En quoi la réflexion de Scherer sur le monologue éclaire-t-elle certains textes du corpus ?

Bonsoir à tous,

J'ai un travail à rendre concernant le monologue au théâtre en s'appuyant sur un sujet bac. Il est composé de deux questions, mais je bloque un peu sur la deuxième. Enfin, je ne suis pas certain d'avoir cerné la question qui est : En quoi la réflexion de Scherer éclaire-t-elle certains textes du corpus ?

°comment est ce que j'aurai répondu à la question :
Intro : Schérer s'intéresse : - aux formes du monologue au théâtre
                                         - à ses procédés d'utilisation

Développement : Schérer dis que le monologue sera apprécié dans le domaine de la tragédie si il est en proie à "une passion violente". Cela nous permet de comprendre l'utilisation du monologue dans Hamlet, le personnage cherchant à soulever une reflexion importante : faut-il vivre ou mourrir? D'autre part Schérer nous explique que le monologue sera utilisé dans les comédies, et l'emploi de ces derniers seront justifiés s'ils permettent d'accentuer l'aspect comique de la pièce. En effet, dans le monologue d'Harpagon on peut voir que Molière cherche à rendre le personnage ridicule aux yeux des spectateurs. En se servant du monologue Molière cherche à accentuer l'aspect comique de la situation. .... (pour le monologue du prologue je n'ai pas compris le rapprochement que l'on pourrait faire avec la reflexion de Schérer)

L'introduction sera bien sur rédigée sur ma copie

Pourriez-vous m'aider à compléter ma réponse s'il-vous plait ?

Je vous remercie,

Voici le corpus :

On reste confondu, en étudiant la littérature du début du XVIIe siècle, de voir la place exorbitante que le monologue y occupe […].
Contre le monologue triomphant, l'offensive classique va se déchaîner. On le critiquera d'autant plus qu'on l'aura plus aimé. On le jugera invraisemblable, on ne l'admettra que s'il n'est pas trop long, ni trop fréquent; on ne le trouvera justifié que si celui qui le prononce est proie à une passion violente.
[…] La situation n'est pas la même dans le domaine de la comédie. Les auteurs comiques ne renconcent nullement aux longs monologues, si ceux-ci peuvent être amusants. Certains types de monologues comiques sont même à l'origine de traditions et tendent à se perpétuer. Le Jodelet duelliste (1647) de Scarron contient un long monologue de Jodelet qui se prépare à se battre en duel; pour vaincre sa peur, il mime le duel et, bien entendu, il a le dessus. A la scène suivante, il est surpris dns cet exercice par son adversaire Alphonse qui le bourre
" De nasardes, soumets, coups de pieds et de poings".
De même, l'Amphitryon De Molière commencera par le monologue où Sosie répète devant sa lanterne le récit de la bataille, avant d'être surpris par Mercure . Les dix monologues de L'ecole des Femmes créent une autre tradition: tous sont dits par le héros, Arnolphe, qui y analyse comiquement son amertume. Molière prêtra de même, et avec les mêmes intentions, six monologues au héros de son Georges Dandin, et ce seront les seuls de la pièce. Le procédé sera repris en 1672 par Montfleury dans les dix monologues de Fille capitaine.
Racine occupe dans l'évolution du monologue une place assez exceptionelle. Alors que les tragiques ses contemporains, et notamment Quinault, n'utilisent pas ou presque pas le monologue, il fait, lui, un emploi assez important de ce ressort dramaturgique qui semblait condamné par l'usage. A l'exception d'Athalie, toutes ses pièces comportent des monologues, parfois assez longs […].
S'il a employé le monologue plus que d'autres en son temps, c'est qu'il savait pouvoir y mettre la poèsie et la passion qui provoqueraient les applaudissements du parterre, tout en évitant les reproches des théoriciens les plus difficiles.
                         Jacques Scherer, La dramaturgie classique en France, 1977


Etre ou ne pas être, c’est là la question.Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte ? Mourir... dormir, rien de plus ; ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur.
Mourir... dormir ! dormir, peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, les rebuffades que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ?Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, cette région inexplorée d’où nul voyageur ne revient, ne troublait notre dessein, nous faisant préférer les maux que nous avons à d'autres obscurs. Ainsi la réflexion fait de nous des lâches, les natives couleurs de la décision s'affaiblissent dans l'ombre de la pensée, et des projets d'une haute volée sur cette idée se brisent et viennent perdre leur nom même d'action... Mais taisons-nous, voici la belle Ophélie... Nymphe, dans tes prières, souviens-toi de tous mes péchés.
                         William Shakespeare, Hamlet 1600-1601; Acte III, scène 1


Harpagon (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.) : Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N’est-il point là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin… (il se prend lui-même le bras.) Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi ; et puisque tu m’ es enlevé, j’ ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ ai plus que faire au monde : sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’ y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh ? Que dites-vous ? Ce n’est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure ; et l’on a choisi justement le temps que je parlois à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller querir la justice, et faire donner la question à toute la maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu’on parle là ? De celui qui m’a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part sans doute au vol que l’on m’a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après.
                                           Molière, L’Avare, acte IV, scène 7


Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout-à-l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aime vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout... Et, depuis que ce rideau s'est levé, elle sent qu'elle s'éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n'avons pas à mourir ce soir.
Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l'heureuse Ismène, c'est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d'Antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus jolie qu'Antigone, et puis un soir, un soir de bal où il n'avait dansé qu'avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone, qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et lui a demandé d'être sa femme. Personne n'a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit 'oui' avec un petit sourire triste... L'orchestre attaquait une nouvelle danse, Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons, et voilà,maintenant, lui, il allait être le mari d'Antigone. Il ne savait pas qu'il ne devrait jamais exister de mari d'Antigone sur cette terre et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir.
                                  Jean Anouilh, Antigone, Prologue, 1946