur de plus grandes sensations :
Un je ne sais quel esprit, assez divin, ajoutait des ailes
À mes sens en folie : je contemplais stupéfait ce spectacle
D’un regard paisible : l’amour de cette chaude campagne
S’insinuait en moi : comme autrefois l’anneau de fer
Que la roche de Magnésie attirait grâce à sa force
Cachée, et liait silencieusement à soi par un hameçon invisible.
[…]

Et le sujet (que je recopie sans le tronquer) dans la traduction de J. Villeneuve (CUF) :

" Dans mon enfance, des colombes de la Fable, sur le Vultur apulien, un jour que, hors du seuil de ma nourrice Pullia, j'étais tombé épuisé de jeu et de sommeil, vinrent, avec du feuillage nouveau, / me couvrir , montrant ce prodige à tous ceux qui habitent le nid de la haute Achérontie, et les défilés de Bantia, et la campagne plantureuse de la basse Forente, / de me voir dormir sans craindre pour mon corps les vipères et les ours sinistres, de voir, unis ensembles, le laurier et le myrte sacrés revêtir ce petit enfant donc le courage venait des dieux. "

Arthur Rimbaud, Ver erat

Merci à tous !