Stendhal, Le Rouge et le Noir, chapitre 30 - Julien la serra dans ses bras, avec la plus vive passion...

Julien la serra dans ses bras, avec la plus vive passion ; jamais elle ne lui avait semblé si belle. Même à Paris, se disait-il confusément, je ne pourrai rencontrer un plus grand caractère. Elle avait toute la gaucherie d’une femme peu accoutumée à ces sortes de soins, et en même temps le vrai courage d’un être qui ne craint que des dangers d’un autre ordre et bien autrement terribles.

Pendant que Julien soupait de grand appétit, et que son amie le plaisantait sur la simplicité de ce repas, car elle avait horreur de parler sérieusement, la porte de la chambre fut tout à coup secouée avec force. C’était M. de Rênal.

— Pourquoi t’es-tu enfermée ? lui criait-il.

Julien n’eut que le temps de se glisser sous le canapé.

— Quoi ! vous êtes tout habillée, dit M. de Rênal en entrant ; vous soupez, et vous avez fermé votre porte à clé !

Les jours ordinaires, cette question, faite avec toute la sécheresse conjugale, eût troublé madame de Rênal, mais elle sentait que son mari n’avait qu’à se baisser un peu, pour apercevoir Julien ; car M. de Rênal s’était jeté sur la chaise que Julien occupait un moment auparavant vis-à-vis le canapé.

La migraine servit d’excuse à tout. Pendant qu’à son tour son mari lui contait longuement les incidents de la poule qu’il avait gagnée au billard du Casino, une poule de dix-neuf francs, ma foi ! ajoutait-il, elle aperçut sur une chaise, à trois pas devant eux, le chapeau de Julien. Son sang-froid redoubla, elle se mit à se déshabiller, et, dans un certain moment, passant rapidement derrière son mari, jeta une robe sur la chaise au chapeau.

M. de Rênal partit enfin. Elle pria Julien de recommencer le récit de sa vie au séminaire ; hier je ne t’écoutais pas, je ne songeais, pendant que tu parlais, qu’à obtenir de moi de te renvoyer.

Elle était l’imprudence même. Ils parlaient très haut ; et il pouvait être deux heures du matin, quand ils furent interrompus par un coup violent à la porte. C’était encore M. de Rênal. Ouvrez-moi bien vite, il y a des voleurs dans la maison, disait-il. Saint-Jean a trouvé leur échelle ce matin.

— Voici la fin de tout, s’écria Mme de Rênal, en se jetant dans les bras de Julien. Il va nous tuer tous les deux, il ne croit pas aux voleurs ; je vais mourir dans tes bras, plus heureuse à ma mort que je ne le fus de la vie.  Elle ne répondait nullement à son mari qui se fâchait, elle embrassait Julien avec passion.

— Sauve la mère de Stanislas, lui dit-il avec le regard du commandement. Je vais sauter dans la cour par la fenêtre du cabinet, et me sauver dans le jardin, les chiens m’ont reconnu. Fais un paquet de mes habits, et jette-le dans le jardin aussitôt que tu le pourras. En attendant laisse enfoncer la porte. Surtout point d’aveux, je le défends, il vaut mieux qu’il ait des soupçons, que des certitudes.

— Tu vas te tuer en sautant ! fut sa seule réponse et sa seule inquiétude.

Elle alla avec lui à la fenêtre du cabinet ; elle prit ensuite le temps de cacher ses habits. Elle ouvrit enfin à son mari bouillant de colère. Il regarda dans la chambre, dans le cabinet, sans mot dire et disparut. Les habits de Julien lui furent jetés, il les saisit, et courut rapidement vers le bas du jardin du côté du Doubs. Comme il courait, il entendit siffler une balle et aussitôt le bruit d’un coup de fusil.

Ce n’est pas M. de Rênal, pensa-t-il, il tire trop mal pour cela. Les chiens couraient en silence à ses côtés, un second coup cassa apparemment la patte à un chien, car il se mit à pousser des cris lamentables. Julien sauta le mur d’une terrasse, fit à couvert une cinquantaine de pas, et se remit à fuir dans une autre direction. Il entendit des voix qui s’appelaient, et vit distinctement le domestique son ennemi tirer un coup de fusil ; un fermier vint aussi tirailler de l’autre côté du jardin, mais déjà Julien avait gagné la rive du Doubs où il s’habillait.

Une heure après, il était à une lieue de Verrières sur la route de Genève ; si l’on a des soupçons, pensa Julien, c’est sur la route de Paris qu’on me cherchera.

Je trouverais comme plan:
I/Scène dynamique
     a-Roulement description/action brutale (coup de théâtre)
     b-Jeux de mouvement
     c-Discourt directe
II/Portrait des personnages
     a-Julien
     b-Mme de Rênal
     c-M de Rênal
III/Hybridation des genres
     a-Scène d'adultère
     b-le drame
     c-Roman d'aventure et de libération

Vous pensez quoi du plan en lui même ?
Pensez-vous que je trouverais assez d'idées dans le passage avec ce plan ci ?
J'ai repéré le gros du texte mais je n'arrive pas a me plonger intégralement dedans je reste sur des choses simples de surface voir même de la périphrase..
Je suis en première, merci de vôtre aide !

Stendhal, Le Rouge et le Noir, chapitre 30 - Julien la serra dans ses bras, avec la plus vive passion...

Réécriture du Mariage de Figaro, scènes 10 à 13.

Stendhal, Le Rouge et le Noir, chapitre 30 - Julien la serra dans ses bras, avec la plus vive passion...

Je n'ai pas bien compris   

4 (Modifié par Pyrame 11/03/2015 à 15:58)

Stendhal, Le Rouge et le Noir, chapitre 30 - Julien la serra dans ses bras, avec la plus vive passion...

Delia veut, il me semble, souligner un aspect essentiel du texte: il s'agit en effet d'une réécriture d'un passage célèbre du Mariage de Figaro de Beaumarchais: Chérubin est dans la chambre de la Comtesse, "sans manteau, le col et les bras nus", le Comte arrive, Chérubin se cache dans un cabinet et saute par la fenêtre, le Comte est dupé (cf. acte II, scènes 10 à 13). C'est une assez juste et brillante comparaison à mon sens. La comparaison entre Chérubin et Julien peut être fructueuse, sans la pousser trop loin cependant.

Acte II
Scène  10
CHÉRUBIN, LA COMTESSE, LE COMTE, en dehors
LE COMTE, en dehors. Pourquoi donc enfermée ?
LA COMTESSE, troublée, se lève. C'est mon époux ! grands dieux !  (A Chérubin qui s'est levé aussi.) Vous, sans manteau, le Col et les bras nus!  seul avec moi !  cet air de désordre, un billet reçu, sa jalousie ! ...
LE COMTE, en dehors. Vous n'ouvrez pas ?
LA COMTESSE. C'est que... je suis seule.
LE COMTE, en dehors. Seule ! Avec qui parlez-vous donc ?
LA COMTESSE, cherchant. ... Avec vous sans doute.
CHÉRUBIN, à pan. Après les scènes d'hier et de ce matin, il me tuerait sur la place !
Il court au cabinet de toilette, y entre, et tire la porte sur lui

Scène 11
LA COMTESSE, seule, en ôte la clef et court ouvrir au Comte
Ah  !  quelle faute  !  quelle faute  !

Scène  12
LE COMTE, LA COMTESSE
LE COMTE, un peu sévère. Vous n'êtes pas dans l'usage de vous enfermer  !
LA COMTESSE, troublée. Je... je Chiffonnais... oui, je chiffonnais avec Suzanne ; elle est passée un moment chez elle.
LE COMTE l'examine. Vous avez l'air et le ton bien altérés  !
LA COMTESSE. Cela n'est pas étonnant... pas étonnant du tout... je vous assure... nous parlions de vous... Elle est passée, comme je vous dis...
LE COMTE. Vous parliez de moi ! ... Je suis ramené par l'inquiétude ; en montant à cheval, un billet qu'on m'a remis, mais auquel je n'ajoute aucune foi, m'a... pourtant agité.
LA COMTESSE. Comment, monsieur ?... quel billet ?
LE COMTE. Il faut avouer, madame, que vous ou moi sommes entourés d'êtres... bien méchants  !  On me donne avis que, dans la journée, quelqu'un que je crois absent doit chercher à vous entretenir.
LA COMTESSE. Quel que soit cet audacieux, il faudra qu'il pénètre ici; Car mon projet est de ne pas quitter ma Chambre de tout le jour.
LE COMTE. Ce soir, pour la noce de Suzanne ?
LA COMTESSE. Pour tien au monde ; je suis très incommodée.
LE COMTE. Heureusement le docteur est ici. (Le page fait tomber une chaise dans le cabinet.) Quel bruit entends-je ?
LA COMTESSE, plus troublée. Du bruit ?
LE COMTE. On a fait tomber un meuble.
LA COMTESSE. Je... je n'ai rien entendu, pour moi.
LE COMTE. Il faut que vous soyez furieusement préoccupée !
LA COMTESSE. Préoccupée !  de quoi ?
LE COMTE. Il y a quelqu'un dans ce cabinet, madame.
LA COMTESSE. Eh... qui voulez-vous qu'il y ait, monsieur?
LE COMTE. C'est moi qui vous le demande ; j'arrive.
LA COMTESSE. Eh mais... Suzanne apparemment qui range.
LE COMTE. Vous avez dit qu'elle était passée Chez elle !
LA COMTESSE. Passée... ou entrée là ; je ne sais lequel.
LE COMTE. Si C'est Suzanne, d'où vient le trouble où je vous vois ?
LA COMTESSE. Du trouble pour ma Camariste ?
LE COMTE. Pour votre Camariste, je ne sais ; mais pour du trouble, assurément.
LA COMTESSE. Assurément, monsieur, Cette fille vous trouble et vous occupe beaucoup plus que moi.
LE COMTE, en colère. Elle m'occupe à tel point, madame, que je veux la voir à l'instant.
LA COMTESSE. Je crois, en effet, que vous le voulez souvent : mais voilà bien les soupçons les moins fondés...
[…]
Scène 14
Il [Chérubin] l'embrasse et court sauter par la fenêtre