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À travers la littérature médiévale

jacquesvaissier a écrit :

Savez-vous que la Renaissance n'a pas tout inventé ?

Je lis ce fil, sans pouvoir y contribuer de façon intéressante.
En effet, la Renaissance n'a pas tout inventé, elle n'a même pas inventé grand chose, ses hauts faits de gloire étant - selon ma compréhension - d'avoir remis au goût du jour des éléments de l'Antiquité.
J'aurais tendance à dire que le Moyen-Âge a beaucoup plus inventé que la Renaissance, ce qui n'est pas difficile puisque la période court sur un millénaire.
Mais on sait que le Moyen-Âge a ui-même repris ou prolongé certaines traditions littéraires, souvent orales, qui étaient déjà là avant...   

12 (Modifié par Yvain 28/06/2015 à 17:22)

À travers la littérature médiévale

Je voulais surtout parler du domaine littéraire. Mais malgré tout, même si le nom de Renaissance (1840) n'est apparu que sous la plume des historiens du XIXème siècle, on ne peut nier qu'il y ait eu chez certains écrivains ou penseurs du XVIème un humanisme "militant" qui les a fait gravement déprécier l'héritage médiéval. Tiraqueau, Rabelais, Budé caricaturent souvent le Moyen-Age (qu'on songe au passage célèbre sur l'éducation de Gargantua) et Nicolas Bourbon utilise bel et bien l'expression de renascentes litterae. C'est par réaction contre ce militantisme "coupeur de ponts" que je réagis, moi aussi, par des paroles un peu excessives, et surtout parce que j'ai la fâcheuse impression qu'on s'est mis à critiquer ce qu'on ne connaissait qu'à moitié. Comme toujours, la demi-science est pire que l'inscience...
Malheureusement, il reste des traces profondes de cette vision stéréotypée de l'Histoire littéraire et artistique, y compris das les manuels de littérature modernes.
Et quand on lit les premières lignes de l'article "Renaissance" sur wikipédia, on est édifié : 
"La Renaissance est une période de l'époque moderne associée à la redécouverte de la littérature, de la philosophie et des sciences de l'Antiquité ..." (wikipédia, auteur indéterminé).

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À travers la littérature médiévale

C'est en effet affligeant. L'ouvrage qui m'a ouvert les yeux et m'a conduit par la suite à m'intéresser à cette immense période de notre histoire a été le petit opuscule salvateur de Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge.

14 (Modifié par Yvain 02/02/2016 à 18:57)

À travers la littérature médiévale

De plus, comme je le dis souvent, le "Moyen-Age" au singulier, ça ne signifie pas grand chose.

Le Roman de Fauvel est une œuvre qui a beaucoup de points communs avec le Roman de Renart. Le cheval Fauvel, une bête hypocrite et arriviste s'est emparé du pouvoir universel. La belle ordonnance de la Création est bouleversée, rien ne va plus dans l'ordre social. Ainsi les nobles, qui ne se donnent plus que "la peine de naître", écrasent tous les autres hommes sous le poids de leur vanité. Le haut clergé et le pape, monstres d’hypocrisie, sont pires encore...
On connaît de cette œuvre un superbe manuscrit (BNF 146) où figurent des enluminures qui sont de véritables chefs-d'œuvre ainsi que des textes de chansons accompagnés de partitions qui font le bonheur des musicologues. Michel Zink parle à ce propos de "document exceptionnel, par son aspect multimédia" (M. Zink, le Roman de Fauvel, éd Livre de Poche p. 8).
Personne n’est épargné dans cette satire, à commencer par le pape qui, à l'instar des cardinaux, ne va pas hésiter à avancer la main vers Fauvel pour le « torcher » (bouchonner) à son tour.
On notera le jeu de mots du vers 2 ; liege désigne à la fois la matière, évidemment moins noble que la pierre, et le titre d’homme lige, c'est-à-dire de vassal privilégié.
La fin est mal établie. Un autre manuscrit porte les deux vers entre crochets. Le sens paraît être : "car il a bien besoin de savoir/comment il pourrait parvenir/à traiter au mieux Fauvel.

(début du XIVème siècle, dialecte francien)

Le pape se siet en son siege,
Jadis de pierre, ore de liege ;
Fauvel regarde en sa présence,
A cui l’en fet grant reverence,
Que l’en torche au soir et au main ;
Le pape si li tent la main,
Par le frain doucement le prent,
De torcher nului ne reprent,
Et puis frote a Fauvel la teste
En disant : « Ci a bele beste ! »
Li cardinal dient pour plere :
« Vous dites voir, sire saint Père ! »
Lors a Fauvel tost les mains metent
Et de lui torcher s’entremettent ;
Il me semble qu’estrilles tiengnent
Et qu’antor la teste le piengnent.
Je ne sai comment il l’entr’oignent,
Mes sus la teste le roougnent.
Iluecques rois de tous païs
De torcher ne sont esbaïs.
.I. en i a qui est greigneur
Et entre les autres seigneur
Son estat mis en oubliance ;
De conreer Fauvel s’avance :
De l’une main touse la crigne
Et a l’autre main tient le pigne
Mes il n'a point de miroer,
Il en devroient bien un loer :
Bien devroit miroer avoir,
Car grant mestier a de savoir
[A quel chief i porra venir
De Fauvel si a point tenir].
Le Roman de Fauvel, le Livre de Poche
(coll. Lettres gothiques).


Ce beau passage sur la mort d'Olivier, dans la Chanson de Roland :
(dialecte anglo-normand, fin XIème siècle).

Oliver sent que la mort mult l'angoisset :
Ansdous les oilz en la teste li turnent,
L'oïe pert e la veue tute.
Descent a piet, a la tere se culchet,
Durement halt si recleimet sa culpe,
Cuntre le ciel ambesdous ses mains juintes,
Si priet Deu que pareis li dunget,
E beneist Karlun e France dulce,
Sun cumpaignun Rollant sur trestuz humes.
Falt il le coer, le helme li embrunchet,
Trestut le cors a la tere li justet :
Morz est li quens, que plus ne demuret.
Rollant li ber le pluret, si l duluset ;
Ia mais en tere n'orrez plus dolent hume.

La Chanson de Roland, éd H. Champion.


Regret du temps qui n'est plus...

Ou sont les gracieux galans
Que je suivoye ou temps jadiz,
Si bien chantans, si bien parlans,
Sy plaisans en faiz et en diz ?
Les aucuns sont mors et roidiz :
D'eulx n'est-il plus riens maintenant ;
Respit ilz aient en paradis,
Et Dieu saulve le remenant !

François Villon, Le Testament, XXIX.
Œuvres complètes, éd. H. Champion.

Bien avant Rabelais, on sait célébrer le vin... Et dans une œuvre à sujet religieux, en plus !
Fin du XIIème siècle, dialecte picard mêlé de francien.

          RAOULES
Le vin aforé de nouvel,
A plein lot et a plein tonnel,
Sade, bevant et plain et gros,
Rampant comme escurieus en bos,
Sans nul mors de pourri ne d'aigre,
Seur lie, court et sec et maigre,
Cler con larme de pecheour,
Croupant seur langue a lecheour :
Autre gent n'en doive gouster !

Li jus de Saint Nicholai, éd. Droz.

aforé = mis en perce.
sade = sapide
plain, ici = qui a du corps
rampant = grimpant, c'est à dire "montant" (riche en alcool).
mors = trace, arrière-goût.
croupant = "qui se maintient longtemps" (de longue garde).
lecheor = gourmet.

Le Miracle de l'abbesse grosse, un des 40 Miracles de Notre-Dame "par personnages" écrits pour la confrérie des orfèvres dans le premier quart du XIVème siècle, témoigne de l'affaiblissement progressif de la spiritualité qui caractérisait le genre à l'origine. Dans celui-ci, on décèle sans peine l'esprit des fabliaux, mais aussi une certaine atmosphère qu'on pourrait qualifier de "mondaine", si l'on me pardonne cet anachronisme.

La Vierge s'apprête à descendre sur terre pour réparer le péché d'une abbesse "grosse" de son clerc. Il lui faut un petit rondel pour accompagner son voyage.   
Or le rondel est clairement un chant de Cour... Il n'est pas complet dans le texte que je poste.

          (Nostre Dame) 
Or sus, my ange, appertement
Venez moy vous deux convoier,
Et en convoiant avoier
Vous vueillez de dire un rondel
Tout le meilleur et le plus bel
Que sacez dire.

             (Gabriel)
Chiere dame, sanz contredire
Liement avec vous yrons
Et pour vostre amour chanterons
Moi et Michiel.

             (Michel)
Glorieuse dame du ciel,
A ce me vueil tout ordener.
Ou est de nostre cheminer,
Dame, l'adresce ?

        (Nostre Dame)
My ami, droit a celle abbesse
Qui si devotement m'appelle ;
Car une priere si belle
M'a fait et si trespiteable
Que je li soie secourable,
Que par pitie mon cuer destraint,
Et ses lermes m'ont si contraint
Qu'il convient que je voise a lui.
Or chantez vous deux, je vous pri,
Aucun biau chant.

           (Gabriel)
Dame, voulentiers, je m'en vant :
Michiel, chantons, quant li agree.

          (Les anges)
En vous servir, vierge honnoree,
A moult de joie et de deport
Personne qui s'est ordenee
En vous servir, vierge honnoree.
Car fin y prent beneeuree,
Et de son salut le droit port.
En vous servir, vierge honnoree,
A moult de joie et de deport.

(Copie d'une édition ancienne).

15 (Modifié par Yvain 20/02/2016 à 12:49)

À travers la littérature médiévale

Dans le Roman de Guillaume de Dole figurent un certain nombre de poèmes lyriques d'auteurs divers, dont la fonction serait intéressante à étudier. Là n'est pas notre propos.
Voici un extrait d'une chanson de cour de Gautier de Soignies (fin XIIème - début du XIIIème siècle). Elle ne brille évidemment pas par la nouveauté de son thème, mais par la beauté de ses mots :

Lors que florist la bruiere,
que voi prez raverdoier,
que chantent en lor maniere
cil oisillon el ramier,
lors sospir en mon corage,
quant cele me fest irier
vers qui ma longue proiere
ne m'i pot avoir mestier.

Celi aim d'amor certaine
dont j'ai le cuer d'ire plain.
Las ! ce m'i fet estre en paine
dont j'ai le cuer d'ire plain.

Trop vilainement foloie
qui ce qu'il aime ne crient.
Et qui d'amors se cointoie,
sachiez qu'il n'aime nient.
Amors doit estre si coie
la ou ele va et vient
que nuls n'en ait duel ne joie,
se cil non qui la maintient.

Celi aim d'amor certaine
dont j'ai le cuer d'ire plain.
Las ! ce m'i fet estre en paine
dont j'ai le cuer d'ire plain.

[…]

Le second couplet est très beau, je le traduis parce qu'il peut poser difficulté :

"Il déraisonne bien laidement
Celui qui ne craint pas ce qu'il aime,
Et celui qui se targue d'aimer,
Sachez qu'il n'aime rien.
L'amour doit être si discret
là où il va et vient
que nul n'en ait souffrance ni joie,
si ce n'est celui qui l'a en lui."

Et le refrain :

"Je l'aime d'amour véritable
au point que j'ai le cœur plein de douleur.
Hélas ! Cela me fait être dans la peine
au point que j'ai le cœur plein de douleur."

16 (Modifié par Yvain 04/03/2016 à 21:54)

À travers la littérature médiévale

La chanson de toile, que les femmes chantaient en tissant, ne relève pas de la poésie populaire ; c'est en fait une variante de la chanson de cour.
La plupart de ces chansons sont anonymes. Celle-ci, une des plus connues, date de la fin du XIIIème siècle. Elle est écrite en francien.
Dans la 2ème strophe, le verbe choisir signifie "apercevoir".
Dans la 3ème strophe, bien ses la vile = "tu sais bien la ville", "tu connais bien la ville".
Le refrain signifie : "La brise souffle et les rameaux oscillent/Ceux qui s'aiment dorment doucement" ou "que ceux qui s'aiment dorment doucement".
Je recopie le texte sur une vieille anthologie.

Le samedi al soir faut la semaine
Gaiete et Orior, serors germaines,
Main a main vont baignier a la fontaine.
   Vente l’ore et li raim crollent,
   Qui s’entraiment soef dorment !

L’enfes Gerarz revient de la quintaine,
S’a choisie Gaiete sour la fontaine,
Entre ses bras l’a prise, soef l’a streinte, 
   Vente l’ore et li raim crollent,
   Qui s’entraiment soef dorment !

Quant avras, Orior, de l’eve prise,
Reva toi en ariere, bien ses la vile,
Je remandrai Gerart, qui bien me prise.
   Vente l’ore et li raim crollent,
   Qui s’entraiment soef dorment !

Or s’en va Orior teinte et marie,
Des ieus s’en va plorant, del cuer sospire,
Quant Gaie sa seror n’en meine mie.
   Vente l’ore et li raim crollent,
   Qui s’entraiment soef dorment !

Lasse, fait Orior, com mar sui nee,
J’ai laissié ma seror en la valee,
L’enfes Gerarz l’en meine en sa contree.
   Vente l’ore et li raim crollent,
   Qui s’entraiment soef dorment !

17 (Modifié par Yvain 11/09/2016 à 16:48)

À travers la littérature médiévale

Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! (A. Rimbaud)

Et quant vint el segré de la messe, que il ( = Josèphé, le fils de Joseph d'Arimatie) ot ostee la plateinne de desus le saint Vessel, si apella Galaad et li dist : "Vien avant, serjant Jhesucrist, si verras ce que tu as tant desirré a veoir." Et il ( = Galaad) se tret avant et regarde dedenz le saint Vessel. Et si tost come il ot regardé, si comence a trembler molt durement, si tost come la mortel char commença a regarder les esperitex choses. Lors tent Galaad ses meins vers le ciel et dit : " Sire, toi ador ge et merci de ce que tu m'as acompli mon desirrier, car ore voi ge tot apertement ce que langue ne porroit descrire ne cuer penser. Ici voi ge la començaille des granz herdemenz et l'achoison des proeces ; ici voi ge les merveilles de totes autres merveilles ! Et puis qu'il einsi, biax dolz Sires, que vos m'avez acomplies mes volontez de lessier moi veoir ce que j'ai touz jors desirré, or vos pri ge que vos en cest point ou je sui et en ceste grant joie soffrez que je trespasse de cete terriene vie en la celestiel."
                                                La queste del Saint Graal, roman du XIIIème siècle, éd. Honoré Champion.

Cligès, de Chrétien de Troyes, est un roman qui unit de façon très originale et très personnelle l'inspiration antique à la "matière de Bretagne".
Cligès, un des deux fils d'Alexandre, éprouve un amour partagé pour Fénice, fille de l'empereur d'Allemagne. Par malheur, celle-ci est promise à son frère Aelis...
Fénice se confie à sa "gouvernante" (sa mestre), la magicienne Thessala.

L'œuvre est datée précisément de 1176, elle est écrite en dialecte champenois mêlé de francien. 

Le mal d'amour : quand la douleur se fait désir...

Maistre, fet ele, sanz mentir,
Nul mal ne cuidoie sentir,
Mais je le cuiderai par tens.
Ce solement que je i pens
Me fet poor et si m'esmaie.
Mais coment set qui ne l'essaie
Que puet estre ne mals ne biens ?
De touz mals est divers li miens,
Car se voir dire vos en vueil,
Molt m'embelist et molt m'en dueil.
Si me delit en ma mesese,
Et se mals puet estre qui plese,
Mes anuiz est ma volentez
Et ma doulors est ma santez,
Ne ne sai de coi je me pleigne,
Car riens ne sai dont mals me vieigne
Se de ma volenté ne vient.
Mes voloirs est mals, se devient,
Mes tant ai d'ese en mon voloir
Que doucement me fait doloir,
Et tant de joie en mon anui
Que doucement malade sui.

             Cliges, éd. H. Champion.

18 (Modifié par Yvain 12/09/2016 à 17:17)

À travers la littérature médiévale

Allons à l'esbat es champs...

Ne dirait-on pas ici une préfiguration des ris et des jeux de l'abbaye de Thélème ?

Lors s'an vont jusqu'a une pree ;
an cele pree avoit puceles
et chevaliers et dameiselles,
qui jooient a plusors jeus,
por ce que biax estoit li leus.
Ne jooient pas tuit a gas,
mes as tables et as eschas
li uns as dez, li autre au san,
a la mine i rejooit l'an.
A ces jeux li plusors jooient;
li autre, qui iluec estoient,
redemenoient lor anfances,
baules, et quaroles et dances ;
et chantent et tunbent et saillent,
et au luitier se retravaillent.

Chrétien de Troyes, li chevaliers de la charrete,
                                              éd. H. Champion.

Quelques précisions sur les jeux évoqués ici :

- Ne jooient pas tuit a gas : les gabs ne sont pas un jeu particulier ; le mot gab signifie "moquerie", "plaisanterie", d'où "bagatelle" : le narrateur veut dire que les jeunes gens ne se livraient pas tous à des jeux futiles.

-  Les tables sont un jeu très pratiqué au Moyen-Age, déjà présent dans la Chanson de Roland ; il s'agit du trictrac, voisin du jeu de Jacquet.

- Il n'est pas nécessaire, je pense, d'expliquer ce que sont les eschas et les dez...

- le san(s), sens ou sines est un jeu de dés qui consiste à amener les deux six.

- la mine est aussi un jeu de dés sur lequel je n'ai pas de précision.

- les baules désignent toutes sortes de danses, les quaroles sont des danses en chœur, des rondes, si l'on veut, généralement accompagnées de chants et dances n'a pas besoin d'être traduit...

- le luitier est tout simplement la lutte.

19 (Modifié par Yvain 22/12/2016 à 18:50)

À travers la littérature médiévale

Pour les trouvères et les troubadours comme pour Rimbaud, les aubes sont navrantes...
Mais pour les premiers, c'est parce que l'aube interrompt la nuit d'amour et qu'il va falloir se séparer...
Les Aubes forment un sous-genre de la poésie lyrique médiévale. Dans l'un des poèmes les plus anciens, dit l'aube de Fleury, écrit en latin, le vers qui forme le refrain est écrit dans un langage incompréhensible : c'est l'une des nombreuses énigmes que nous a léguées le Moyen-Age...

J'ai choisi cette Aube parce qu'une voix féminine se fait entendre, ce qui n'est nullement exceptionnel.

Ce poème (cette chanson en fait, mais nous n'avons pas conservé sa mélodie) est anonyme. Elle est écrite en dialecte lorrain, en dépit du nom de Betune. Sa datation est difficile : fin du XIIème ?

L'édition est l'anthologie "Chansons des trouvères" établie pour les éditions de Poche "Lettres gothiques" et la Librairie Générale Française.


Entre moi et mon amin,     
En un boix k'est leis Betune,
Alainmes juwant mairdi
Toute lai nuit a la lune,
   Tant k'il ajornait
Et ke l'alowe chantait
Ke dit Amins, alons an.
Et il respont doucement :
   
   Il n'est mie jours,
Saverouze au cors gent ;
   Si m'aït Amors,
L'alowette nos mant.

Adont se trait pres de mi,
Et je ne fu pas anfruine ;
Bien trois fois me baixait il,
Ausi fix je lui plus d'une,
   K'ainz ne m'annoiait.
Adonc vocexiens nou lai
Ke celle neut durest sant,
Mais ke plus n'alest dixant

   Il n'est mie jours,
Saverouze au cors gent ;
   Si m'aït Amors,
L'alowette nos mant.

Comme ce n'est pas évident à lire, je vous donne une traduction :

Mon ami et moi,
en un bois près de Béthune,
Nous passâmes toute la nuit
de mardi à jouer sous la lune
jusqu'à ce qu'il fît jour
et que chantât l'alouette
qui dit : "Amis, allons-nous en",
Et il répond doucement :

"Ce n'est pas le jour,
savoureuse au corps joli ;
je le jure par Amour,
l'alouette nous ment."

Alors il s'approche de moi,
et je ne fus pas chiche ;
il m'embrassa plus de trois fois
et, de mon côté, je le fis plus d'une.
Cela ne m'ennuya pas.
Certes nous aurions bien voulu
que cette nuit durât cent nuits
et que lui n'eût plus à dire :

"Ce n'est pas le jour,
savoureuse au corps joli ;
je le jure par Amour,
l'alouette nous ment."

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À travers la littérature médiévale

Je n'ai presque aucune expérience de la littérature médiévale, excepté Sylvain, le chevalier au lion.

En fait, j'ai du mal à lire un livre dont le contexte est trop éloigné de l'actuel. Lire des livres dont l'intrigue se passe au XIXe siècle je sais le faire, mais le Moyen-âge est trop éloigné de mes référents.