1 (Modifié par Siltex14 11/07/2015 à 23:58)

Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Bonsoir,

Comme ce n'est pas un devoir scolaire, j'espère que cette catégorie convient. Je voulais simplement vous demander si mon interprétation (le but n'est pas de faire un commentaire littéraire) est correcte et/ou si vous y voyez d'autres idées.


Il s'agit de "Son bras droit, dans un geste aimable de douceur" (1870) de Verlaine.

Son bras droit, dans un geste aimable de douceur,
Repose autour du cou de la petite soeur,
Et son bras gauche suit le rythme de la jupe.
A coup sûr une idée agréable l'occupe,
Car ses yeux si francs, car sa bouche qui sourit,
Témoignent d'une joie intime avec esprit.
Oh ! sa pensée exquise et fine, quelle est-elle ?
Toute mignonne, tout aimable, et toute belle,
Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi
La pose la plus simple et la meilleure aussi :
Debout, le regard droit, en cheveux ; et sa robe
Est longue juste assez pour qu'elle ne dérobe
Qu'à moitié sous ses plis jaloux le bout charmant
D'un pied malicieux imperceptiblement.

Alors voilà :

Ce texte est un poème de quatorze vers qui sont des alexandrins. Tous ces alexandrins sont répartis en rimes féminines et rimes masculines qui sont des rimes plates ou suivies. Nous pouvons supposer qu'il s'agit d'une danse intime entre Mathilde et de Paul Verlaine, le poète, car le poème a été écrit alors qu'ils venaient de se marier. En effet, ils sont en union, comme en témoigne la division parfaite, presque symbolique du poème en deux, l'homme qui mène la danse avec les sept premiers vers comme le montre l'allitération en [r], et les sept derniers vers sont offerts à sa belle et tendre comme le montre l'assonance en [ou].

I – Une danse maritale

Tout d'abord, nous pouvons voir que cette danse semble mener vers le lit conjugal. En effet, nous remarquons le champ lexical du corps humain dans la première partie du poème : « bras », « cou », « bras », « yeux », « bouche », ce qui montre une certaine sensualité. De plus, nous pouvons imaginer un jeu de mot avec les bras ce qui amènerait cette sensualité vers une érotisation du texte. En effet, nous pouvons nous demander la raison du choix du bras droit, alors que le poète aurait simplement pu commencer par le bras gauche. Il est possible que le jeu de mot soit « bras droit », « bras adroit », son bras est adroit, il est sensuel autour du cou de sa femme. Cette idée est accentuée avec la rime signifiante douceur/sœur. Ensuite, le second bras, le « bras gauche », est, justement, « gauche », maladroit, lorsqu'il est situé sur la jupe de sa belle, il y a donc une plus grande sensualité, idée également renforcée avec la rime signifiante jupe/occupe. Cette danse est le moment propice pour le poète pour penser à sa future danse nocturne et voluptueuse. En effet, il semble très heureux de danser avec sa femme, en témoigne le champ lexical « idée agréable », « pensée exquise ». De plus, tous ses sens semblent être en éveil avec le goût « bouche », le toucher « repose », la vue « ses yeux » ce qui est corrélé avec la phrase exclamative « Oh ! » et la phrase interrogative « Quelle est-elle ? ». Enfin, il appelle sa femme « la petite sœur » car il l'a rencontrée grâce à son ami Charles de Sivry, et Mathilde Mauté est la petite sœur de Charles, âgée de 16 ans.

II – Consentie par la mariée

Tout d'abord, Mathilde Mauté nous est décrit comme n'importe quelle femme, une femme « simple »,  avec « toute mignonne » ce qui rappelle l'idée de petite sœur, puis ensuite c'est « tout aimable » désignant le poète, et juste après, « toute belle » semble montrer une progression chez la femme du poète. Elle n'est plus une enfant quand le poète est entré dans sa vie. Néanmoins, même s'il s'agit d'une femme simple « la pose la plus simple », le superlatif « toute » montre l'importance de cette femme pour Verlaine tout comme « meilleure ». Le poète nous explique également que sa femme, pour la danse possiblement représentée par « ce portrait », a su s'habiller de la meilleure façon qu'il soit « la meilleure » pose ; avec une certaine rigueur, domination qui rééquilibre la danse menée par Paul. Le poète a donc figé ce moment de danse tel un photographe impressionniste. De plus, il y a un contraste entre le corps et l'esprit de la jeune femme – comme le mari –, elle se tient debout, elle a le regard droit mais en cheveux. Cela signifie que, premièrement, Verlaine est au milieu de ses pensées avec « Toute mignonne, tout aimable, et toute belle » et de surcroît, elle se perd dans toutes ses pensées amoureuses avec le regard en cheveux. Par ailleurs, la jeune femme semble comprendre et consentir aux désirs de son époux. En effet, elle dérobe délibérément sa robe pour dévoiler son charmant pied, de ce fait, les deux bras auparavant dévoilés, Verlaine peut l' « embrasser ».

Merci d'avance

Siltex14

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Je serais beaucoup plus réservée quant à ce poème pour l'interprétation que tu proposes. D'ailleurs, faut-il "interpréter"? Mathilde, modèle pour un peintre ou idéal par un poète ému ?

Un portrait en pied comme un tableau
Un poète sous le charme
Une "bonne chanson", sans plus

3

Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Bonsoir,

Merci pour ton opinion.

Je serais beaucoup plus réservée quant à ce poème pour l'interprétation que tu proposes.

Mais pourquoi es-tu dubitative sur ma compréhension du poème ? Est-elle trop recherchée, à côté des habitudes du poète ?

D'ailleurs, faut-il "interpréter"?

Quant à ta question sur "l'interprétation" : bien évidemment personnelle, elle nous montre notre capacité d'imagination et de compréhension ; et comme souvent elle est différente pour chaque personne, elle montre les talents d'écriture et l'émotivité de l'artiste.

J'attends donc d'autres avis sur ce poème (peut-être Jean-Luc s'il passe par là).

Bonne soirée.

Siltex14

4

Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Ne s'agit-il pas d'un sonnet?
Pour ma part j'y vois surtout une ekphrasis, le portrait de deux soeurs.
Ce qu'il en ressort : une certaine mièvrerie qui débouche comme souvent chez Verlaine sur une sensualité déguisée.

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Bonjour,

Pour le coup du sonnet, je n'y avais pas pensé : des alexandrins et quatorze vers.

Son bras droit, dans un geste aimable de douceur,
Repose autour du cou de la petite soeur,
Et son bras gauche suit le rythme de la jupe.
A coup sûr une idée agréable l'occupe

Car ses yeux si francs, car sa bouche qui sourit,
Témoignent d'une joie intime avec esprit.
Oh ! sa pensée exquise et fine, quelle est-elle ?
Toute mignonne, tout aimable, et toute belle,

Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi
La pose la plus simple et la meilleure aussi :
Debout, le regard droit, en cheveux ; et sa robe

Est longue juste assez pour qu'elle ne dérobe
Qu'à moitié sous ses plis jaloux le bout charmant
D'un pied malicieux imperceptiblement

Toutefois, est-il possible d'y avoir un enjambement après "et sa robe" pour passer au dernier tercet ? Un sonnet dissimulé qui n'en est pas vraiment un ?

Tu y vois deux sœurs, je reste perplexe car à quoi correspond le "tout aimable" dans ce cas là ?

Tout cela nous montre quand même que ce poème est libre d'interprétation car floreal pense à un portrait amoureux de la muse d'un poète musical, moi à une danse suspendue et toi à un portrait de deux sœurs.

Siltex14

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Je n'ai pas parlé de muse ...

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

"Tout aimable" se rapporte à pensée.
Tout est adverbe devant un participe, un autre adverbe ou un adjectif, au sens de "entièrement". Dans ce cas, il est invariable sauf quand il est placé devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré (pour raison d'euphonie).
Tu ne peux en déduire qu'il désignerait un être masculin.
Les deux personnages sont
- une "petite sœur",
- le personnage principal "en cheveux" et en "robe".

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Bonjour,

Je n'ai pas parlé de muse ...

Mea culpa floreal, j'ai parlé trop vite. Serait-ce davantage un modèle de portrait et l'idéal féminin ?

Tout est adverbe devant un participe. […] Dans ce cas, il est invariable. […] Tu ne peux en déduire qu'il désignerait un être masculin.

Merci beaucoup de l'explication détaillée Jean-Luc ; il y a tant de subtilités de langue à apprendre. Je pense que je vais donc revoir de plus près ce poème.

Siltex14

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Lecture subjective sans doute : j'y ai vu un portrait à la manière de William-Adolphe Bouguereau . Le poète  qui chante Mathilde mais j'ai du mal à m'extasier devant  ce poème ...

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Verlaine, Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

Bonjour,

J'y ai vu un portrait à la manière de William-Adolphe Bouguereau

C'est vrai que maintenant que tu le dis, il y a une sorte de "à la manière de" (même si elles ont été publiées après la mort de Verlaine) :

http://www.bouguereau.org/Sur-la-Greve- … ch%5D.html

http://www.bouguereau.org/Calinerie-(A- … xing).html

Ou encore celle-ci pour rappeler la danse avec le pied qui s'aperçoit (qui date d'avant le poème) :

http://www.bouguereau.org/La-danse-(The-Dance).html

Siltex14