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Flaubert, Madame Bovary - L'auteur dans son œuvre doit être présent partout et visible nulle part

Bonjour. Actuellement en TL, je travaille sur la totalité du roman Madame Bovary.

Ma prof de litt. m'a rendu il y a quelques jours ma dissertation sur le sujet suivant : il fallait expliquer dans quelle mesure cet extrait tiré d'une lettre de Flaubert à Louise Collet ("L'auteur, dans son oeuvre, doit être, comme Dieu dans l'univers,  présent partout et visible nulle part.") Illustre/reflète le roman MB.

Dans ma première partie, j'avais tenté de montrer par divers exemples que la volonté d'impersonnalité de Flaubert n'était pas représentative de l'ensemble du roman. Problème : d'après les commentaires de ma prof, il semblerait que je confonde "impersonnalité" et "objectivité". J'ai cherché sur internet des articles pouvant m'aider, en vain. Une âme charitable pourrait-elle m'éclairer, svp ? Je n'arrive pas à faire la distinction...

Je vous joins ci-dessous la première partie de ma dissertation, peut-être cela pourra-t-il vous aider à mieux comprendre mon problème.


   Il semble légitime de se demander si l'effacement de l'auteur dans son oeuvre est effectivement réalisable. L'exemple de MB peut nous apporter une perspective sur la question puisqu'il expose la confusion - voire même la contradiction - qui existe entre cette position radicale que Flaubert a tenté d'incarner et ce qui ressort de ses longues et éprouvantes années de travail, tant sur le plan physique que psychoaffectif. Flaubert souhaite écrire un roman comme on écrit l'histoire, soit de manière objective (commentaire de ma prof : Non, ce n'est pas ce qu'il dit !). Ainsi, il n'est pas supposé apparaître dans le récit. Or, nous sommes confrontés dès l'ouverture du roman à une imprécision puisque ce dernier commence par l'utilisation du pronom personnel "nous" sans qu'il ne soit possible de supprimer toute confusion quand à l'identification de ce "nous" : s'agit-il d'un narrateur interne qui disparaît par la suite ou de Flaubert ? En ce qui concerne les passages descriptifs, Flaubert accorde une attention toute particulière à l'observation et la documentation puisqu'il tend à faire du "réel écrit". En effet, certaines descriptions sont neutres. Cependant, cette exigence d'objectivité ne reflète pas l'ensemble de l'oeuvre (commentaire de ma prof : L'impersonnalité n'est pas l'objectivité.). À titre d'exemple, lorsque Flaubert raconte l'arrivée des invités aux noces de Charles et d'Emma, il s'étend sur la description de certains personnages qu'il tourne au ridicule par le recours au sarcasme : "Et les chemises sur les poitrines bombaient comme des cuirasses ! Tout le monde était tondu à neuf, les oreilles s'écartaient des têtes, […] toutes ces grosses faces blanches épanouies." Ici, Flaubert ne se prive pas de commentaires qui trahissent son mépris à l'égard de la bourgeoisie provinciale. Il en va de même lorsque, "disposée à n'importe quelle dévotion", Emma se rend à l'Église. Malgré ses efforts, elle ne parvient pas à confier ses tourments au prêtre - au portrait comiquement dépeint - qui ne se soucie que de la santé de Charles. Elle se retrouve face à un homme qui ne lui laisse que peu de chances de s'exprimer, et d'être entendue. Nous pouvons supposer que, au travers de ce discours de sourd, Flaubert soulève la question de la situation de la femme à son époque. En effet, l'existence propre d'Emma semble être niée par le curé : cette dernière n'est pas perçue en tant qu'individu à part entière mais en tant qu'épouse de Charles uniquement. La subjectivité de Flaubert apparaît également dans l'utilisation du discours indirect libre. Il est difficile dans la phrase : "Ils arrivèrent, en effet, ces fameux Comices !" de déceler s'il s'agit de l'impatience de Rodolphe qui espère séduire Emma, de celle de Flaubert qui vient de clôturer un chapitre ou bien d'un croisement de points de vue. Ce procédé donne au lecteur l'impression que les personnages ne sont pas totalement autonomes dans leur expression et par conséquent fragilise l'idée d'un auteur impartial et "extérieur" à l'histoire.


Merci à vous !

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Flaubert, Madame Bovary - L'auteur dans son œuvre doit être présent partout et visible nulle part

C'est vrai que la distinction est subtile et même le TLF utilise l'adjectif "objectif" dans un de ses nombreux exemples concernant "impersonnel".

On peut toutefois essayer.

* objectif = être impartial, ne pas prendre parti, ne pas  faire intervenir l'affectif, mais voir le pour et le contre d'une situation donnée.

* impersonnel = nulle implication personnelle, neutralité totale, ni pour ni contre, absence totale du sujet ou de la personne. Exemple : le code civil ou la loi sont impersonnels. Sont-ils pour autant objectifs ?

Un prof de philo pourrait sans doute mieux vous répondre.

Question perso : quelles sont le sources du souhait de Flaubert concernant son désir d'écrire un roman comme l'histoire ? Merci.

3 (Modifié par alex-srpgg 12/04/2015 à 20:38)

Flaubert, Madame Bovary - L'auteur dans son œuvre doit être présent partout et visible nulle part

Grosse erreur de ma part. Ce que j'entendais par Histoire, c'était le fait d'exposer des faits précis et réels. Mais par la suite je me suis rendue compte que cette référence était dans ce cas inappropriée puisque l'Histoire implique souvent une prise de position selon moi (elle n'est pas rapportée de la même manière d'un pays à un autre, d'un historien à un autre, etc).

Merci pour votre réponse, c'est déjà beaucoup plus clair !