1

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonjour, ou bonsoir,

Je ne sais pas s'il est plus correct d'écrire :

"Si je ne devais en choisir que trois"

Ou bien :

"Si je devais n'en chosir que trois"

Peut-on indifféremment écrire l'un ou l'autre ? Pourriez-vous, s'il vous plaît, m'aider ?

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonjour Haron,

Instinctivement, si je devais placer le "ne" avant "devais" j'écrirais :

- "Si je ne devais qu'en choisir trois". (Mais je ne sais pas pourquoi...)

Je préfère la seconde formulation :

- "Si je devais n'en choisir que trois", elle me paraît plus légère et plus logique...

Muriel

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonsoir, Muriel et Haroun !

Les grammaires ne sont guère explicites sur la place de l’adverbe ; elles sont même tout à fait muettes sur la place de cet adverbe de restriction « ne… que », qui n’est négatif que parce qu’il implique l’exclusion de « tout le reste » et qui signifie « seulement ».

La phrase de base serait :
* Je dois en choisir SEULEMENT trois.

Vous observerez que, déjà sous cette forme, la place normale de « seulement » est de précéder le nombre. Mais il serait admissible d’écrire (ce qui n’est pas possible avec « ne…que ») :
* Je dois en choisir trois SEULEMENT.

Si vous placez « seulement » devant l’infinitif, vous modifiez la signification.
* Je dois SEULEMENT en choisir trois.
En effet, cela signifie que je dois SEULEMENT CHOISIR (trois éléments), sans pouvoir faire autre chose à propos de ces trois éléments, par exemple les écarter.

Application :
* Si je NE devais en choisir QUE trois.
* Si je NE devais QU’en choisir trois.
* Si je devais N’en choisir QUE trois.

Les énoncés 1 et 3 ont l’avantage de faire porter la « négation-restriction » sur le nombre, en faisant précéder celui-ci de « que ».
L’énoncé 2 fait porter la « négation-restriction » sur l’acte de choisir.

Malgré l’absence de contexte, il me semble que les énoncés 1 et 3 sont les plus conformes à l’intention.
Entre les deux, je choisirais le 3 : la « négation-restriction » (exprimée par « ne ») doit logiquement porter sur l’infinitif plutôt que sur le semi-auxiliaire « devoir ».

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonsoir Edy,

Merci à vous. Je suis entièrement de votre avis. Suivant le contexte, on sent bien les nuances de sens (légères, mais existantes).

Bonne soirée !

Muriel

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonsoir...


Il me semble que la phrase de base est: << Je dois n'en choisir que trois. >>. La restriction concerne l'acte que l'on doit accomplir, c'est-à-dire, << choisir >>.

<< Je ne dois en choisir que trois. >> correspond, je pense, à une litote plus-ou-moins vieillie.

Pour comprendre ce problème, intéressons-nous à un exemple plus simple, avec une simple négation plutôt qu'une restriction (plus difficile)...

Quand il est défendu de parler, on dit logiquement: << Tu dois ne pas parler. >>. Mais on entend aussi - et, même, plus fréquemment - : << Tu ne dois pas parler. >>. Cette seconde tournure correspond à la litote.

Qu'est-ce qu'une litote? C'est une figure de style consistant en le fait de dire le contraire de ce qu'on veut dire, mais à la forme négative (ce qui rétablit le sens), on dit aussi << dire moins pour dire plus >>. Exemple tout simple: << Elle n'est pas mauvaise, cette bière. >> pour << Elle est bonne, cette bière. >>.

Revenons-en à notre interdiction de parler. Le contraire de cette interdiction, ce serait l'obligation de parler: << Tu dois parler. >>. Mis à la forme négative, cela donne: << Tu ne dois pas parler. >>. Ce qui signifie non-pas une interdiction (si on lit bien), mais une absence d'obligation. Bien entendu, c'est à prendre comme une interdiction (je rappelle: << dire moins pour dire plus >>). Ici, la litote n'est plus tellement sentie comme telle, je pense... Alors, pourquoi préfère-t-on << Tu ne dois pas parler. >> à << Tu dois ne pas parler. >> ? Peut-être, justement, car la litote permet d'adoucir (en apparence) l'interdiction...

Je pense qu'il en est de même pour votre exemple.
<< Je dois n'en choisir que trois. >> est la forme atone de votre phrase, celle où elle se comprend formellement, mot à mot. La négation porte sur << choisir >>.
<< Je ne dois en choisir que trois. >> est la forme utilisant la litote, elle signifie une limitation dans l'obligation, mais qui doit en réalité être prise comme une restriction obligatoire. La négation porte alors sur << devoir >>.



C'est peut-être un peu complexe, mais il me semble que c'est l'explication de la place de l'adverbe (la négation concerne tel ou tel verbe)... Voulez-vous quelque éclaircissement sur un point en particulier?

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonsoir, Bâ !

Je me borne à recopier Grevisse :
Il arrive que, par un déplacement curieux [votre litote ?], des verbes tels que falloir, vouloir, devoir, prennent la négation qui logiquement porte sur l'infinitif.
* Il ne faut pas qu'il périsse. (= Il faut qu'il ne périsse pas.)
* Je ne veux pas que ton père me quitte. (Vigny)
* Il ne veut pas que les petits enfants aient froid. (Anatole France)
* Je ne veux plus que tu restes là. (Alphonse Daudet)

Personnellement, je tâche de faire porter la négation sur l'infinitif, comme c'est logique dans les énoncés.
→ Je dois n'en choisir que trois.

Cordialement vôtre,

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Bonsoir Edy...


En effet, le Grevisse semble ici se contenter de décrire sans aller plus loin... Pour moi, c'est une litote.


Prenons par exemple << Je pense ne pas pouvoir venir. >> par opposition à << Je ne pense pas pouvoir venir. >>. Vous comprendrez bien la litote, ici, je pense. Dans la première phrase, on dit ce que l'on pense. Dans la seconde, on dit que l'on ne pense pas le contraire de ce que l'on pense. Ce qui revient à exprimer sa pensée, mais en l'adoucissant (en apparence).


Il en est de même pour la différence entre << Tu dois ne pas parler >> et << Tu ne dois pas parler >>. La seconde n'indique formellement qu'une absence d'obligation. Je ne crois pas qu'il s'agisse seulement d'un déplacement de l'adverbe, mais plutôt d'une autre façon, détournée, de signifier la même idée. Je ne crois pas, d'ailleurs, que dans un texte officiel on pourrait trouver la formule utilisant ce que je considère comme une litote, car l'idée de l'interdiction n'est pas exprimée formellement.


Ensuite, pourquoi cette utilisation de la litote (si l'on admet que litote il y a) ? Je crois qu'elle est sentie comme telle (du-moins, que son effet produit est ressenti) dans mon exemple: << Je pense ne pas pouvoir venir. >> / << Je ne pense pas pouvoir venir. >>. Dans les exemples du type << Tu dois ne pas... >> / << Tu ne dois pas... >>, c'est moins certains (mais pas exclu). Peut-être des recherches en psychomécanique du langage ont-elles été menées à ce sujet? Ce serait intéressant. On peut, par exemple, envisager l'hypothèse selon laquelle la litote permet une phrase plus souple, moins formelle (ce n'est pas du << mot à mot >>), plus agréable à l'oreille et dans le ressenti... Je ne sais pas... J'essaierai de me renseigner...


Du moins, vous ai-je convaincu à propos de la litote?


Amicalement...


P.S.: Il faut signaler que les phrases comme << Je ne dois que... >> en sont pas forcément des litotes pour dire << Je dois ne... que... >> (ou autres négations).


Par exemple:

<< Maman! J'ai fini mes devoirs!
- Mais... Tu n'as fais que trois exercices!
- Ben oui! Je ne devais en faire que trois! Le maître ne voulait pas que nous en fissions plus.>>
Ici, << Je ne devais en faire que trois! Le maître ne voulait pas que nous en fissions plus.>> est bien à prendre à son sens formel. Il n'est pas interdit de travailler plus (pas de litote); ce que l'on veut dire, c'est que l'on n'y est pas obligé.

Par opposition à:

<< Maman... J'ai eu une punition...
- Pourquoi?
- Le maître ne voulait pas que nous parlassions... et j'ai juste demandé l'heure...
- Tu sais bien que tu ne dois pas parler quand le maître demande qu'on se taise! >>
Ici, les deux dernières répliques sont des litotes. Le maître n'avait pas signifié une absence de volonté (même si, formellement...); mais une volonté de quelque-chose de négatif. De même pour la mère, qui ne rappelle pas à son enfant une absence d'obligation de parler, mais bien une obligation de ne pas parler, de se taire...

Si je ne devais en / Si je devais n'en ?

Je préfère la formulation "si je n'en devais choisir que trois" non pour des raisons de sens selon la place, mais pour la belle fluidité de l'énoncé