1 (Modifié par Plumeverte 08/12/2015 à 23:01)

Médecine ou littérature ?

Bonjour,

Je viens de découvrir ce merveilleux forum (un lieu qui regroupe des êtres qui aiment les mots, quoi de plus beau ? )
Je cherchais en fait des sujets sur les réorientations médecine-->lettres et j'ai découvert qu'on en trouvait ici de nombreux cas.

Je suis actuellement en "deuxième première année" de médecine, en tant que bachelière Scientifique mention TB, amoureuse de l'école, de toutes les matières et encore plus des matières littéraires.

Je ne sais pas si d'autres personnes qui ont fait la PACES passeront par là, mais je ne l'ai pas du tout vécue comme un lieu d'épanouissement intellectuel. L'ambiance concours est très particulière, les discussions entre les étudiants sont souvent limitées à la perspective de cocher AB plutôt que B à tel exercice d'entraînement. Le fait de cibler mon attention, ma concentration, mon énergie sur un concours qui sélectionne de façon binaire sur des cases coloriées ou vides a fait naître en moi un véritable sentiment de frustration littéraire.

J'ai tellement envie, besoin d'écrire, d'analyser, de lire, de réfléchir plutôt que d'ingurgiter des connaissances parfois très techniques et pointues... Ce besoin commence à dépasser ma volonté, un peu comme une pulsion sur laquelle je ne saurais agir. Et pourtant, j'aimerais être certaine de ne pas renoncer pour rien.

Je suis allée en médecine pour devenir psychiatre, parce que j'adore la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences et mon peu d'expérience professionnelle m'a confirmé que j'appréciais beaucoup le contact avec les personnes atteintes de handicap mental. Le fonctionnement du corps humain m'intrigue également. Les matières médicales m'intéressent beaucoup (j'aime particulièrement la biochimie, la biologie moléculaire et toutes ces matières qui nous font voir le corps un peu comme une immense usine avec pleins d'ouvriers qui interagissent).
Mais l'aspect "technique" et concret de la médecine me fait un peu peur et ne m'attire pas : la prise de sang, l'ECG, les examens médicaux...
Je n'aime pas trop l'ambiance non plus et surtout : Les matières littéraires me manquent terriblement ! à chaque fois que j'entends le mot "dissertation" je ressens un pincement au cœur (Oui, ça peut paraître risible, mais c'est vrai ^^)

En clair, je sens que ma place est dans la réflexion et l'analyse plus que dans l'action et l'application.

Je songe donc à me réorienter vers des études littéraires (bilicence lettres/philo par exemple) pour m'orienter vers l'enseignement voire la recherche.

Je serais intéressée par des témoignages d'étudiants en médecine ayant un intérêt pour les matières littéraires sur les années qui suivent. On m'a dit qu'il y avait finalement beaucoup de concret et de par cœur et peu de place pour la réflexion et l'analyse. Qu'en pensez-vous ? Avez-vous déjà ressenti cette "frustration littéraire" ? Qu'en avez-vous fait ?

Je suis aussi preneuse des avis des non-carabins, bien évidemment

Merci d'avance.

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Médecine ou littérature ?

Bonjour,
Je vais donc te donner mon avis de non carabin.
Je crois que ce serait vraiment dommage d'abandonner les études de médecine  pour les études littéraires si tu passes cette première année sélective.
Si tu échoues, bien sûr, tu pourras y repenser.
J'ai connu un pédiatre extraordinaire qui était aussi amateur de littérature, d'histoire et de musique, et avait fait du latin et du grec. L'un n'empêche pas l'autre.
Mais si tu abandonnes les matières de la medecine, tu ne pourras pas y revenir.

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Médecine ou littérature ?

Autre avis, cette fois d'une littéraire pure et dure.

Je comprends ta frustration liée au mode d'apprentissage, mais honnêtement je te conseille moi aussi tout faire pour réussir ton année de Paces. Certes, le concours de première année est très sélectif, mais ensuite les études te donneront -à mon sens- un travail assuré (on a toujours besoin de médecins).

Quant aux études pour devenir enseignant-chercheur, elles sont tout aussi difficiles : en prépa, par exemple, il faut développer son sens de l'analyse à un niveau très élevé pour être en mesure de réussir le concours de Normale Sup, qui a un taux de sélectivité de 5% de reçus et donc 95% de recalés (du moins à mon époque). Et ensuite, tout n'est pas terminé : quand j'ai intégré cette école, on nous a clairement fait comprendre que, si Normale était la voie royale pour devenir enseignant-chercheur, il n'y avait plus de postes à l'université et que nous finirions en collège ou à tout le moins en lycée (discours de rentrée). Et c'est vrai !

Donc, ne serait-il pas plutôt préférable de mener à bien tes études de médecine (avec prises de sang et compagnie), te spécialiser en psychiatrie et, une fois installée comme libéral ou salariée d'un établissement, lire des ouvrages de sciences humaines ou de littérature, ce qui te permettrait d'ailleurs de mieux aider tes patients ?
En cas de nouvel échec en fin de Paces, là, effectivement, la question de l'orientation se posera. Mais je te suggèrerais plutôt de mettre toutes les chances de ton côté pour réussir médecine. À présent, à toi de voir !

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Médecine ou littérature ?

Merci beaucoup pour vos avis qui me font avancer dans la réflexion !

Merci Brenhilde pour ton témoignage ! Moi qui pensais que les étudiants de l'Ecole Normale avaient une liberté totale sur leur mode d'exercice... C'est sûr que ça fait réfléchir.

Gwynplaine, ton message est vraiment rassurant ! Malheureusement, j'ai l'impression que ton pédiatre n'est pas forcément représentatif de l'ambiance majoritaire qui règne dans le monde médical.

Au niveau stabilité et liberté professionnelle, c'est sûr que médecine me paraît un peu une voie royale. En fait, j'étais partie en médecine un peu dans cette logique là (parce que sinon, j'aurais aimé tenter une prépa littéraire). Mais face à ce mode d'apprentissage et cette ambiance, je me demande si je suis prête à passer tant de temps et d'énergie dans des études qui ne me satisfont pas totalement (même si le métier au bout me fait rêver).
Je vais continuer de travailler, puis je prendrai une décision

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Médecine ou littérature ?

J'ai l'impression que c'est moi qui ai écrit ça... Je suis aussi en S, rêvant d'étude en psychiatrie, amoureux de la littérature, je me sens, tout comme toi, appelée par les études littéraires... Suis ton coeur, la seule contrainte qui m'a fait refuser un bac littéraire c'est les débouchés

6 (Modifié par Plumeverte 09/12/2015 à 16:06)

Médecine ou littérature ?

Salut Berlioz1 !

ça me fait plaisir de me sentir moins seule ^^ En réalité, avec le temps, je me suis aperçue qu'il y avait une corrélation très forte entre le fait d'aimer la littérature et le fait de s'orienter vers la psychiatrie.

On peut citer le pédopsychiatre Serge Tisseron qui a fait une année d'Hypokhagne avant de s'orienter vers la psychiatrie (il a écrit sa thèse de médecine sous forme de planches de BD), la psychiatre Colette Chiland, agrégée de philosophie, Christophe André, psychiatre et écrivain... Il y en a tellement !

De même, j'ai remarqué que la psychanalyse intéresse beaucoup plus les "littéraires" que les "scientifiques" (en partant du principe qu'il y a des "scientifiques" et des "littéraires").

Peut-être Est-ce au fond, parce qu'il me semble qu'il serait réducteur de considérer le psyché comme réglé par des lois scientifiques. Nous sommes, je crois, plus que les réactions chimiques qui se produisent dans notre cerveau.
Et donc, comprendre ce qu'est un trouble mental exige aussi (me semble-t-il) une certaine analyse des paroles de la personne. Or, analyser ce que disent les mots, c'est un travail littéraire.

Malheureusement, les études de médecine et l'ambiance qui y règne ne valorisent pas ce genre d'interrogation et de réflexion, et j'en souffre (un peu). Apprendre les gestes pratiques de la médecine m'intéresse, mais dans l'état actuel des choses, j'ai une réelle envie (pour ne pas dire "besoin") d'analyser, d'écrire et de m'interroger. Rationnellement, je sais que ce serait mieux que je pense à l'avenir lointain plutôt qu'au proche, mais le cœur a ses raisons que la raison ignore.
En tout cas, je te souhaite de te lancer dans la première année de médecine pour te faire ta propre opinion ! Et parce qu'on y découvre un certain nombre de choses très intéressantes.

Médecine ou littérature ?

je n'y connais rien, mais lorsqu'on s'oriente vers la psychiatrie on quitte à un moment donné le cursus médical général pour se spécialiser ? Sans doute qu'à ce moment là tu te sentiras plus à l'aise ? Un de mes proches a eu du mal à supporter le début de ses études de médecine mais s'est épanoui ensuite lorsqu'il s'est spécialisé (en orthodontie, ce n'est pas la même chose mais bon...).

8 (Modifié par Portia 09/12/2015 à 17:46)

Médecine ou littérature ?

Il parait que jusqu'à la deuxième guerre mondiale et même un peu après on soignait avec des bains, des chocs  et on enfermait beaucoup.  La chimie a changé les choses.   Le matériel et la  technique ont du bon.  L'analyse littéraire n'est pas tournée vers une action et nulle urgence ne la concerne.  La médecine, elle, veut soulager.

Médecine ou littérature ?

La philosophie se veut une médecine des âmes, et je ne suis pas certain que l'urgence soit moindre.

En revanche, oui, c'est vrai que les débouchés sont peu nombreux, et il est peut-être plus prudent d'assurer votre condition matérielle avant de vous lancer dans des études. Malheureusement, vous ne serez jamais khâgneuse, mais en revanche, rien ne vous interdit de suivre par la suite un cursus à la fac en littérature, philosophie ou histoire. Difficile de vous conseiller davantage, à la fin, vous êtes seule devant le choix à faire.

10 (Modifié par Laoshi 09/12/2015 à 20:14)

Médecine ou littérature ?

La philosophie se veut une médecine des âmes, et je ne suis pas certain que l'urgence soit moindre.

Eh bien moi, j'en suis sûre.
Et je suis entièrement en phase, pour une fois,  avec ce qu'écrit Portia.

Malheureusement, les études de médecine et l'ambiance qui y règne ne valorisent pas ce genre d'interrogation et de réflexion, et j'en souffre (un peu). Apprendre les gestes pratiques de la médecine m'intéresse, mais dans l'état actuel des choses, j'ai une réelle envie (pour ne pas dire "besoin") d'analyser, d'écrire et de m'interroger.

Je trouve que ta réaction est normale, mais tu n'en es vraiment qu'au début, au tout début. Je dirais même si j'osais que tu n'as pas encore commencé.
Si tu veux être un bon médecin, tu le seras.
On a besoin de bons médecins.
De bons professeurs également bien sûr, de beaux parleurs qui coupent les cheveux en quatre, un peu moins.
Relis le message de Gwynplaine et d'Ammy.