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Hugo, Les Misérables, I, livre 2, chapitre 8 - Un homme à la mer !...

Bonjour à tous,

J'ai commencé à répondre à une question posé sur le chapitre VIII du livre Les Misérables mais j'ai l'impression d'être à côté de la plaque j'aimerai recevoir de l'aide sur la structure de ma réponse. La question est : Quelle est l'évolution psychologique du naufragé ? En quoi peut-on dire que la mention du navire structure le récit ?

Voici le texte

Un homme à la mer !
Qu'importe! le navire ne s'arrête pas. Le vent souffle, ce sombre navire-là a une route qu'il est forcé de continuer. Il passe.
L'homme disparaît, puis reparaît, il plonge et remonte à la surface, il appelle, il tend les bras, on ne l'entend pas ; le navire, frissonnant sous l'ouragan, est tout à sa manœuvre, les matelots et les passagers ne voient même plus l'homme submergé ; sa misérable tête n'est qu'un point dans l'énormité des vagues.
Il jette des cris désespérés dans les profondeurs. Quel spectre que cette voile qui s'en va ! Il la regarde, il la regarde frénétiquement. Elle s'éloigne, elle blêmit, elle décroît. Il était là tout à l'heure, il était de l'équipage, il allait et venait sur le pont avec les autres, il avait sa part de respiration et de soleil, il était un vivant. Maintenant, que s'est-il donc passé ? Il a glissé, il est tombé, c'est fini. ,
Il est dans l'eau monstrueuse. Il n'a plus sous les pieds que de la fuite et de l'écroulement. Les flots déchirés et déchiquetés par le vent l'environnent hideusement, les roulis de l'abîme l'emportent, tous les haillons de l'eau s'agitent autour de sa tête, une populace de vagues crache sur lui, de confuses ouvertures le dévorent à demi ; chaque fois qu'il enfonce, il entrevoit des précipices pleins de nuit ; d'affreuses végétations inconnues le saisissent, lui nouent les pieds, le tirent à elles ; il sent qu'il devient abîme, il fait partie de l'écume, les flots se le jettent de l'un à l'autre, il boit l'amertume, l'océan lâche s'acharne à le noyer, l'énormité joue avec son agonie. Il semble que toute cette eau soit de la haine.
Il lutte pourtant, il essaie de se défendre, il essaie de se soutenir, il fait effort, il nage. Lui, cette pauvre force tout de suite épuisée, il combat l'inépuisable.
Où donc est le navire? Là-bas. À peine visible dans les pâles ténèbres de l'horizon.
Les rafales soufflent ; toutes les écumes l'accablent. Il lève les yeux et ne voit que les lividités des nuages. Il assiste, agonisant, à l'immense démence de la mer. Il est supplicié par cette folie. Il entend des bruits étrangers à l'homme qui semblent venir d'au-delà de la terre et d'on ne sait quel dehors effrayant.
Il y a des oiseaux dans les nuées, de même qu'il y a des anges au-dessus des détresses humaines, mais que peuvent-ils pour lui ? Cela vole, chante et plane, et lui, il râle.
Il se sent enseveli à la fois par ces deux infinis, l'océan et le ciel; l'un est une tombe, l'autre est un linceul.
La nuit descend, voilà des heures qu'il nage, ses forces sont à bout ; ce navire, cette chose lointaine où il y avait des hommes, s'est effacé ; il est seul dans le formidable gouffre crépusculaire, il enfonce, il se roidit, il se tord, il sent au-dessous de lui les vagues monstres de l'invisible ; il appelle.
Il n'y a plus d'hommes. Où est Dieu ?
Il appelle. Quelqu'un ! quelqu'un ! Il appelle toujours. Rien à l'horizon. Rien au ciel.Il implore l'étendue, la vague, l'algue, l'écueil ; cela est sourd. Il supplie la tempête ; la tempête imperturbable n'obéit qu'à l'infini.
Autour de lui, l'obscurité, la brume, la solitude, le tumulte orageux et inconscient, le plissement indéfini des eaux farouches. En lui l'horreur et la fatigue. Sous lui la chute. Pas de point d'appui. Il songe aux aventures ténébreuses du cadavre dans l'ombre illimitée. Le froid sans fond le paralyse. Ses mains se crispent et se ferment, et prennent du néant. Vents, nuées, tourbillons, souilles, étoiles inutiles ! Que faire ? Le désespéré s'abandonne, qui est las prend le parti de mourir, il se laisse faire, il se laisse aller, il lâche prise, et le voilà qui roule à jamais dans les profondeurs lugubres de l'engloutissement.
O marche implacable des sociétés humaines ! Pertes d'hommes et d'âmes chemin faisant ! Océan où tombe tout ce que laisse tomber la loi ! Disparition sinistre du secours ! Ô mort morale!
La mer, c'est l'inexorable nuit sociale où la pénalité jette ses damnés. La mer, c'est l'immense misère.
L'âme, à vau-l'eau dans ce gouffre, peut devenir un cadavre. Qui la ressuscitera ?

Voici ma réponse :
Dans ce passage métaphorique, l'auteur met l'accent sur l'évolution psychologique du naufragé. En effet, cette dernière devient inquiétante au fil de la lecture, d'homme "vivant" il devient "agonisant" dans cette "eau monstrueuse" un état qui indique d'emblée son malheureux sort. De plus, l'isotopie du combat "lutte", "essaie" et de l'abandon "las", "solitude" n'arrange en rien l'horrible situation du naufragé. Par conséquent, cette évolution psychologique en plus d'être physique devient également morale.
La mention du navire structure le récit car il est lié aux naufragés et permet à l'auteur de remettre en cause sa lâcheté par rapport à celui abandonné. Effectivement, ce"sombre navire-là" transport de nombreux passagers et il se doit d'assurer leur bien-être. Cependant, ce dernier ne semble pas préoccupé de cet homme à la mer qui " jette des cris désespérés" pire encore "le navire ne s'arrête pas". Autrement dit, le navire est coupable de la situation du puisqu'il lui est à "peine visible" et au fur et à mesure devient une "chose lointaine" pour ce pauvre homme sans issue de secours.
Merci d'avance

Hugo, Les Misérables, I, livre 2, chapitre 8 - Un homme à la mer !...

J'ai commencé à répondre à une question posée sur le chapitre VIII du livre Les Misérables mais j'ai l'impression d'être à côté de la plaque j'aimerais recevoir de l'aide sur la structure de ma réponse. La question est : Quelle est l'évolution psychologique du naufragé ? En quoi peut-on dire que la mention du navire structure le récit ?

Peut-être quelques éléments pour t'aider.

...L'homme disparaît, puis reparaît, il plonge et remonte à la surface, il appelle, il tend les bras, on ne l'entend pas
-Premier état : les efforts pour survivre, l'espoir.

....l'homme submergé ; sa misérable tête n'est qu'un point dans l'énormité des vagues.
Il jette des cris désespérés dans les profondeurs. Quel spectre que cette voile qui s'en va ! Il la regarde, il la regarde frénétiquement.

-Le désespoir.

-La vision du navire est intiment liée à l'état de l'homme qui se noie.
Au fur et à mesure que le bateau s'éloigne, tout le passé remonte comme un temps révolu.

Elle s'éloigne, /elle blêmit, /elle décroît. (gradation descendante) Il était là tout à l'heure, il était de l'équipage, il allait et venait sur le pont avec les autres, il avait sa part de respiration et de soleil, il était un vivant. Maintenant, que s'est-il donc passé ? Il a glissé, il est tombé, c'est fini. ,

-Le présent, c'est l'horreur. C'est la plongée dans l'enfer liquide.

Il est dans l'eau monstrueuse. Il n'a plus sous les pieds que de la fuite et de l'écroulement. Les flots déchirés et déchiquetés par le vent l'environnent hideusement, les roulis de l'abîme l'emportent, tous les haillons de l'eau s'agitent autour de sa tête, une populace de vagues crache sur lui, de confuses ouvertures le dévorent à demi ; chaque fois qu'il enfonce, il entrevoit des précipices pleins de nuit ; d'affreuses végétations inconnues le saisissent, lui nouent les pieds, le tirent à elles ; il sent qu'il devient abîme, il fait partie de l'écume, les flots se le jettent de l'un à l'autre, il boit l'amertume, l'océan lâche s'acharne à le noyer, l'énormité joue avec son agonie. Il semble que toute cette eau soit de la haine.

-Un combat inégal et perdu d'avance..

Il lutte pourtant, il essaie de se défendre, il essaie de se soutenir, il fait effort, il nage. Lui, cette pauvre force tout de suite épuisée, il combat l'inépuisable.
Où donc est le navire? Là-bas. À peine visible dans les pâles ténèbres de l'horizon.
Cela vole, chante et plane, et lui, il râle.
Il se sent enseveli à la fois par ces deux infinis, l'océan et le ciel; l'un est une tombe, l'autre est un linceul.
La nuit descend, voilà des heures qu'il nage, ses forces sont à bout ; ce navire, cette chose lointaine où il y avait des hommes, s'est effacé ; il est seul dans le formidable gouffre crépusculaire, il enfonce, il se roidit, il se tord, il sent au-dessous de lui les vagues monstres de l'invisible ; il appelle.
Il n'y a plus d'hommes. Où est Dieu ?
Il appelle. Quelqu'un ! quelqu'un ! Il appelle toujours. Rien à l'horizon. Rien au ciel.Il implore l'étendue, la vague, l'algue, l'écueil ; cela est sourd. Il supplie la tempête ; la tempête imperturbable n'obéit qu'à l'infini.

-Le renoncement

...Le désespéré s'abandonne, qui est las prend le parti de mourir, il se laisse faire, il se laisse aller, il lâche prise, et le voilà qui roule à jamais dans les profondeurs lugubres de l'engloutissement.
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Hugo, Les Misérables, I, livre 2, chapitre 8 - Un homme à la mer !...

Merci beaucoup cela m'aide vraiment. J'ai également mis la réponse que j'ai essayé de donner en desous du texte. Est-ce que ma réponse paraît structuré ?

Hugo, Les Misérables, I, livre 2, chapitre 8 - Un homme à la mer !...

Je reprends ce qui me paraît mal exprimé dans ta réponse. C'est surtout la deuxième partie.
Dans ce passage métaphorique, l'auteur met l'accent sur l'évolution psychologique du naufragé. En effet, cette dernière devient inquiétante (mot mal choisi) au fil de la lecture,// d'homme "vivant" il devient "agonisant" dans cette "eau monstrueuse" un état qui indique d'emblée son malheureux sort. De plus, l'isotopie du combat "lutte", "essaie" et de l'abandon "las", "solitude" n'arrange en rien l'horrible situation du naufragé (comment l'isotopie pourrait-elle arranger quelque chose ?). Par conséquent, cette évolution psychologique en plus d'être physique devient également morale.(le mot psychologique  se rapporte au mental et non au physique. La phrase est mal construite)
La mention du navire structure le récit car il est lié aux naufragés et permet à l'auteur de remettre en cause sa lâcheté par rapport à celui abandonné. Effectivement, ce"sombre navire-là" transporte de nombreux passagers et il se doit d'assurer leur bien-être. Cependant, ce dernier ne semble pas préoccupé de cet homme à la mer qui " jette des cris désespérés" pire encore "le navire ne s'arrête pas". Autrement dit, le navire est coupable de la situation du puisqu'il lui est à "peine visible" et au fur et à mesure devient une "chose lointaine" pour ce pauvre homme sans issue de secours. Tout ce passage me paraît une mauvaise interprétation de la question posée.

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Hugo, Les Misérables, I, livre 2, chapitre 8 - Un homme à la mer !...

Merci à vous, j'ai essayé de donner une autre interprétation en reprenant vos indices :
Dans ce passage, l'auteur met l'accent sur l'évolution psychologique du personnage. Dans un premier temps, Le naufragé fait des efforts pour survivre il "disparaît" puis "remonte à la surface","appelle" et "tend les bras" un acharnement qui illustre l'espoir que ce dernier garde. Cependant, au fur et à mesure que le navire s'éloigne, le désespoir s'installe le naufragé qui " jette des cris désespérés" et "regarde frénétiquement" ce bateau devenu " chose lointaine" qui le laisse à son propre sort. Une situation qui fait remonter le passé de ce dernier comme un temps révolu "il était un vivant" qui laissent place désormais au présent "il est dans l'eau monstrueuse" une plongée subite dans un enfer liquide. Pourtant il essaie toujours de se battre mais "il combat l'inépuisable" donc un combat inégal et perdu d'avance qui vaut le renoncement de sa part " le désespéré s'abandonne".