1

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 18

Bonsoir, j'ai une explication de texte à faire sur le sonnet 18 des Regrets de Du Bellay mais je ne trouve pas grand chose à dire, pour le moment. Qu'est-ce que ce poème vous inspire ? Merci

Si tu ne sais, (Morel [1]) ce que je fais ici,
Je ne fais pas l'amour [2] ni autre tel ouvrage :
Je courtise mon maître, et si [a] fais davantage,
Ayant de sa maison le principal souci.

Mon Dieu (ce diras-tu), quel miracle est-ce ci,
Que de voir Du Bellay se mêler du ménage
Et composer des vers en un autre langage !
Les loups et les agneaux s'accordent tout ainsi.

Voilà que c'est, (Morel) : la douce poésie
M'accompagne partout, sans qu'autre fantaisie
En si plaisant labeur me puisse rendre oisif.

Mais tu me répondras : Donne, si tu es sage,
De bonne heure congé au cheval qui est d'âge,
De peur qu'il ne s'empire et devienne poussif. [3]
[a] Aussi
[1] Jean, de Morel (1511-1581), agent du gouverneur Guillaume du Bellay à Turin (1540-1541), élève d’Érasme. Sa maison, sise rue Pavée, non loin de l'église qui s'appelait alors Saint-André-des-Arcs, fut fréquentée par du Bellay et par plusieurs lettrés, dont Salmon Macrin, Michel de L' Hospital, Jean Doral, Jérôme de La Rovère. CF. Magny, Les Soupirs, s.109.
[2]2 Expression traduite littéralement de l'italien et qui signifie « faire la cour »
[3] Horace, Épîtres, I, 1 , v8-9 : « Aie le bon sens de dételer à temps ton cheval qui vieillit, de peur que , au milieu des rires, il ne bronche pas à la fin et ne fasse haleter ses flancs » Cf. Inventions, XIV (« L'Adieu aux Muses »), v.141-144 Cf.35, v5-6

Les Regrets relatent les déceptions de la vie quotidienne du poète et les mœurs dépravées de la cour pontificale. La plume devient très satirique en même temps que le poète évoque en des accents sincères la nostalgie de son Anjou natal et son exil littéraire. Dans l’œuvre de Du Bellay, Rome est un lieu privilégié d'observation, d'apprentissage et de découverte de soi.

Le sonnet sonnet s'impose comme le genre bref le plus noble. Son ton des diversifie : d'abord lié à la thématique amoureuse (sur le modèle de Pétrarque), il devient tour à tour mignard, humoristique, satirique ou nostalgique. Du Bellay est le maître du genre : il utilise toutes les ressources du rythme et de l'harmonie et séduit par le mouvement et l'intensité qu'il donne à ses vers.

2

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 18

I. Un sonnet comme une missive
- une expérience personnelle
- l'implication du je et le registre du poème
- sentiment de déception

II. La consolation
- par l'échange avec le destinataire
- par l'expression poétique
- par la distance par rapport à la situation vécue

3

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 18

Bonsoir, j'ai une explication de texte à faire sur le sonnet 18 des Regrets de Du Bellay. Voilà ce que cela donne. Merci de proposer des corrections et/ou pistes de réflexions quand cela vous semble nécessaire. Merci

Premières impressions :

Du Bellay (DB) s'adresse à Morel qui est qqun qu'il connaît. Il lui présente la situation dans laquelle il se trouve actuellement. Au moment où DB compose ses vers, il est manifestement chez un mîatre, peut-être un mécène puisque qu'il lui fait la cour. Sans doute lui écrit-il des poèmes.
Il fait un point sur situation.
Il semble être dévoué à cette tâche qui est celle de composer des vers pour son maître.
Il travaille beaucoup et peu de temps ou pas de temps lui est accordé.

Analyse 1er vers :

Emploi de « Si » :dès le début du poème. Valeur de condition = si tu n'es pas au courant de ce qui se passe.
« Tu » : tutoiement. Cela atteste d'une certaine familiarité avec le destinataire. On peut imaginer qu'ils se connaissent depuis un certain nombre d'années, qu'ils ont partagé des moments en commun.
« ne » : apparemment la négation prouve que le destinataire ne connaît pas la situation actuelle de DB.
« Morel » : information concernant le destinataire de ce poème dès le début du poème. Il veut directement s'adresser à son ami. Il semble aussi que le sonnet se transforme en lettre épistolaire, en missive. Il y a une apostrophe = figure de style par laquelle l'orateur ou écrivain adresse directement la parole à qqn.
« ici » : adverbe de lieu qui modifie le sens de du verbe « faire », l'adverbe donne une précision sur l'emplacement de DB. Il n'écrit pas n'importe où.
L'utilisation de la virgule a pour effet de décomposer le vers en 2 parties, elle ralentie le rythme de la lecture et sans doute de gagner l'attention du lecteur qui se focalise un peu plus sur le message oral.

Analyse vers 2 :

« Je ne fais pas » rupture et opposition avec « je fais ici ». La négation permet à DB de commencer son message par une tournure négative. Au niveau phonétique permet de comprendre que DB ne se plaît pas là où il l'est. Sinon il aurait commencer son sonnet par une tournure positive. Cela marque un refus ou opposition
« l'amour » dans ce contexte = faire l'amour = renvoi à l'amour courtois et l'attitude vis-à-vis d'une autre personne pour essayer de la séduire, essayer de s'attirer les bonnes grâces du seigneur pour obtenir des faveurs. DB n'essaye pas de persuader qqun avec les sentiment ni même de convaincre par la raison. Il semble désintéressé.
« ni » conjonction de coordination qui permet de relier 2 mots ou groupes de mots de même fonction. Elle permet ici de relier le nom amour avec ouvrage. Cela montre une for me de continuité à la différence de l'utilisation de la virgule au 1er vers. « Amour » = faire l'amour est placé sur le même plan que ouvrage.
« autre » adjectif indéfini = donne caractère vague ou incertain, imprécis.

Analyse vers 3 :

« Je courtise mon maître » = paradoxe avec ce que DB écrit précédemment. Finalement il tente de séduire qqn. Si ce n'est pas une femme, ni un roi, c'est son maître.
« mon » : pronom possessif qui marque l'appropriation, appartenance.
« davantage » montre le caractère totalement dévoué de DB à son maître. Il est prêt à faire beaucoup de chose pour lui.

Analyse vers 4 :

Besoin de votre aide pour ce vers. J'ai peur de partir dans le contresens.

« sa maison » : différent de « mon maître » = distinction entre la propriété du maître et sa personne. Il semblerait que DB ait pour priorité la maison de son maître plutôt que son maître. Faire passé le matériel à la personne humaine. Attitude étrange ?
« principal souci » : préoccupation 1ère. La chose qui importe le plus pour DB c'est de s'occuper de la maison de son maître et ensuite de la personne qui a besoin de ses services.

Analyse vers 5 :

« Mon Dieu » : utilisation de la figure de style de l'interjection qui permet à l'énonciateur DB d'exprimer une émotion spontanée comme la joie, la colère, la tristesse ou surprise. Il essaye de deviner la réaction de son destinataire. Cela renforce un peu plus le sentiment que leur amitié doit être important.
« ce diras-tu » utilisation du futur simple. DB pense deviner à l'avance ce que Morel pense de la situation. Cela souligne encore la marque d'amitié et de complicité entre les 2 hommes. Et nouvelle fois il y a emploi du tutoiement.
« quel miracle » valeur emphatique, exagération ou ironie ?? C'est à mettre en parallèle avec « Mon Dieu ». On a l'emploi du champ sémantique de la religion. Le miracle dans l'univers chrétien désigne un  fait extraordinaire, positif, non explicable scientifiquement. Il est d'origine surnaturelle ou divine. Morel à la lecture de ce poème va penser que DB a été choisi par Dieu pour aller à Rome, et  c'est le signe du destin. Une mission : celle de composer des vers à son maître à Rome.
Rome : On ne sait sous-estimer l'importance de la Rome ancienne et moderne pour tout diplomate, humaniste ou poète de la Renaissance. La Ville éternelle devient au XVIème siècle un pôle d'attraction pour tout honnête homme désireux de découvrir les sites antiques et de se fare une opinion personnelle sur la cour pontificale.
Il semble que Morel envie DB.

Analyse vers 6 :

« voir » : verbe de perception qui est à mettre en relation avec le miracle.
« DB » : mise en scène du poète de son poème comme un réalisateur peut le faire. Mais nom procédé ??
« mêler du ménage » ; parallèle au vers 4 « sa maison le principal souci », le ménage renvoie ici à l'ensemble de ce qui concerne les affaires domestiques.
« Et composer des vers en un autre langage » : fonction de DB, rôle imputé c'est l'inspiration poétique : il doit composer des poèmes pour son maître. L'utilisation de l'adjectif indéfini « autre » est à comprendre dans le sens négatif. L'autre renvoie à l'altérité, à autrui , à l'étranger. DB ne veut pas écrire dans une autre langue que celle du français. Il ne veut pas composer en latin ou italien mais plutôt en français. D'ailleurs, il s'est attaché dans son œuvre Défense et illustration de la langue française (1549) à promouvoir la langue française. DB souhaite transformer la langue française qu'on qualifiait à l'époque de « barbare » et « vulgaire » en une langue élégante et digne. Tout cela est concluait par le point d'exclamation « ! » qui marque bien e mécontentement de DB  à ce projet.
«les loups et les agneaux » métaphore ? Qui établit une analogie entre 2 éléments : le comparé et le comparant sans outil de comparaison où les loups = poètes malsains et cruels et où les agneaux = poètes sages et innocents.
Ou personnification ? Qui consiste à attribuer à un objet ou animal les caractéristiques propres à l'être humain. Rationalité des animaux avec le verbe « s'accordent » réflexion sur une entente commune.
« tout » : utilisé comme un déterminant et il désigne un ensemble, une totalité. Il fait référence aux loups et aux agneaux.
« accordent » présent de vérité générale. Il s'emploie pour des faits toujours vrais. Pour DB ces 2 espèces s'entendent toujours. Ils n'ont pas de désaccord.

Analyse vers 9 :

« Voilà » nature grammaticale = présentatif = mot ou locution servant à mettre en relief qqch. Ici elle permet de conclure sur ce que DB vient juste de parler à savoir écrire un poème en langue dite « savante » = latin.
« douce poésie » : douce valeur d'un adjectif qualificatif qui est à mettre en relation avec poésie. Valeur mélioratif. Plus d 'explications sur douce poésie selon vous ? A quoi renvoie-elle ?
« M'accompagne » enjambement quand la phrase déborde le vers pour se poursuivre dans le vers suivant. Cela crée un allongement du vers. DB met en avantage la douce poésie.
« partout » : adverbe de lieu favorise le caractère de l'omniprésence de la douce poésie dans la vie de DB. Elle fait partie intégrante de son inspiration poétique. Elle le suit sans les moindres recoins : elle ne le lâche pas.
Opposition entre « partout » et « qu'autre fantaisie » car partout = généralité alors que « autre fantaisie » = particularité. Rien ne peut entraver l'inspiration poétique de DB pas même l'extravagance ou justement la « fantaisie ».
« plaisant labeur » oxymore entre le plaisir et la souffrance du travail. Renforte put-être le paradoxe que l'on avait souligné.
« oisif » inactif, sans occupation, désœuvré. Cela réconforte l'idée exprimé auparavant qui disait que DB était trop occupé par la douce poésie pour porter son attention ailleurs. Il est totalement absorbé dans son projet. Et il semble que rien ne peut s'opposer à cela.

4

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 18

Bonsoir, qu'est ce que vous pensez de ces vers ? Notamment la référence aux loups et aux agneaux ? Renvoient-ils à des humains ? Qu'est ce que vous pensez de l'expression "la douce poésie" ? Et quelle interprétation pour les 3 derniers vers?

Merci

Mon Dieu (ce diras-tu), quel miracle est-ce ci,
Que de voir Du Bellay se mêler du ménage
Et composer des vers en un autre langage !
Les loups et les agneaux s'accordent tout ainsi.

Voilà que c'est, (Morel) : la douce poésie
M'accompagne partout, sans qu'autre fantaisie
En si plaisant labeur me puisse rendre oisif.

Mais tu me répondras : Donne, si tu es sage,
De bonne heure congé au cheval qui est d'âge,
De peur qu'il ne s'empire et devienne poussif.

5

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 18

Bonsoir, je me demandais comment appelle-on ce procédé qui consiste à utiliser le nom d'un artiste dans l'une de ses oeuvres. Je sais pas vraiment si on peut comparer cela au cinéma, lorsque le réalisateur se met en scène et joue un rôle d'un personnage dans l'un de ses films. Quelle valeur est-ce que cela produit ? Modestie (longtemps parlé de soi à la 3ème personne du singulier était signe de modestie et de distance envers soi-même)ou narcissisme ?


Regarder ces vers de Du Bellay lui-même dans les Regrets :

"Mon Dieu (ce diras-tu) quel miracle est-ci,
Que de voir Du Bellay se mêler du ménage
Et composer des vers en un autre langage ! "

Merci

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 18

Ce n'est pas vraiment Du Bellay qui se nomme lui-même.
Du Bellay ne fait que supposer ce que dirait son ami Morel en  parlant de lui.
On peut simplement dire que l'auteur cite son propre nom.
Je ne sais pas s'il y a une appellation spéciale pour ce procédé...