L'argent dans Madame Bovary

Bonjour à tous !

Nous travaillons actuellement sur Madame Bovary, plus précisément sur le thème de l'argent dans ce roman. Cependant nous rencontrons quelques difficultés car nous ne trouvons pas beaucoup d’éléments sur le sujet.
Nous avons prévu d’étudier le comportement de certains personnages par rapport à l'argent; dont Madame Bovary mère( qui n'est pas d'accord avec les dépenses de sa bru), Emma, Charles et l'enterrement d'Emma.
Et également l'engrenage des dépenses d'Emma, et le machiavélisme de Lheureux, mais sur ces pistes nous ne voyons pas comment mettre en place une réflexion objective (les éléments intégrer à ces parties, quoi dire etc..)

Ainsi, mis a part ces quelques éléments, nous ne voyons pas quoi approfondir... Donc un peu d'aide serait bienvenue !

Merci à tous !

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L'argent dans Madame Bovary

L'argent, c'est la triste réalité, la mesquinerie bourgeoise, tout le contraire des rêves éthérés d'Emma... Mais c'est aussi de la part de l'héroïne un refus déraisonnable, une incapacité à vivre selon ses moyens ... Je suis frappé par la vision finale lors de l'agonie, celle de ce mendiant qui vient hanter les derniers instants de Mme Bovary... Il y a là une volonté esthétique...

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L'argent dans Madame Bovary

Quelques pistes : le père Rouault.

Le père Rouault n’eût pas été fâché qu’on le débarrassât de sa fille, qui ne lui servait guère dans sa maison. Il l’excusait intérieurement, trouvant qu’elle avait trop d’esprit pour la culture, métier maudit du ciel, puisqu’on n’y voyait jamais de millionnaire. Loin d’y avoir fait fortune, le bonhomme y perdait tous les ans ; car, s’il excellait dans les marchés, où il se plaisait aux ruses du métier, en revanche la culture proprement dite, avec le gouvernement intérieur de la ferme, lui convenait moins qu’à personne. Il ne retirait pas volontiers ses mains de dedans ses poches, et n’épargnait point la dépense pour tout ce qui regardait sa vie, voulant être bien nourri, bien chauffé, bien couché. Il aimait le gros cidre, les gigots saignants, les glorias longuement battus. Il prenait ses repas dans la cuisine, seul, en face du feu, sur une petite table qu’on lui apportait toute servie, comme au théâtre.

Mais l'argent, ce sont aussi les signes extérieurs de richesse comme chez le Marquis de la Vaubyessard : le cadre du château, son architecture, la décoration intérieure, le repas, les toilettes ...

L'argent aussi correspond à la hiérarchie sociale.

Les comportement bourgeois :
admiration de l'économie, bonne table, bons placements, confort ...

Au bruit de la sonnette, Théodore, en gilet rouge, parut sur le perron ; il vint lui ouvrir presque familièrement, comme à une connaissance, et l'introduisit dans la salle à manger.


Un large poêle de porcelaine bourdonnait sous un cactus qui emplissait la niche, et dans des cadres de bois noir, contre la tenture de papier chêne, il y avait la Esmeralda, de Steuben, avec la Putiphar de Schopin. La table servie, deux réchauds d'argent, le bouton des portes en cristal, le parquet et les meubles, tout reluisait d'une propreté méticuleuse, anglaise ; les carreaux étaient décorés à chaque angle par des verres de couleur.


— Voilà une salle à manger, pensait Emma, comme il m'en faudrait une.


Le notaire entra, serrant du bras gauche contre son corps sa robe de chambre à palmes, tandis qu'il ôtait et remettait vite de l'autre main sa toque de velours marron, prétentieusement posée sur le côté droit où retombaient les bouts de trois mèches blondes qui, prises à l'occiput, contournaient son crâne chauve.


Après qu'il eut offert un siège, il s'assit pour déjeuner, tout en s'excusant beaucoup de son impolitesse.


— Monsieur, dit-elle, je vous prierais…
— De quoi, madame ? J'écoute.


Elle se mit à lui exposer sa situation.


Maître Guillaumin la connaissait, étant lié secrètement avec le marchand d'étoffes, chez lequel il trouvait toujours des capitaux pour les prêts hypothécaires qu'on lui demandait à contracter.


Donc il savait (et mieux qu'elle) la longue histoire de ces billets, minimes d'abord, portant comme endosseurs des noms divers espacés à de longues échéances et renouvelés continuellement, jusqu'au jour enfin où, ramassant tous les protêts, le marchand avait chargé son ami Vinçart de faire en son nom propre les poursuites qu'il fallait, ne voulant point passer pour un tigre parmi ses concitoyens.


Elle entremêla son récit de récriminations contre L'Heureux, auxquelles le notaire répondait de temps à autre par une parole insignifiante. Mangeant sa côtelette et buvant son thé, il baissait le menton dans sa cravate bleu ciel, piquée par deux épingles de diamant que rattachait une chaînette d'or ; et il souriait d'un singulier sourire, d'une façon douceâtre et ambiguë. Mais s'apercevant qu'elle avait les pieds humides :
— Approchez-vous donc du poêle… plus haut… contre la porcelaine. Elle avait peur de la salir. Le notaire reprit d'un ton galant :
— Les belles choses ne gâtent rien.


Alors elle tâcha de l'émouvoir, et s'émotionnant elle-même, elle vint à lui conter l'étroitesse de son ménage, ses tiraillements, ses besoins. Il comprenait cela : une femme élégante ! et sans s'interrompre de manger, il s'était tourné vers elle complètement, si bien qu'il frôlait du genou sa bottine, dont la semelle se recourbait tout en fumant contre le poêle.