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Baudelaire, À une passante

Bonjour, j'ai rapidement besoin de votre aide.
Demain je dois passer a l'oral pour une lecture analytique sur " à une passante" de Charles BAUDELAIRE.

La problématique est imposée.

Voila mon travail:

«  A une passante » est un sonnet en Alexandrins écrit par le célèbre poète français, Charles Baudelaire, appartenant au recueil «  Les fleurs du mal » publié en 1857.
Il peint le tableau d’une furtive rencontre urbaine avec une magnifique femme, qui n’aboutira à rien,mis à part un sentiment d’abandon.

En quoi ce poème permet-il de comprendre pourquoi Baudelaire à été élu poète de la modernité ?

Une rencontre condamné à resté fugitive

- Le titre «  à une passante » annonce à l’avance que l’auteur n’a pas réussit à établir une relation avec cette femme, car elle n’a fait que passer furtivement devant lui.
- Le cadre est peu enclin a une rencontre : «  La rue assourdissante autour de moi hurlait. »
«  Autour de moi »  peut laisser penser que le poète est encerclé, prit au piége par tous les autres passants
-le vers «  moi je buvais, crispé comme un extravagant » montre que l’auteur est incapable d’abordé la jeune femme, qu’il compare déjà à une œuvre d’art au 5v «  Agile et noble, avec sa jambe de statue »
- le 9eme vers : «  Un éclair…puis la nuit !-Fugitive beauté » Assimile sûrement l’éclair à la femme, qui l’a aveuglée durant un instant, et qu’il ne reverra plus, et la nuit, au néant et au désespoir qui suit cette rencontre. « Fugitive beauté » ne fait que renforcer le sentiment de non aboutissement de cette rencontre. 

Un sentiment de frustration et d’abandon.

Les Antithèses du vers «  La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. »
Mettent en avant la frustration de Baudelaire  face à un bonheur inaccessible (fascine et tue)

Le vers « Un éclair puis la nuit » peut aussi dénoncer le faux espoir que cette femme aurait puis lui donner, avant de disparaître, laissant a nouveau le personnage dans un état de frustration.

Les vers «  Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? »
Que l’on pourrait traduire par «  J’étais mort, sans but, tu m’as fais renaître et maintenant tu t’en vas ? »  Mettent en lumière le sentiment d’abandon que l’écrivain peut ressentir face à la fuite de sa muse, que l’on retrouve dans le deuxième vers du  dernier tercet,
«  Car j’ignore ou tu fuis, tu ne sais ou je vais »
La deuxième partie du vers peuvent laisser croire que Baudelaire pensait encore avoir une chance avec la passante, car il semble s’inquiété qu’elle ne sache pas ou le retrouver.

Conclusion:

Bien que la forme & le thème restent classiques, le cadre spatial de la rencontre est innovant, en effet, Baudelaire introduit le cadre urbain dans son poème, contrairement aux romantiques qui restent attaché à la nature.
On remarque aussi un enjambement entre les tercets qui bouleverses légèrement les règles de la poésie.
Le jeu de dualité entre la femme et le ressentit de l’auteur, semble aussi innover en sortant de l’éternel «  moi » , car au final, tout est à cause d’elle.


Je trouve que ma conclusion fait trop " cheveu sur la soupe"

& je ne crois pas beaucoup en la pertinence de mes axes, pourriez vous m'aider a améliorer ce travail?

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Baudelaire, À une passante

Bonsoir,

La modernité est aussi dans l'auto-dérision

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant

comme dans la banalisation du regard porté sur la femme

Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet

Il faudrait relever la moquerie contre l'aguicheuse qui joue en experte de sa tenue vestimentaire rébarbative.

Le 2e axe ne convient pas.
Je parlerais plutôt de l'impuissance, de la solitude et de la finitude baudelairienne.
L'art n'est d'aucune utilité pour sauver la vie. Malgré la comédie des mots qu'il se joue, Baudelaire sait que son poème ne lui a pas permis de rencontrer l'âme-soeur, qu'il a peut-être été le jouet d'une illusion.

Pour la conclusion, il faudrait montrer comment Baudelaire décape le cliché romantique de la rencontre amoureuse et du coup de foudre.

Baudelaire, À une passante

Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet

Il faudrait relever la moquerie contre l'aguicheuse qui joue en experte de sa tenue vestimentaire rébarbative.

Agicheuse ? Cela reste à prouver.
Il ne faut pas oublier que les rues des grandes villes, et Paris n'échappe pas à la règle, étaient de véritables bourbiers. Pas de balayeuses municipales, pas de moto-crottes...
Les femmes portaient des jupes longues, qui rasaient le sol. Elles les soulevaient donc pour ne pas les salir, surtout celles qui n'avaient pas les moyens de renouveler leur garde-robe, comme ce peut être le cas d'une veuve.
George Sand explique qu'elle a adopté le pantalon et les bottes par souci d'économie : les robes et les souliers fins ne duraient pas.
Nous avons aussi la lettre que Victor Hugo écrit à sa fiancée Adèle pour lui reprocher vertement de montrer aux autres ce qui n'appartient qu'à lui. Qu'est-ce qu'une robe en regard de la vertu féminine ?

Ces vers sur les jupes soulevées sont un trait de réalisme et de modernité.

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Baudelaire, À une passante

Bonsoir,

Que la saleté de la voirie oblige les femmes à relever leurs jupes pour éviter de les crotter est entendu. Mais il faut aussi justifier "main fastueuse" et "balançant le feston et l'ourlet". La notation humoristique ne traduit pas la réserve chez cette femme qui visiblement cherche à attirer le regard et tranche sur ses congénères.

Baudelaire, À une passante

Notation humoristique ?
Je dirais plutôt fétichisme du poète qui distingue si bien l'ourlet de la jupe et les festons du jupon.

Ce thème de la rencontre se trouve chez Nerval :

Une allée du Luxembourg


Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau :
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclaircirait !

Mais non, — ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m'as lui, ―
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, ― il a fui !

et chez Musset, dans les Caprices de Marianne, sur une note différente, car l'auteur donne la parole à Marianne :

MARIANNE.—  Qu’est-ce après tout qu’une femme ? L’occupation d’un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu’on porte à ses lèvres et qu’on jette par-dessus son épaule. Une femme ! C’est une partie de plaisir ! Ne pourrait-on pas dire, quand on en rencontre une : voilà une belle nuit qui passe ? Et ne serait-ce pas un grand écolier en de telles matières que celui qui baisserait les yeux devant elle, qui se dirait tout bas : “ Voilà peut-être le bonheur d’une vie entière ”, et qui la laisserait passer ?

Sans oublier les Misérables, tome III, livre 6, chapitre 7 :

Tout à coup un souffle de vent, plus en gaîté que les autres, et probablement chargé de faire les affaires du printemps, s’envola de la pépinière, s’abattit sur l’allée, enveloppa la jeune fille dans un ravissant frisson digne des nymphes de Virgile et des faunes de Théocrite, et souleva sa robe, cette robe plus sacrée que celle d’Isis, presque jusqu’à la hauteur de la jarretière. Une jambe d’une forme exquise apparut. Marius la vit. Il fut exaspéré et furieux.
La jeune fille avait rapidement baissé sa robe d’un mouvement divinement effarouché, mais il n’en fut pas moins indigné. — Il était seul dans l’allée, c’est vrai. Mais il pouvait y avoir eu quelqu’un. Et s’il y avait eu quelqu’un ! Comprend-on une chose pareille ? C’est horrible ce qu’elle vient de faire là ! — Hélas ! la pauvre enfant n’avait rien fait ; il n’y avait qu’un coupable, le vent ; mais Marius, en qui frémissait confusément le Bartholo qu’il y a dans Chérubin, était déterminé à être mécontent, et était jaloux de son ombre.

Notons que la scène se passe au Luxembourg, comme chez Nerval. L'humour n'en est pas absent : le narrateur se moque gentiment de son personnage.

Dans le poème de Baudelaire convergent deux thèmes traités ailleurs séparément : la brève rencontre et la jambe révélée. ll faudrait vérifier les dates pour savoir qui a écrit avant qui, mais disons que le thème est dans l'air du XIXe siècle.

Mais au fait, ne tiendrais-je point là la fameuse ouverture ?

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Baudelaire, À une passante

Bonjour,

Je ne crois pas beaucoup à ce fétichisme pour le vêtement féminin. Baudelaire préfère habiller ses nudités de bijoux et focalise sur d'autres attributs. En particulier il est captivé par le balancement du bassin comme dans "le serpent qui danse". En outre dans le poème, cet attachement inconscient au vêtement (et non au balancement) se marierait mal avec les regards qui se fixent. Je préfère donc y voir une notation malicieuse de peintre qui croque son modèle en quelques mots. Je confirme également que cette trivialité est bien une tentative de moderniser les topoï romantiques.

Baudelaire, À une passante

Que faites-vous  des pages sur Constantin Guys, le Peintre de la vie moderne ?
Baudelaire y témoigne d'une certaine fascination pour le vêtement :

Il est sans doute excellent d’étudier les anciens maîtres pour apprendre à peindre, mais cela ne peut être qu’un exercice superflu si votre but est de comprendre le caractère de la beauté présente. Les draperies de Rubens ou de Véronèse ne vous enseigneront pas à faire de la moire antique, du satin à la reine, ou toute autre étoffe de nos fabriques, soulevée, balancée par la crinoline ou les jupons de mousseline empesée. Le tissu et le grain ne sont pas les mêmes que dans les étoffes de l’ancienne Venise ou dans celles portées à la cour de Catherine. Ajoutons aussi que la coupe de la jupe et du corsage est absolument différente, que les plis sont disposés dans un système nouveau, et enfin que le geste et le port de la femme actuelle donnent à sa robe une vie et une physionomie qui ne sont pas celles de la femme ancienne. En un mot, pour que toute modernité soit digne de devenir antiquité, il faut que la beauté mystérieuse que la vie humaine y met involontairement en ait été extraite. C’est à cette tâche que s’applique particulièrement M. G.

Comme nous nous ingénions à dire aux élèves qu'il n'y a pas de doxa en littérature et que plusieurs lectures sont possibles, passez-moi la fascination pour le vêtement, et je vous passerai l'humour.
Encore que je ne le voie pas, l'humour, du moins pas ici, car ce n'est pas l'humour qui manque à Baudelaire. Si vous pouviez m'en dire plus à ce sujet.

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Baudelaire, À une passante

Bien sûr qu'il n'existe pas de lecture univoque ! Nous réagissons avec notre culture et notre sensibilité. C'est à ce prix que la littérature (la vraie qui permet des analyses renouvelées) reste vivante.
Ce que Baudelaire écrit de la toilette féminine confirme son regard moderne, mais ne me convainc toujours pas de son fétichisme entendu comme une excitation sexuelle causée par la vue ou le toucher d'un objet, d'une partie du corps particulière. Ce qui l'émoustille est le balancement des hanches, pas "le feston et l'ourlet".
En quoi cette notation est-elle humoristique, Baudelaire lui aurait préféré "bizarre" ? Le poème collectionne les poncifs romantiques : statue, éclair, ciel livide... "le feston et l'ourlet" détonnent quelque peu dans le tableau...
J'en resterai là et vous remercie de toutes les perspectives culturelles que vous avez ouvertes à nos jeunes lecteurs.

Baudelaire, À une passante

fétichisme entendu comme une excitation sexuelle causée par la vue ou le toucher d'un objet,

Mais ce n'est pas dans ce sens que je l'entendais ! J'en faisais un simple synonyme de fascination.

Baudelaire, À une passante

Eh bien, alors, pour éviter l'équivoque, mieux valait écrire "fascination" que "fétichisme"...