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À travers la littérature médiévale

Superbe texte, et merci pour la traduction qui m'évite les contresens.

Que c'est beau ! Rien que l'ouverture...

L'autrier un lundi matin       
M'an aloie ambaniant,         
S'entrai an un biau jardin,
Trovai nonette seant.

Pourquoi utilise-t-on « S'entrai » et non « Je » ou « Moi » ? (M'entrai ?)

32 (Modifié par Yvain 20/03/2017 à 22:49)

À travers la littérature médiévale

s' est l'adverbe si (ou se en lorrain et en picard) élidé pour des raisons métriques (latin sic). C'est un mot à tout faire ; ici, il signifie "alors". Je n'ai pas pu le traduire.
Il doit être distingué de se, qui apparaît dans le refrain, et qui est le si conditionnel.

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À travers la littérature médiévale

Merci Jacques. Je suis souvent troublé par ces « mots à tout faire » ; le mieux serait, comme tu sais le faire, de ne pas trop en tenir compte. Quand je me méprends à leur sujet, je fais de grosses erreurs.

À travers la littérature médiévale

Sémantiquement, ce mot est peu chargé, il faut bien le dire, mais expressivement, il joue un rôle. Bien se souvenir que la littérature médiévale n'est pas destinée à être lue en silence. Sur quel support du reste ? On ne peut disposer des manuscrits aussi aisément que des livres aujourd'hui, et il faut savoir bien lire, ce qui n'est pas évident, même dans la noblesse.

À travers la littérature médiévale

Voici une ballade du plus grand poète du Moyen-Age avant François Villon. Je n’oublie pas Rutebeuf, mais ses œuvres, on ne le sait pas toujours, sont essentiellement polémiques et satiriques, ce qui le classe un peu à part.
La ballade convient admirablement à l’élégie. Avec son unique vers répété à la fin de chaque strophe, mais amené chaque fois différemment, elle se distingue de la chanson avec refrain puisque ce dernier est en principe « détaché » du texte des couplets. J'aime la comparer à une fleur : les strophes sont les pétales dont on suit le pourtour jusqu’à revenir, à chaque voyage, au cœur de la fleur ; la ballade n'est pas statique, mais rayonnante…
L’époque de Charles d’Orléans (le XVème siècle) est celle du moyen français ; cette langue me semble assez claire pour que je me dispense de traduire.
Les premiers vers, fort beaux, me font penser à la Pléiade, pas si lointaine, finalement.
   

En la forest d’ennuyeuse tristesse
Un jour m’avint qu’a par moy cheminoye ;
Si rencontray l’amoureuse deesse
Qui m’appella, demandant ou j’aloye.
Je respondy que par Fortune estoye
Mis en exil en ce bois long temps a,
Et qu’a bon droit appeler me povoye
L’omme esgaré qui ne scet ou il va.

En sousriant, par sa tresgrant humblesse,
Me respondy : « Amy, se je savoye
Pourquoy tu es mis en ceste destresse,
A mon povair voulentiers t’ayderoye,
Car ja pieça je mis ton cueur en voye
De tout plaisir ; ne sçay qui l’en osta.
Or me deplaist qu’a present je te voye
L’omme esgaré qui ne scet ou il va.

« Helas ! », dis-je, « souverainne princesse,
Mon fait savés, pourquoy le vous diroye ?
C’est par la mort qui fait a tous rudesse,
Qui m’a tollu celle que tant amoye,
En qui estoit tout l’espoir que j’avoye,
Qui me guidoit ; si bien m’acompaigna
En son vivant que point ne me trouvoye
L’omme esgaré qui ne scet ou il va.

              L’envoy

Aveugle suy, ne sçay ou aller doye.
De mon baston, affin que ne forvoye,
Je vois tastant mon chemin ça et la ;
C’est grand pitié qu’il convient que je soye
L’omme esgaré qui ne scet ou il va.

Charles d’Orléans, Ballade 63, in Poésies, tome 1 , éd. Champion.

À travers la littérature médiévale

Voici une ballade du plus grand poète du Moyen-Age avant François Villon.

Avant  ?

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Charles d'Orléans : 1394 -1465
François Villon : 1431 - date inconnue, postérieure à 1460.

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Certes. Mais le concours  de Blois les a mis en présence... et en concurrence. Ils s'éprouvaient contemporains. Comme Corneille et Racine, par exemple.

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Mais à l'époque, Charles d'Orléans était dans toute sa gloire politique et littéraire ; c'est lui qui a institué le fameux concours de Blois : Villon y a concouru, cherchant (en vain) à s'attacher à une cour...

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C'est très beau et c'est - effectivement - compréhensible pour un lecteur moyen mais enthousiaste (catégorie dans laquelle je me situe  ).

Est-ce qu'un élève de terminale littéraire (en 2017) peut comprendre ça sans aucune aide ?