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Apollinaire, Vendémiaire

bonjour, je suis en classe de première s et je passe l'oral de français dans 2 semaines.
un des textes de ma liste est Vendémiaire d'apollinaire dans le recueil alcools et ma prof me la ajouté sans aucune explication.
apres y avoir travailler dessus je ne comprends pas ce texte et ne trouve rien dessus.
pouvez vous m'aider merci.

Vendémiaire

Hommes de l'avenir souvenez-vous de moi
Je vivais à l'époque où finissaient les rois
Tour à tour ils mouraient silencieux et tristes
Et trois fois courageux devenaient trismégistes

Que Paris était beau à la fin de septembre
Chaque nuit devenait une vigne où les pampres
Répandaient leur clarté sur la ville et là-haut
Astres mûrs becquetés par les ivres oiseaux
De ma gloire attendaient la vendange de l'aube

Un soir passant le long des quais déserts et sombres
En rentrant à Auteuil j'entendis une voix
Quui chantait gravement se taisant quelquefois
Pour que parvînt aussi sur les bords de la Seine
La plainte d'autres voix limpides et lointaines

Et j'écoutai longtemps tous ces chants et ces cris
Qu'éveillait dans la nuit la chanson de Paris

J'ai soif villes de France et d'Europe et du monde
Venez toutes couler dans ma gorge profonde

Je vis alors que déjà ivre dans la vigne Paris
Vendangeait le raisin le plus doux de la terre
Ces grains miraculeux aui aux treilles chantèrent

Et Rennes répondit avec Quimper et Vannes
Nous voici ô Paris Nos maisons nos habitants
Ces grappes de nos sens qu'enfanta le soleil
Se sacrifient pour te désaltérer trop avide merveille
Nous t'apportons tous les cerveaux les cimetières les murailles
Ces berceaux pleins de cris que tu n'entendras pas
Et d'amont en aval nos pensées ô rivières
Les oreilles des écoles et nos mains rapprochées
Aux doigts allongés nos mains les clochers
Et nous t'apportons aussi cette souple raison
Que le mystère clôt comme une porte la maison
Ce mystère courtois de la galanterie
Ce mystère fatal fatal d'une autre vie
Double raison qui est au-delà de la beauté
Et que la Grèce n'a pas connue ni l'Orient
Double raison de la Bretagne où lame à lame
L'océan châtre peu à peu l'ancien continent

Et les villes du Nord répondirent gaiement

Ô Paris nous voici boissons vivantes
Les viriles cités où dégoisent et chantent
Les métalliques saints de nos saintes usines
Nos cheminées à ciel ouvert engrossent les nuées
Comme fit autrefois l'Ixion mécanique
Et nos mains innombrables
Usines manufactures fabriques mains
Où les ouvriers nus semblables à nos doigts
Fabriquent du réel à tant par heure
Nous te donnons tout cela

Et Lyon répondit tandis que les anges de Fourvières
Tissaient un ciel nouveau avec la soie des prières

Désaltère-toi Paris avec les divines paroles
Que mes lèvres le Rhône et la Saône murmurent
Toujours le même culte de sa mort renaissant
Divise ici les saints et fait pleuvoir le sang
Heureuse pluie ô gouttes tièdes ô douleur
Un enfant regarde les fenêtres s'ouvrir
Et des grappes de têtes à d'ivres oiseaux s'offrit

Les villes du Midi répondirent alors

Noble Paris seule raison qui vis encore
Qui fixes notre humeur selon ta destinée
Et toi qui te retires Méditerranée
Partagez-vous nos corps comme on rompt des hosties
Ces très hautes amours et leur danse orpheline
Deviendront ô Paris le vin pur que tu aimes

Et un râle infini qui venait de Sicile
Signifiait en battement d'ailes ces paroles

Les raisins de nos vignes on les a vendangés
Et ces grappes de morts dont les grains allongés
Ont la saveur du sang de la terre et du sel
Les voici pour ta soif ô Paris sous le ciel
Obscurci de nuées faméliques
Que caresse Ixion le créateur oblique
Et où naissent sur la mer tous les corbeaux d'Afrique
Ô raisins Et ces yeux ternes et en famille
L'avenir et la vie dans ces treilles s'ennuyent

Mais où est le regard lumineux des sirènes
Il trompa les marins qu'aimaient ces oiseaux-là
Il ne tournera plus sur l'écueil de Scylla
Où chantaient les trois voix suaves et sereines

Le détroit tout à coup avait changé de face
Visages de la chair de l'onde de tout
Ce que l'on peut imaginer
Vous n'êtes que des masques sur des faces masquées

Il souriait jeune nageur entre les rives
Et les noyés flottant sur son onde nouvelle
Fuyaient en le suivant les chanteuses plaintives
Elles dirent adieu au gouffre et à l'écueil
A leurs pâles époux couchés sur les terrasses
Puis ayant pris leur vol vers le brûlant soleil
Les suivirent dans l'onde où s'enfoncent les astres

Lorsque la nuit revint couverte d'yeux ouverts
Errer au site où l'hydre a sifflé cet hiver
Et j'entendis soudain ta voix impérieuse
O Rome
Maudire d'un seul coup mes anciennes pensées
Et le ciel où l'amour guide les destinées

Les feuillards repoussés sur l'arbre de la croix
Et même la fleur de lys qui meurt au Vatican
Macèrent dans le vin que je t'offre et qui a
La saveur du sang pur de celui qui connaît
Une autre liberté végétale dont tu
Ne sais pas que c'est elle la suprême vertu

Une couronne du trirègne est tombée sur les dalles
Les hiérarques la foulent sous leurs sandales
Ô splendeur démocratique qui pâit
Vienne le nuit royale où l'on tuera les bêtes
La louve avec l'agneau l'aigle avec la colombe
Une foule de rois ennemis et cruels
Ayant soif comme toi dans la vigne éternelle
Sortiront de la terre et viendront dans les airs
Pour boire de mon vin par deux fois millénaire

La Moselle et le Rhin se joignent en silence
C'est l'Europe qui prie nuit et jour à Coblence
Et moi qui m'attardais sur le quai à Auteuil
Quand les heures tombaient parfois comme les feuilles
Du cep lorsqu'il est temps j'entendis la prière
Qui joignait la limpidité de ces rivières

O Paris le vin de ton pays est meilleur que celui
Qui pousse sur nos bords mais aux pampres du nord
Tous les grains ont mûri pour cette soif terrible
Mes grappes d'hommes forts saignent dans le pressoir
Tu boiras à longs traits tout le sang de l'Europe
Parce que tu es beau et que seul tu es noble
Parce que c'est dans toi que Dieu peut devenir
Et tous mes vignerons dans ces belles maisons
Qui reflètent le soir leurs feux dans nos deux eaux
Dans ces belles maisons nettement blanches et noires
Sans savoir que tu es la réalité chantent ta gloire
Mais nous liquides mains jointes pour la prière
Nous menons vers le sel les eaux aventurières
Et la ville entre nous comme entre des ciseaux
Ne reflète en dormant nul feu dans ses deux eaux
Dont quelque sifflement lointain parfois s'élance
Troublant dans leur sommeil les filles de Coblence

Les villes répondaient maintenant par centaines
Je ne distinguais plus leurs paroles lointaines
Et Trèves la ville ancienne
A leur voix mêlait la sienne
L'univers toout entier concentré dans ce vin
Qui contenait les mers les animaux les plantes
Les cités les destins et les astres qui chantent
Les hommes à genoux sur la rive du ciel
Et le docile fer notre bon compagnon
Le feu qu'il faut aimer comme on s'aime soi-même
Tous les fiers trépassés qui sont un sous mon front
L'éclair qui luit ainsi qu'une pensée naissante
Tous les noms six par six les nombres un à un
Des kilos de papier tordus comme des flammes
Et ceux-là qui sauront blanchir nos ossements
Les bons vers immortels qui s'ennuient patiemment
Des armées rangées en bataille
Des forêts de crucifix et mes demeures lacustres
Au bord des yeux de celle que j'aime tant

Les fleurs qui s'écrient hors de bouches
Et tout ce que je ne sais pas dire
Tout ce que je ne connaîtrai jamais
Tout cela tout cela changé en ce vin pur
Dont Paris avait soif
Me fut alors présenté

Actions belles journées sommeils terribles
Végétation Accouplements musiques éternelles
Mouvements Adorations douleur divine
Mondes qui vous rassemblez et qui nous ressemblez
Je vous ai bus et ne fut pas désaltéré

Mais je connus dès lors quelle saveur a l'univers

Je suis ivre d'avoir bu tout l'univers
Sur le quai d'où je voyais l'onde couler et dormir les bélandres

Écoutez-moi je suis le gosier de Paris
Et je boirai encore s'il me plaît l'univers

Écoutez mes chants d'universelle ivrognerie

Et la nuit de septembre s'achevait lentement
Les feux rouges des ponts s'éteignaient dans la Seine
Les étoiles mouraient le jour naissait à peine

2 (Modifié par Yvain 18/06/2015 à 14:19)

Apollinaire, Vendémiaire

La vigne, le vin, l'alcool. Les villes engagées dans une vendange féerique pour abreuver Paris du sang des grappes noires. Paris qui a si bien ouvert le recueil avec Zone, et qui le referme dans un élan prophétique  : les villes vont s'incorporer au chant jubilatoire et dionysiaque du poème qui devient peu à peu, ou plutôt qui est déjà devenu (le poème est écrit au passé, comme une légende) le Chant divin du Monde nouveau.

3 (Modifié par webmestre 17/06/2015 à 13:05)

Apollinaire, Vendémiaire

Quelques repères peut-être.

Vendémiaire : nom du premier mois de l'automne dans le calendrier révolutionnaire.

Ce poème fait partie de la section "A la Santé" et il est le sixième et dernier poème de la section. Apollinaire a été incarcéré à la prison de la Santé du 7 au 13 septembre 1911. C'est de cet épisode malheureux qu'il a tiré la suite de ces six poèmes. Il y a donc des références autobiographiques et ce poème est aussi un poème de circonstance.

On parle aussi à propos de ce poème de "poésie carcérale". (images d'enfermement, d'isolement, retour sur soi, face-à-face intérieur, interrogation sur sa propre identité ...)

Mais Vendémiaire est aussi un hymne à la vie renouvelé avec Paris, point de convergence des courants vivifiants venus de partout dans une alliance nouvelle. Images d'abondance, de fécondité, vendanges et vin renvoient au titre du recueil.

Poème qui est gage d'une poésie nouvelle et du reflet d'une époque.

Vendémiaire est un poème "explosif" qui célèbre l'ivresse retrouvée, la vie régénérée et qui est un appel à la nouveauté. Note d'espoir.

Apollinaire, Vendémiaire

Floréale, à la suite d'une mauvaise manipulation, j'ai effacé une partie de ton message croyant le citer. Je te présente toutes mes excuses.

Mais il faut dire que l'info m'a fait bondir : Vendémiaire, une partie de la Santé ? Où as-tu vu cela ? Et où peut-on bien dicerner le thème de l'enfermement dans ce poème ???

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Apollinaire, Vendémiaire

Tu as bien fait de "bondir" jacquesvaissier
C'est moi qui présente mes excuses. J'ai travaillé trop vite à partir d'un fascicule tout à fait autorisé mais j'ai lu trop vite les questions d'analyse qui portaient à la fois sur les poèmes regroupés de la Santé et sur Vendémiaire..., dans un même groupement pour un "arrêt sur lecture".
Je rectifie donc s'il est encore temps pour l'élève.
Et voici les questions qui accompagnaient ce poème seul :

L'ivresse du renouveau :
Montrez comment ce poème, qui fait de Paris le point de convergence des courants vivifiants venus de France et du monde, présente le déroulement d'une cérémonie où s'opère une alliance inédite.

Dans Vendémiaire, les images de l'abondance et de la fécondité sont nombreuses. relevez-en quelques-unes et montrez comment ce réseau thématique se rattache à la métaphore des vendanges. Vous préciserez ce qui symbolise le motif central du vin.

En 1913, dans Les peintres cubistes, Apollinaire écrivait :"Je déteste les artistes qui ne sont pas de leur époque". Dites en quoi le poème Vendémiaire est le reflet de leur époque et est tourné vers la modernité.

Apollinaire, Vendémiaire

Ton message a pu être restauré.
Quand même, le thème de l'enfermement... 

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Apollinaire, Vendémiaire

Allez, accordez moi au moins une petite circonstance atténuante avant de ... m'enfermer ...

Je vivais à l'époque où finissaient les rois
Tour à tour ils mouraient silencieux et tristes

Apollinaire, Vendémiaire

Personnellement, je plains l'élève qui a ce poème sur  sa liste. Déjà il est bien trop long pour une présentation orale de dix minutes.
C'est un poème difficile et sur lequel bien des commentateurs se sont cassé le nez.
Il est placé à la fin du recueil, alors qu'il est loin d'être le plus récent (on donne 1909 comme date probable de composition)
Et je regrette, Jacques, je me mets à la place de l'élève à qui tu écris : Les villes engagées dans une vendange féerique pour abreuver Paris du sang des grappes noires. Et je reste la bouche bée.
Déjà, je ne comprends pas pourquoi tu ne commentes pas le titre. Certes, vendémiaire , c'est le mois des vendanges, mais ce n'est tout de même pas par hasard qu'Apollinaire a choisi le nom d'un mois du calendrier révolutionnaire.
Pourquoi ne voudrait-il pas suggérer une libération par rapport au passé ?
Paris comme centre du monde a pris la place du berceau méditerranéen.
L'ancrage historique est indéniable, si l'on se fie au début, et à l'évocation des attentats anarchistes du début du XXème siècle. Pour moi, j'y vois l'image même de la Révolution, alors, tu vois...
Je n'ai pas le temps de me replonger dans ce texte, vraiment trop long, je le répète et qu'on ne peut expédier en trois mots. D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on cherche à l'expliquer, il est incompréhensible.
Pauvres élèves de première.

Apollinaire, Vendémiaire

Il est placé à la fin du recueil, alors qu'il est loin d'être le plus récent.

Quel rapport ?

Apollinaire, Vendémiaire

Mais oui, il a évidemment été placé là pour faire pendant à Zone, comme je l'ai dit. On ne sait pas exactement quand il a été conçu, comme c'est très souvent le cas chez Apollinaire.