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"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Bonjour, je suis une élève de terminale L, et j'ai à rendre une dissertation dont le sujet est de savoir si la citation de Julien Gracq, que j'ai donnée en titre à ce message, illustre bien ou non le personnage d'Emma Bovary.

J'ai l'intention de faire ce plan : I/ Le combat d'Emma
                                                   a) contre l'ennui
                                                   b)
                                               II/ N'est-il qu'une défaite?
                                                 a) défaite dérisoire
                                                 b) une part de réussite

Comme vous le voyez, il me manque une sous-partie pour le I, c'est pour cela que je vous demande de l'aide.
Merci d'avance.

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"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Pour ma part, je ne vois pas un beau combat chez Emma.
Le bovarysme est un désir immodéré de vivre hors de la réalité.
La mesquinerie ambiante a tôt fait de détruire ces êtres inadaptés.
Si Emma fuit dans le rêve, elle se perd par sa sensualité et son goût du luxe.
Son inadaptation fait d'elle une victime, mais elle rend aussi son entourage malheureux .

"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Si combat il y a, je ne trouve pas non plus qu'il soit beau.
Il est pitoyable et voué à l'échec, qui ne manque pas d'ailleurs d'arriver.

"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Un combat pour un idéal (amoureux, cf. ses livres de chevalerie et l'apologie de l'amour courtois et passionné, de bonheur) ?

Si je puis me permettre, un tel plan me semble insatisfaisant, puisqu'il ne fait qu'illustrer la citation, en allant uniquement dans son sens, au lieu de la discuter dialectiquement. Tous ces éléments relèveraient alors davantage d'une première partie.

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"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Merci à tous de me donner vos avis!
Pyrame , merci, c'est vrai je viens de me rendre compte de mon erreur. J'ai une autre question par rapport à la citation : par défaite nullement dérisoire, que veut dire Julien Gracq? Que la défaite d'Emma n'est pas insignifiante? Qu'elle aurait pu être évitée? J'ai du mal à comprendre. En attendant, j'ai cette nouvelle idée de plan :

    I/La citation illustre en partie le personnage car
      a) Le combat d'Emma (contre l'ennui, pour un idéal de vie)
      b) Une part de réussite dans la vie d'Emma (elle parvient à se faire remarquer, elle se crée une vie dramatique, etc...)

   II/Le combat d'Emma est dangereux et sa défaite inévitable (donc dérisoire?)
      a) Désir malsain de vivre hors de la réalité (danger des romans, médiocrité ambiante qui tue Emma)
      b) Son inadaptation fait d'elle une victime mais elle rend aussi son entourage malheureux.
      c) Défaite inévitable à cause de son goût des hommes et du luxe

Je pense que je n'avais pas assez réfléchi dans mon premier message, merci beaucoup à Jean-Luc aussi qui m'a apporté le contenu de la 2ème partie!

Dernière question, pensez vous que je puisse rajouter une sous-partie dans ma première partie?

6 (Modifié par floreale 30/10/2015 à 16:01)

"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Plusieurs sens pour dérisoire : méprisant, moqueur
mais aussi : insignifiant
mais peut-être aussi : qui mérite d'être tourné en ridicule.

[…] En relisant ce roman, ce qui m'a frappé, ce n'est pas le ratage misérable des amours ou des fantasmes d'Emma, sur lequel Flaubert s'appesantit, c'est l'intensité de flamme vive qui plante son héroïne au milieu du sommeil épais d'un trou de Normandie, comme une torche allumée. Je suis plus sensible, à cette relecture au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent. Car, en somme, tout ce qu'il est possible de tenter, dans sa situation dès le début sans espoir, elle le tente, non sans hardiesse, et la passivité nostalgique et fascinée qui a gardé le nom de bovarysme n'a que très relativement à voir avec un esprit de décision qui, dans le livre, va plus d'une fois jusqu'à l'intrépidité. Finalement, dans les dernières scènes (où Flaubert, d'ailleurs, bascule ostensiblement du côté de son héroïne) la placidité bovine d'Yonville en est perturbée: cette flammèche de passion errante est à deux doigts de mettre le feu à un village pourtant si exemplairement ignifugé.

C'est cette fureur d'un vouloir-vivre effréné, lent à s'éveiller, couvant et finalement explosant dans la torpeur d'une bourgade comme une bombe à retardement, qui en définitive assure pour beaucoup la grandeur du livre. […]

Julien Gracq, En lisant, en écrivant, 1981.

"... Madame Bovary se donne ; emportée par les sophismes de son imagination, elle se donne magnifiquement, généreusement, d'une manière toute masculine, à des drôles qui ne sont pas égaux , exactement comme des poètes se livrent à des drôlesses... cette femme, en réalité est très sublime dans son espèce , dans son petit milieu et en face de son petit horizon... en somme, cette femme est vraiment grande , elle est surtout pitoyable , et malgré la dureté systématique de l'auteur, qui a fait tous ses efforts pour être absent de son œuvre et pour jouer la fonction d'un montreur de marionnettes, toutes les femmes intellectuelles lui sauront gré d'avoir élevé la femelle à une si haute puissance , si loin de l'animal pur et si près de l'homme idéal, et de l'avoir fait participer à ce double caractère de calcul et de rêverie qui constitue l'être parfait"."

Charles Baudelaire, l'Artiste, 18 octobre 1857

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"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Difficile à manier : le "beau combat" vu comme l'idéal esthétique de Flaubert, ou Emma entre sentimentalisme dégoulinant et véritables émotions...
Peut-être un dépassement en 3e partie : en dépit du titre, ce n'est pas Emma qui est la cible principale.

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"Je suis plus sensible au beau combat d'Emma qu'à sa défaite, qui n'est nullement dérisoire, comme on le dit trop souvent"

Merci beaucoup!!!

Floreale , l'extrait de Baudelaire me donne l'idée d'ajouter une sous-partie dans ma 1ère partie, où j'expliquerai que malgré qu'il ait des côtés pathétiques, le personnage d'Emma élève la femme dans une position meilleure que celle qu'elle avait à cette époque (les côtés masculins de sa personnalité). Est-ce le but en me montrant ce texte?