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Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

Bonjour à tous!

Est ce que cela serait possible d'avoir quelques informations/explications à propos du débat nature/culture présent dans Supplément au Voyage de Bougainville de Diderot

Merci

Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

Sur Universalis (mais c'est payant, à moins que tu ne l'aies installée chez toi)
Moi je l'ai pas sinon je te communiquerais volontiers
Si tu connais quelqu'un ?

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Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

non je ne l'ai pas non plus, j'ai vu sur leur site internet ( universalis ) que des articles à propos du sujet étaient présent mais je n'ai pas pu les consulter.

Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

C'est-à-dire qu'il faut payer ! 

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Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

Bonsoir Alex,

Ces questions de nature et de culture sont abordées dans Le Supplément sous les aspects de la morale sexuelle.

Notamment Diderot prétend que la sexualité doit être libérée du carcan culturel européen non seulement parce que l'être humain est par définition un être libre, mais aussi parce que la sexualité doit être productive, le moyen de perpétuer la race humaine. Ainsi considérée la sexualité devient un devoir que la nature impose à l'homme.
L'épisode de Polly Beker montre l'absurdité des lois qui prétendent moraliser la sexualité humaine : quel est le plus important ? Respecter le formalisme du mariage ou assurer la survie de l'espèce et créer ainsi de la richesse et un avenir pour la société ? La loi est injuste parce qu'elle ne punit pas le vrai coupable, prive une personne dans le besoin des ressources nécessaires, et dangereuse parce qu'elle risque de contrarier des nécessités vitales et qu'elle ne reconnaît pas le rôle indispensable de la mère dans l'avenir de l'espèce humaine.

Par ailleurs, Diderot dénonce la propriété, déviance de la culture.
Si les Tahitiens connaissent une telle liberté dans leur sexualité c'est qu'ils refusent toute propriété d'un être humain sur un autre. Mari et femme ne s'appartiennent pas et peuvent se séparer quand bon leur semble. L'échange entre l'aumônier et Orou présente cette séparation comme logique et naturelle : Orou définit le mariage tahitien comme "le consentement d'habiter une même cabane et de coucher dans un même lit, tant [qu'ils s'y trouvent] bien" autrement dit comme un consentement temporaire. Cette conception du mariage s'appuie sur le principe fondamental selon lequel aucun être humain ne peut être "la propriété d'un être semblable à lui". Par comparaison, le mariage dans l'Europe civilisée apparaît comme un esclavage.

Le Supplément est donc une critique de la civilisation.

La sexualité est l'occasion d'une virulente critique de la prétendue civilisation ; les moeurs sexuelles européennes évoquées par l'aumônier paraissent bien inférieures à la liberté tahitienne. La sexualité civilisée est marquée par l'interdit et la culpabilité, soumise à une série de règles et de codes qui la briment. Lorsque A demande si mariage, galanterie, coquetterie, constance, fidélité, jalousie et pudeur sont naturels ou culturels, B distingue implicitement deux cas : les trois premiers sont naturels mais pas tels que les conçoit la civilisation (la définition du mariage selon B se rapproche de celle d'Orou). En revanche les 4 suivants relèvent des lois morales et donc culturelles sans rapport avec la nature de la sexualité. Ils se fondent sur un droit de propriété inique de l'homme sur la femme.

La sexualité est l'occasion d'un retour de représentations culturelles vers la nature puisque des représentations morales sont attachées à la sexualité sans avoir de rapports naturels avec elle. La diabolisation de la sexualité par la civilisation se manifeste dans les maladies vénériennes que les Tahitiennes ignoraient mais que la civilisation leur a transmises. Marquée par des interdits absurdes et infondés, la sexualité devient une maladie.


Pour autant il ne faut pas faire de Diderot le défenseur d'une sexualité débridée tournée vers le plaisir. Il n'évoque jamais la sexualité comme une simple jouissance mais comme le moyen de perpétuer la race humaine : dans le Supplément la sexualité double ainsi une fonction procréatrice. Cela apparaît d'ailleurs comme la condition nécessaire à la promotion d'une sexualité naturelle parce que l'instinct naturel pousse l'homme à assurer la survie de son espèce. Ainsi considérée la sexualité devient un devoir que la nature impose à l'homme.


La sexualité apparaît aussi comme le moyen politique d'une expansion et d'une amélioration de la population. L'argument nataliste apparaît en effet à de nombreux moments notamment chez Orou qui conseille à l'Europe civilisée de redonner à la sexualité sa dimension naturelle. Les femmes stériles sont d'ailleurs déconsidérées à Tahiti.

Ces questions de nature et de culture servent aussi à critiquer l'avidité des Européens, colonisateurs sans scrupules. Note que Tahiti joue tout au long de ce discours philosophique le rôle d'une utopie pour dénoncer les travers de la civilisation.

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Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

merci beaucoup pour cette réponse !

on retrouve également ce débat dans : Discours sur l'origine et les fondement de l'inégalité parmi les hommes de JJ Rousseau quand il parle du progrés. Et on retrouve également le mythe du bon sauvage. Ce texte ainsi que le Supplement font parti de ma liste de texte.

Pour information je passe mon oral le 15 juin

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Supplément au voyage de Bougainville et débat nature / culture

Bonjour Alex,

Ce thème est également abordé dans l'Ingénu de Voltaire, son poème le Mondain, par bribes dans Candide, mais avec un point de vue différent, Voltaire croyant aux vertus civilisatrices.

Regarde ces liens si tu es intéressé :
Ingénu
Candide ch. 16