1 (Modifié par Jehan 15/03/2015 à 23:02)

Baudelaire, Spleen : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux

Bonjour, voici le poème que je dois étudier pour mon bac blanc d'oral de francais qui est dans une semaine!! : 

Ma question : Quand Baudelaire dit "Rien ne peut l'égayer... Ni son peuple mourrant en face du balcon", il veut dire
- qu'à cause de son Spleen, le roi a perdu l'habitude de s'égayer de la misère humaine? (qui serait alors une pointe d'ironie)
-ou qu'à cause de son Spleen, il ne réagit plus a la misère humaine, dans le sens ou il n'en n'ai plus horrifié?

Cordialement.

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade ;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
Il n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.

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Baudelaire, Spleen : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux

L'un n'empêche pas l'autre, mais alors c'est un humour très noir, qui ne gêne pas Baudelaire de toute manière. Rien à voir avec la "pointe" comme tu dis d'une gentille ironie.
Ta deuxième interprétation est la bonne. Trop de souffrance rend le personnage indifférent à celle des autres.

PS : pour l'autre texte que tu proposes, nous te répondrions bien volontiers si tu donnais, comme ici, une amorce de réflexion personnelle.

3 (Modifié par Pyrame 16/03/2015 à 11:20)

Baudelaire, Spleen : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux

À mon avis, aucun des deux. 

Je pense que cette phrase veut dire à la fois que rien ne peut le distraire (au sens de chose à faire, d'activité), et  implicitement que la fonction de roi reste toujours froide face aux problèmes de son peuple (sur le plan émotionnel):

- Dans ton alternative, tu ne comprends le terme "égayer" que sur le plan émotionnel du plaisir, de la joie ou de l'horreur éprouvée face à la misère du peuple. Or, je pense qu'il faut d'abord le comprendre sur le plan de l'activité, de ce qui "égaye ses journées" : les misères de son peuple pourrait être pour lui l'occasion d'occuper ses journées, de lui créer de l'agitation. Ce n'est même pas le cas avec son spleen.

- En prenant le terme "égayer" sur le plan de l'activité, il exprime donc au contraire une certaine neutralité sur le plan émotionnel, de sorte que dans un second temps, il sous-entend que le roi n'est même pas supposé être affecté par les problèmes de son peuple (mais il ne l'a donc jamais été!). Son peuple a (et ça a toujours été le cas) la même charge émotionnelle qu'un "gibier" ou un "faucon", alors qu'il appelle à la pitié ("mourant en face du balcon"). La fonction de roi est donc également dépeinte comme froide face à son peuple (c'est une peu la peinture de l'Etat au sens du "plus froid de tous les monstres froids").

Ainsi, il ne s'est jamais "égayé" de la misère humaine, mais n'en a jamais été "horrifié" non plus, il est juste juste froid et neutre. Au moins, dans cette froideur, aurait-il pu assumer ses fonctions et s'en occuper. Ce n'est même pas le cas.

@fandixhuit : je n'avais pas vu ta réponse, mais je pense que tu seras d'accord, étant donné que tu parles aussi d'indifférence.

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Baudelaire, Spleen : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux

Pyrame :

"@fandixhuit : je n'avais pas vu ta réponse, mais je pense que tu seras d'accord, étant donné que tu parles aussi d'indifférence."

Oui. Mais j'assimile le roi à Baudelaire qui dit bien "Je suis comme le roi...". Raison pour laquelle j'évoque la souffrance passée qui l'amène à l'indifférence actuelle.

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Baudelaire, Spleen : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux

Je suis assez d'accord avec ce que vous avez écrit.
Mais je  prendrais un peu de recul à partir de l'intention première de Baudelaire.
Ici, le poète cultive la dérision du registre merveilleux. Il désenchante l'univers du conte en le faisant passer par la perspective pascalienne du "roi sans divertissement".
Le résultat : l'expérience de l'absurde jusqu'à la nausée.
A se contempler narcissiquement, le poète s'abîme lentement tout vif dans la tombe.
N'y a-t-il pas une secrète délectation morbide de ce manque d'appétence ?