Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Bonjour,

Je suis en première L et je passe mon oral de français jeudi.
Je me suis cependant rendue compte en révisant que je ne comprends pas le texte Si le grain ne meurt d'André Gide.

Je ne vois absolument pas quel plan je pourrais faire si j'étais interrogée sur ce texte puisque je ne comprends pas la démarche de l'auteur. Est-ce qu'il dit qu'il va vérifier tous ses souvenirs un par un comme il l'a fait avec celui dont il parle ou est-ce que justement il désire présenter ses souvenirs selon SA mémoire, au risque de se tromper? Pouvez-vous m'expliquer un peu ce texte s'il vous plait?

Le professeur nous avait proposé une problématique: " A quelles difficultés énonciatives se heurte Gide en faisant le pari de la sincérité ? "
Je dois bien avouer que je ne vois pas le rapport avec le texte.

Voici le texte:

J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent, sans chercher à les ordonner. Tout au plus les puis-je grouper autour des lieux et des êtres ; ma mémoire ne se trompe pas souvent de place ; mais elle brouille les dates ; je suis perdu si je m’astreins à de la chronologie. À reparcourir le passé, je suis comme quelqu’un dont le regard n’apprécierait pas bien les distances et parfois reculerait extrêmement ce que l’examen reconnaîtra beaucoup plus proche. C’est ainsi que je suis resté longtemps convaincu d’avoir gardé le souvenir de l’entrée des Prussiens à Rouen : C’est la nuit. On entend la fanfare militaire, et du balcon de la rue de Crosne où elle passe, on voit les torches résineuses fouetter d’inégales lueurs les murs étonnés des maisons... Ma mère à qui, plus tard, j’en reparlai, me persuada que d’abord, en ce temps, j’étais beaucoup trop jeune pour en avoir gardé quelque souvenir que ce soit ; qu’au surplus jamais un Rouennais, ou en tout cas aucun de ma famille, ne se serait mis au balcon pour voir passer fût-ce Bismarck ou le roi de Prusse lui- même, et que si les Allemands avaient organisé des cortèges, ceux-ci eussent défilé devant des volets clos. Certainement mon souvenir devait être des " retraites aux flambeaux " qui, tous les samedis soir, remontaient ou descendaient la rue de Crosne après que les Allemands avaient depuis longtemps déjà vidé la ville.
- C’était là ce que nous te faisions admirer du balcon, en te chantant, te souviens-tu :

Zim laï la ! Zim laï la Les beaux militaires !

Et soudain je reconnaissais aussi la chanson. Tout se remettait à sa place et reprenait sa proportion. Mais je me sentais un peu volé ; il me semblait que j’étais plus près de la vérité d’abord, et que méritait bien d’être un événement historique ce qui, devant mes sens tout neufs, se douait d’un telle importance. De là ce besoin inconscient de le reculer à l’excès afin que le magnifiât la distance.

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

La problématique c'est la non-fiabilité de la mémoire, ou son caractère sélectif ; de là les difficultés énonciatives. Il y a aussi un désir d'esthétiser le souvenir, de garder le plus beau

Il énonce clairement sa méthode
J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent, sans chercher à les ordonner.

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Bonjour Junon, bonjour Léah,

Le problème semble être aussi que sa vérité n'est pas la vérité.

Si sa mère avait été morte avant le moment de l'écriture, personne ne lui aurait dit qu'il se trompait. En fait, il va relater, après correction de la mère, un souvenir qui n'en est pas un pour lui. Alors... où est la vérité ?

Mais je me sentais un peu volé ; il me semblait que j’étais plus près de la vérité d’abord,

Et cela :

De là ce besoin inconscient de le reculer à l’excès afin que le magnifiât la distance.

Le fait qu'il parle d'inconscience le décharge de toute volonté de "tricher" ou de "mentir" volontairement. Ce n'est pas lui qui magnifie le souvenir : c'est la distance (le temps) entre l'événement et la période où il le raconte.

Muriel

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Tout d'abord merci pour vos réponses.

Mais (une dernière question... )  " j'écrirai mes souvenirs comme ils viennent " voudrait dire que Gide va écrire une autobiographie en disant à son lecteur que ses souvenirs sont arrangés à sa façon ?

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Non, il "n'arrange" rien, il dit que ses souvenirs sont ceux qui surgissent de sa mémoire, même s'ils ne correspondent pas à la réalité, c'est le souvenir qu'il en a, c'est sa réalité à lui.

Muriel

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Ah donc en fait il montre que vérifier un souvenir lui est difficile et qu'il préfère montrer sa réalité à lui.

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Je pense que c'est plutôt ça, oui.
Je crois même qu'on peut dire qu'il n'a pas spécialement envie de vérifier...

Léah dira sûrement ce qu'elle en pense à son prochain passage.

Muriel

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

MERCI infiniment en tout cas

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Cela montre toute la difficulté qu'il y a à se souvenir exactement
Avec mes sœurs en parlant de notre enfance, on a maintes fois constaté que pour un évenement donné chacune avait une version différente ; et quand on a demandé à nos parents chacun nous a encore ajouté quelque chose
La problématque de ce texte c'est qu'aucun homme n'est une caisse enregistreuse...
En plus l'enfance est une période enchanteresse, on n'a pas envie d'apprendre que la féerie était tout au plus un artifice de lumières

Gide, Si le grain ne meurt - J’écrirai mes souvenirs comme ils viennent...

Voilà, je suis tout-à-fait d'accord avec Léah : l'enfance est une période de féérie : on n'a pas du tout envie que quelqu'un nous la "dépoétise"...

Muriel