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L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Bonjour à tous,

Je souhaiterais savoir si un agrégé démissionnaire de l'éducation nationale qui postulerait (ensuite) dans des universités serait considéré comme agrégé par celles-ci dans leur processus de recrutement ? Après tout, les universités ne sont-elles pas uniquement intéressées par l'obtention du précieux sésame, comme gage d'un niveau, sans faire trop de cas de savoir si l'heureux détenteur exerce toujours dans le secondaire ? Ou bien je me trompe ?
Par ailleurs, on voit en effet souvent des anciens enseignants, reconvertis, continuer à être considérés comme des "agrégés".

Merci par avance de vos éclaircissements

L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Les universités ne sont pas seulement intéressée par le papelard. Elle veulent aussi une expérience de l'enseignement. Les rapports des sections CNU sont assez clairs sur ce point :

http://www.cpcnu.fr/web/cnu-section-09/ … dation-mcf

L'expérience de l'enseignement est "essentielle" en section 9. Je n'ai pas le temps de chercher, mais ça doit être la même chose dans les autres sections littéraires.

L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

L’expérience d’enseignement pourrait être obtenue en tant qu’ATER.
Je ne sais pas comment une démission, ou de préférence une mise en disponibilité pour recherche ou convenance personnelles, serait jugée. Un trou dans un CV n’est pas du meilleur effet.
Heureux celui qui a sans doute les moyens de renoncer à un travail dans l’espoir d’un poste si aléatoire en université.
Il vaudrait mieux, à mon avis, chercher à dominer ta peur de l’enseignement en lycée. Fais  du théâtre !

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L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Merci de vos réponses PHK et Anne345,

En effet, une démission n'est sans doute pas du meilleur effet, mais enfin quand on voit les conditions actuelles d'"enseignement" dans certains établissements, ainsi que le nombre de stagiaires démissionnaires, on y pense avant de se lancer... J'espère tout de même que je me plairai en lycée, mais c'est dommage de ne pas pouvoir faire autre chose si ce n'est pas le cas, quand on veut un jour intégrer l'université.

L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Je souhaiterais savoir si un agrégé démissionnaire de l'éducation nationale qui postulerait (ensuite) dans des universités serait considéré comme agrégé par celles-ci dans leur processus de recrutement ?

Non.
Si tu démissionnes, tu n'es plus agrégé, point.
Par contre, tu peux faire autre chose : Présenter le concours de l'ENA par exemple si tu ne souhaite pas enseigner.
Mais lorsqu'on passe des concours d'enseignement, normalement, on est amené à enseigner, au moins un peu, en collège ou en lycée, et cela on est censé le savoir.

L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Bonjour,
Je pense que la présentation et la justification du dossier joue un rôle important. Tu peux écrire dans le
CV : "telle année : admission à l'agrégation externe de... (rang : ...)" puis idem pour l'année de démission. Mais dans ce cas, il faut absolument donner une raison valable pour expliquer cette démission, en tout cas autre chose que : "j'ai démissionné parce que je n'aimais pas enseigner". Sinon le dossier sera forcément écarté.
Il ne faut pas non plus idéaliser l'enseignement universitaire en pensant qu'on n'aura que des cours de notre choix, des contenus passionnants et des étudiants passionnés : le niveau licence est de plus en plus "scolaire", certains étudiants sont là par défaut, du moins en L1, et il ne s'agit pas comme au lycée de parler devant 30 personnes mais parfois devant de grands amphis (tout dépend bien sûr des disciplines).
Mais en te lisant, je crois comprendre que tu n'as pas encore d'expérience d'enseignement en lycée ? Tu découvriras peut-être que cela te plaît beaucoup, ce qui ne t'empêchera pas, bien sûr, de tenter d'obtenir ensuite un poste à l'université - mais dans un état d'esprit bien différent.

7 (Modifié par PHK 31/05/2015 à 08:55)

L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Laurent, malheureusement, les conditions d'enseignement à l'université ne sont pas toujours meilleures que dans le secondaire. Les problèmes qui empoisonnent le secondaire remontent aussi à ce niveau. N'idéalisez pas l'université.

A votre place, je passerais le CAFEP, et j'essaierais de me caser dans un établissement privé correct, pour aborder l'enseignement dans des conditions plus favorables. La pénurie de professeurs fait que les bons lycées privés sont à la recherche de gens avec des CV corrects. En effet, il est plus facile de profiter d'un bon CV dans le privé que dans le public, où les professeurs sont considérés comme de la chair à canon interchangeable. Vous pouvez repousser une éventuelle carrière universitaire à plus tard, quelques années, le temps de voir comment les choses se passent.

Vous vous demandiez sur l'autre fil si un passage dans le privé pénaliserait une carrière universitaire. Oui, c'est très possible. Mais, d'un autre côté, si vous misez sur le public en vue d'une telle carrière, vous risquez de passer 15 ans à enseigner dans des conditions catastrophiques en attendant un poste supérieur qui ne viendra peut-être jamais -- et qui ne sera pas, de toute façon, l'hymne à la vie de l'esprit que vous espérez.

Dans ce domaine, d'ailleurs, ne croyez aucune promesse qu'on vous fait. L'enseignement public a un besoin désespéré de professeurs. Il promet la lune à un peu tout le monde pour garder des gens. Personne ne peut sérieusement vous garantir (ni même vous pressentir pour) un poste universitaire dans l'état actuel des choses. Si on vous les fait, ce sont des promesses en l'air pour vous recruter dans le secondaire.

Gardez aussi un plan B en route. Ne vous enfermez pas dans l'enseignement. Renseignez-vous sur les métiers des bibliothèques, l'action culturelle, l'édition... restez au courant de ce qui se fait dans ces secteurs, afin de bifurquer au besoin.

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L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Je pense aussi qu'il ne faut pas quitter la proie pour l'ombre.
La vie d'agrégé dans le secondaire n'est pas forcément facile, mais trouver un poste de qualité dans le supérieur, même avec un dossier totalement "blindé" (ENS + Agreg + Doctorat) relève aujourd'hui d'un véritable parcours du combattant. 

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L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Je vous remercie beaucoup pour vos longues réponses ainsi que vos conseils, qui me donnent bien sûr beaucoup à réfléchir.

En effet, Tropic, je n'ai pas encore fait l'expérience de l'enseignement  en lycée, si ce n'est 5 heures de cours de géographie face à des secondes lors d'un stage de licence dans un lycée sous contrat. D'ailleurs, j'avais beaucoup apprécié, et je devrais sans doute reconsidérer de passer le CAFEP, comme m'y invite PHK. Je me sens passionné pour l'enseignement (et la recherche), j'espère seulement qu'on peut encore enseigner avec plaisir et exigence dans le secondaire, au vu du niveau et du comportement actuels de bien des élèves (mais peut-être suis-je trop pessimiste après tout).
Si je parlais de l'agrégation, c'est avant tout car j'avais en tête de postuler à un Contrat Doctoral, qui me semble la voie la plus sure pour s'intégrer dans le monde universitaire, mais je comprends bien qu'il me faut faire un choix.
Merci encore 

10 (Modifié par PHK 31/05/2015 à 12:03)

L'agrégation et le recrutement universitaire : le cas des désagrégés

Dites-vous bien que vous avez le temps. A moins d'un CV énorme, dans les disciplines littéraires, les professeurs arrivent souvent dans le supérieur en deuxième partie de carrière. En 2013, l'âge moyen des candidats qualifiés en section 09 était de 36 ans. Penser votre parcours dès à présent dans l'optique d'un recrutement universitaire revient à tirer des plans sur la comète. Vous risquez de souffrir pendant des années, de vous laisser mener en bateau à coup de vagues promesses, et de ne rien obtenir au bout.

C'est moche à dire, mais des docteurs qu'on a bercés d'illusions et qui restent coincés toute leur vie au collège, il y en a plein l'éducation nationale. Et quand il finissent par obtenir un poste dans le supérieur (s'ils l'obtiennent), il s'aperçoivent que leur terre promise ne valait pas autant de sacrifices. Si vous le pouvez, essayez de mettre la main sur l'ouvrage "Université, la grande illusion", publié sous la direction de Pierre Jourde. Lecture désolante mais qui reste nécessaire, même si le livre date de quelques années. Tout a empiré depuis.

Mieux vaut chercher un métier ou un poste qui  vous conviennent maintenant, de tirer votre épingle du jeu, de bénéficier de votre CV et de vos capacités, quitte à vous "vendre" aux lycées privés sélectifs. Carpe Diem ! Cela n'empêchera pas de reconsidérer la question universitaire d'ici quelques années.

Qui peut dire, de toute manière, ce que sera l'enseignement supérieur dans 10, 15 ans ? Il se peut même que vous vous prépariez pendant des années et des années à un métier qui n'existera plus.