1 (Modifié par YOUNES Kris 18/06/2015 à 06:22)

La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Bonjour,

Je vous propose un plan détaillé répondant à cette problématique. N'hésitez pas à être franc afin d'y apporter les modifications nécessaires, voire à le critiquer violemment. Tous les avis sont les bienvenus.

La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

REFORMULATION : L'art poétique ne sert-il qu'à glorifier la splendeur de notre environnement ? Les poèmes ne sont-ils voués qu'à louer la magnificence de la Création ?
REMARQUE : le mot MONDE n'est pas synonyme d'humanité mais d'environnement physique et matériel.

INTRO..... (je n'en rédige pas car elle ne me cause pas problème)

I) Il est vrai que la création poétique célèbre quelques fois la beauté du monde à l'aide de descriptions mélioratives, d'un nouvel éclairage de la réalité ou d'un filtre spirituel.

A)D'abord, les poèmes mettent en valeur la nature et ses majestueux paysages grâce à une profonde recherche esthétique. En effet, la création poétique s'apparente quelques fois à un tableau impressionniste rendu vivant par de multiples nuances colorées ainsi que par la condensation d'enivrantes images. Ainsi, c'est à l'instar de Claude Monnet qu'Hérédia décrit les fonds marins dans Récif de Corail : "Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu/Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu/Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude". La richesse et l'abondance des notes colorées sublimées par l'évocation de pierres précieuses et de métaux nobles émerveillent le lecteur, ravi de découvrir un paysage nouveau. Par ailleurs, l'importance donnée aux mouvements et aux éléments (eau et feu) dynamise la scène et éveille les sensations du lecteur, donnant vie à cette singulière atmosphère. C'est finalement en mettant en lumière la richesse et l'abondance des fonds marins que ce fameux parnassien glorifie la splendeur du monde. La célébration du monde peut donc être évoqué grâce à un long façonnage plastique qui reste réaliste.
B) Ensuite, certains poètes décident de dévoiler la réalité en transcendant le quotidien. Les hommes, ces profanes, piégés par la monotonie et l'ennui de leur quotidien, finissent tôt ou tard par percevoir machinalement le monde qui les entoure. Heureusement, les poètes, ces magiciens, sont capables de balayer leurs perceptions sclérosées comme le précise Jean Cocteau dans Le Secret professionnel. Par exemple, un simple vélo se transforme en astre aux yeux de Réda et un pain cuit dans le "four stellaire" pour Ponge... Un objet trivial devient grandiose - quotidien métamorphosé en un spectacle de beauté et de lumière - le poète, en dévoilant le sens insoupçonné qui se cache derrière les objets les plus anodins, exalte la beauté du monde par un brillant travail d'interprétation - la poésie use de son pouvoir de suggestion...
C) Enfin, c'est à travers un filtre spirituel que la nature est divinisée dans le but de la rendre parfaite.
Exemple 1 : "Semblable à un prêtre à qui on arracherait sa divinité, je ne pouvais, sans une navrante amertume, me détacher de cette mer si monstrueusement séduisante" de Baudelaire, extrait de Déjà
Exemple 2 : "Mais tournez donc vos yeux vers la mère nature ! " et "Dieu donne l'aube au ciel sans compter les rayons, / Et la rosée aux fleurs sans mesurer les gouttes" d'Hugo, extrait de Croire mais pas en nous
Idées : En idéalisant la mer à l'aide de tournures hyperboliques et en exprimant une profonde tristesse que suscite la perte de l'azur, Baudelaire fait de la mer le paradis sur terre. Le miroir du ciel devient l'allégorie de la perfection qui glorifie le monde. De la même façon, la nature est assimilée à une création cléleste ches Hugo, Dieu se trouve sous forme d'énergie dans tout ce qui nous entoure et c'est pour cela que le monde est magnifique, car Dieu, Vérité et Perfection, est omniprésent sur Terre. 


II) Néanmoins, il serait très maladroit de réduire la poésie à l'exaltation des beautés terrestres car celle ci possède bien d'autres vertus.

A) En effet, elle permet d'une part de dénoncer les injustices ou de livrer un enseignement. Melancholia (Hugo) et Anarchitecture de Damien Saez + Poème sur le désastre de Lisbonne de Voltaire --> faire passer ses idées philosophiques, tourner en dérision Leibnitz + poésie valeur argumentative et dénonciatrice + levier pour changer le monde....
B) Par ailleurs, n'oublions pas qu'elle fait écho aux Hommes... C'est la fonction lyrique de la poésie...déclaration d'amour....
Les exemple ne manquent pas : Non, l'amour n'est pas mort de Desnos, A une passante de Baudelaire, Odes à Cassandre de Ronsard : Mignonne, allons voir si la rose
C) Pour finir, il faut admettre que la poésie célèbre également la laideur et les atrocités de ce monde.
Exemple : "Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or"--> Dieu a offert aux hommes un monde moche et laid qui sera sublimé par le travail poétique. Clair allusion à la genèse, car Dieu a pétri de l'argile pour créer l'homme et Baudelaire a "pétri" de la boue pour en faire de l'or, soit une oeuvre d'art... le poète défit dieu en créant un monde meilleur car celui que Dieu lui a donné est miné d'imperfections (on est loin de célébrer la beauté du monde) ... Vision platonicienne ..
Exemple : Une Charogne de Baudelaire :
"Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !"
--> un corps de femme en décomposition est décrit scrupuleusement avant d'être embelli... La beauté est issu du chaos morbide... L'oeuvre d'art fige le temps, besoin d'immortalité "Aere perennius"...
Donc, loin de célébrer la beauté du monde, le poète peut glorifier la splendeur et la magnificence d'un nouveau monde créé/engendré par son art. Il juge sa création supérieure à la Création. Le monde dans lequel il vit est décevant, le poète est en donc en quête d'un idéal et la poésie est son moyen d'évasion.

CONCLUSION...

Voilà, j'ai terminé.

Je précise que j'ai volontairement omis de rédiger l'introduction et la conclusion.

Par ailleurs, ceci n'est pas une dissertation mais le plan détaillé d'une dissertation et comme vous avez pu le constater, les idées ont été énoncées par bribes au fur et à mesure que vous avez avancé dans la lecture.
Pardonnez moi cette facilité de rédaction mais je vous avoue que je commençais à être fatigué de vouloir rédiger entièrement mes idées (surtout qu'à l'origine, je ne cherchais qu'à mettre en lumière l'ébauche d'un plan détaillé ! ). Quoi qu'il en soit, je suis convaincu de m'être fait comprendre !

J'attends vos critiques avec impatience !


PS : la reformulation et la remarque en tête de page sont de  moi, c'est à dire qu'il ne s'agit pas d'une indication du professeur mais de mon interprétation personnelle (qui, je l'espère, est objective)

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La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

La poésie bouscule aussi le langage.

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La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Bonjour,

Une idée de plan :
I. Certes, La poésie célèbre la beauté du monde
II. Cependant elle se doit également de le corriger, le transformer
III. La poésie se célèbre surtout elle-même / célèbre la beauté du langage.

Ton plan est bon (je ne comprends pas le I. 3. par rapport au I. 1., il me semble que cela illustre le même sous-argument) mais il manque le dépassement

Cordialement

La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Oui, le sujet favori du poète, c'est la poésie elle-même.
Ce qu'il y a de merveilleux dans la poésie et la musique, c'est qu'elles ne sont pas obligées de signifier quelque chose.

5 (Modifié par YOUNES Kris 19/06/2015 à 02:12)

La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Comment expliquer et illustrer la séduisante thèse que vous venez de m'offrir ? Cette thèse étant : La poésie célèbre la beauté du langage, la poésie glorifie la poésie

Je trouve carrément splendide le concept selon lequel la poésie se suffit à elle même. En effet, j'avais déjà entrevu cette vision de la poésie (et de l'Art en général) à travers le Parnasse. De plus, la préface de Mademoiselle de Maupin n'a fait qu'embellir cette pensée que je construisais déjà  : "Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid."
Cependant, j'aurai besoin que vous m'offriez des exemples et des lumières pour affiner cette fascinante conception de l'art poétique.
La grotte obscure qui me sert d'esprit aurait besoin d'une bonne grosse torche afin d'éclaircir mes idées.

Auriez-vous cette fameuse torche par hasard ? Un flambeau ferait aussi très bien l'affaire !

Je vous dis MERCI pour les réponses que vous m'avez déjà offertes. Merci !

PS : auriez-vous des exemples de poésie qui ne signifient pas quelque chose ?

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La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

"Il m'est difficile d'annoter l'un de mes poèmes et surtout ancien ; celui-ci ne m'appartient plus depuis longtemps, dans tous les cas. Il est sous les yeux d'autrui, plus sous les miens (ma propriété fulgurante ne dura, j'ose avouer, que le temps de le faire ). Don à vous aujourd'hui."

"Je vous remercie de dire à vos élèves, quel que soit leur âge, que la lampe, si besoin est, qui éclaire le mystère de la poésie, est l'amour de la poésie, il délivre son sens."

René Char, inédit

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La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Merci beaucoup pour ces précieuses citations !
J'ai une dernière question (promis, c'est la dernière)
Auriez-vous des exemples de poèmes qui illustrent la thèse : la poésie célèbre la beauté du langage ? Autrement dit, des poèmes qui "s'auto-célèbrent" !
Je m'en remets à vous

8 (Modifié par boulou99 22/06/2015 à 16:28)

La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Il y a des poèmes qui célèbrent la beauté de la poésie par l'humour
Cf Raymond Queneau, l'Instant Fatal : Bon dieu de bon dieu...

Bon dieu de bon dieu que j'ai envie d'écrire un petit poème
Tiens en voilà justement un qui passe
Petit petit petit
viens ici que je t'enfile
sur le fil du collier de mes autres poèmes
viens ici que je t'entube
dans le comprimé de mes oeuvres complètes
viens ici que je t'enpapouète
et que je t'enrime
et que je t'enrythme
et que je t'enlyre
et que je t'enpégase
et que je t'enverse
et que je t'enprose

la vache
il a foutu le camp

Personnellement quand je parle de la poésie qui se célèbre elle même, je parle de :
- musicalité : Allitérations et assonances dans "Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage" Marbeuf + Chanson d'automne, Verlaine + rappeler que la poésie associée à la lyre / Orphée dans l'Antiquité
- Les mots sont matière, les mots sont images -> La poésie loue l'indépendance et la consistance des mots : "Les djinns", Hugo : Très belle hypotypose de la première strophe : chaque mot est une image + Voyelle de Rimbaud : voyelles elles-mêmes ont un sens. Une citation que j'apprécie : "Un mot // C'est plein de mains // Qui cherchent à toucher", Guillevic
- L'humour justement
Tu peux également, bien sûr, ajouter le Parnasse (cf Théophile Gautier, Emaux et Camées). Je fusionnerais dans ce cas musicalité et les mots sont consistance ou oublierais l'humour...

Cordialement.

En espérant t'avoir aidé

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La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

Boulou 99, tu as fait bien plus que m'aider, tu m'as sauvé. Ce que tu viens de m'offrir est exactement ce à quoi j'aspirais à écrire dans une dissertation ! 
Je t'en remercie !

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La poésie ne célèbre-t-elle que la beauté du monde ?

N'exagérons rien

Bonne chance !
Cordialement.