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Rédiger la lettre que la marquise de Merteuil aurait pu écrire à Valmont pour lui raconter la mort de la présidente de Tourvel

Bonjour , j ai pour environ 2 semaines un sujet d invention sur les liaisons dangereuses

"En vous aidant de la lettre 165 dans les Liaisons Dangereuses de Laclos de Madame de Volanges à Madame de Rosemonde, vous rédigerez la lettre de La Marquise de Merteuil aurait ou écrire à Valmont pour lui raconter la mort de la Présidente de Tourvel"

Mais j'ai du mal a faire comme Laclos , imiter me mettre dans la peau d une autre personne , ici Madame de Merteuil.
Pouviez vous m'aidez en me donnant des conseils pour mieux copier son style d'écriture merci d'avance !

La lettre :

Madame de Volanges à madame de Rosemonde

Je vous sais déjà instruite, ma chère & digne amie, de la perte que vous venez de faire ; je connaissais votre tendresse pour M. de Valmont, & je partage bien sincèrement l’affliction que vous devez ressentir. Je suis vraiment peinée d’avoir à ajouter de nouveaux regrets à ceux que vous éprouvez déjà : mais, hélas ! il ne vous reste non plus que des larmes à donner à notre malheureuse amie. Nous l’avons perdue hier, à onze heures du soir. Par une fatalité attachée à son sort, & qui semblait se jouer de toute prudence humaine, ce court intervalle qu’elle a survécu à M. de Valmont lui a suffi pour en apprendre la mort ; et, comme elle a dit elle-même, pour n’avoir pu succomber sous le poids de ses malheurs qu’après que la mesure en a été comblée.

En effet, vous avez su que depuis plus de deux jours elle était absolument sans connaissance ; & encore hier matin, quand son médecin arriva, & que nous nous approchâmes de son lit, elle ne nous reconnut ni l’un ni l’autre, & nous ne pûmes en obtenir ni une parole, ni le moindre signe. Hé bien ! à peine étions-nous revenus à la cheminée, & pendant que le médecin m’apprenait le triste événement de la mort de M. de Valmont, cette femme infortunée a retrouvé toute sa tête, soit que la nature seule ait produit cette révolution, soit qu’elle ait été causée par ces mots répétés de "M. de Valmont" & de "mort", qui ont pu rappeler à la malade les seules idées dont elle s’occupait depuis longtemps.

Quoi qu’il en soit ; elle ouvrit précipitamment les rideaux de son lit, en s’écriant : "Quoi ! que dites-vous ? M. de Valmont est mort ! ". J’espérais lui faire croire qu’elle s’était trompée, & je l’assurai d’abord qu’elle avait mal entendu : mais loin de se laisser persuader ainsi, elle exigea de son médecin qu’il recommençât ce cruel récit ; & sur ce que je voulus essayer encore de la dissuader, elle m’appela & me dit à voix basse : "Pourquoi vouloir me tromper ? n’était-il pas déjà mort pour moi ! " Il a donc fallu céder.

Notre malheureuse amie a écouté d’abord d’un air assez tranquille ; mais bientôt après, elle a interrompu le récit, en disant : "Assez, j’en sais assez." Elle a demandé sur-le-champ qu’on fermât ses rideaux ; & lorsque le médecin a voulu s’occuper ensuite des soins de son état, elle n’a jamais voulu souffrir qu’il approchât d’elle.

Dès qu’il a été sorti, elle a pareillement renvoyé sa garde & sa femme de chambre ; & quand nous avons été seules, elle m’a priée de l’aider à se mettre à genoux sur son lit, & de l’y soutenir. Là elle est restée quelque temps en silence, & sans autre expression que celle de ses larmes qui coulaient abondamment. Enfin, joignant ses mains & les élevant vers le ciel : "Dieu tout-puissant", a-t-elle dit d’une voix faible, mais fervente, "je me soumets à ta justice ; mais pardonne à Valmont. Que mes malheurs, que je reconnais avoir mérités, ne lui soient pas un sujet de reproche, & je bénirai ta miséricorde ! " Je me suis permis, ma chère & digne amie, d’entrer dans ces détails sur un sujet que je sens bien devoir renouveler & aggraver vos douleurs, parce que je ne doute pas que cette prière de Mme de Tourvel ne porte cependant une grande consolation dans votre âme.

Après que notre amie eut proféré ce peu de mots, elle se laissa retomber dans mes bras ; & elle était à peine replacée dans son lit, qu’il lui prit une faiblesse qui fut longue, mais qui céda pourtant aux secours ordinaires. Aussitôt qu’elle eut repris connaissance, elle me demanda d’envoyer chercher le Père Anselme & elle ajouta : "C’est à présent le seul médecin dont j’ai besoin ; je sens que mes maux vont bientôt finir." Elle se plaignait de beaucoup d’oppression, & elle parlait difficilement.

Peu de temps après, elle me fit remettre, par sa femme de chambre, une cassette que je vous envoie, qu’elle me dit contenir des papiers à elle, & qu’elle me chargea de vous faire passer aussitôt après sa mort. Ensuite elle me parla de vous, & de votre amitié pour elle, autant que sa situation le lui permettait & avec beaucoup d’attendrissement.

Le Père Anselme arriva vers les quatre heures, & resta près d’une heure seul avec elle. Quand nous rentrâmes, la figure de la malade était calme & sereine ; mais il était facile de voir que le Père Anselme avait beaucoup pleuré. Il resta pour assister aux dernières cérémonies de l’église. Ce spectacle, toujours si imposant & si douloureux, le devint plus encore par le contraste que formait la tranquille résignation de la malade, avec la douleur profonde de son vénérable confesseur, qui fondait en larmes à côté d’elle. L’attendrissement devint général ; & celle que tout le monde pleurait fut la seule qui ne se pleura point.

Le reste de la journée se passa dans les prières usitées qui ne furent interrompues que par les fréquentes faiblesses de la malade. Enfin, vers les onze heures du soir, elle me parut plus oppressée & plus souffrante. J’avançai ma main pour chercher son bras ; elle eut encore la force de la prendre, & la posa sur son cœur. Je n’en sentis plus le battement ; & en effet, notre malheureuse amie expira dans le moment même.

Vous rappelez-vous qu’à votre dernier voyage ici, il y a moins d’un an, causant ensemble de quelques personnes dont le bonheur nous paraissait plus ou moins assuré, nous nous arrêtâmes avec complaisance sur le sort de cette même femme, dont aujourd’hui nous pleurons à la fois les malheurs & la mort ? Tant de vertus, de qualités louables & d’agréments ; un caractère si doux & si facile ; un mari qu’elle aimait, & dont elle était adorée, une société où elle se plaisait, & dont elle faisait les délices ; de la figure, de la jeunesse, de la fortune ; tant d’avantages réunis ont été perdus par une seule imprudence ! O Providence ! sans doute il faut adorer tes décrets ; mais combien ils sont incompréhensibles ! Je m’arrête ; je crains d’augmenter votre tristesse, en me livrant à la mienne.

Je vous quitte & vais passer chez ma fille qui est un peu indisposée. En apprenant de moi, ce matin, cette mort si prompte de deux personnes de sa connaissance, elle s’est trouvée mal, & je l’ai fait mettre au lit. J’espère cependant que cette légère incommodité n’aura aucune suite. A cet âge-là on n’a pas encore l’habitude des chagrins, & leur impression en devient plus vive & plus forte. Cette sensibilité si active est, sans doute, une qualité louable ; mais combien tout ce qu’on voit chaque jour nous apprend à la craindre ! Adieu, ma chère & digne amie.

Paris ce 9 décembre 17…