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Dans quelle mesure l'humanisme a-t-il cherché à repousser les frontières de l'homme ?

Bonjour,

Je suis en première et je demande de l'aide car j'ai trouvée les limites de l'homme dans chaque texte mais dans un corpus de texte, il ne faut pas parler de chaque texte séparément mais trouver des arguments semblable que je ne trouve pas dans ces textes.

Je dois travailler sur un corpus de texte sur l'Humanisme au XVIe siècle et la notion de frontière.
Voici mes 3 textes pour mon corpus :

Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie

Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez emporter devant vous le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, voler vos maisons et les dépouiller des meubles anciens et paternels ! Vous vivez de sorte que vous ne vous pouvez vanter que rien soit à vous ; et semblerait que meshui ce vous serait grand heur de tenir à ferme vos biens, vos familles et vos vies ; et tout ce dégât, ce malheur, cette ruine, vous vient, non pas des ennemis, mais certes oui bien de l’ennemi, et de celui que vous faites si grand qu’il est, pour lequel vous allez si courageusement à la guerre, pour la grandeur duquel vous ne refusez point de présenter à la mort vos personnes. Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes ? Vous semez vos fruits, afin qu’il en fasse le dégât ; vous meublez et remplissez vos maisons, afin de fournir à ses pilleries ; vous nourrissez vos filles, afin qu’il ait de quoi soûler sa luxure ; vous nourrissez vos enfants, afin que, pour le mieux qu’il leur saurait faire, il les mène en ses guerres, qu’il les conduise à la boucherie, qu’il les fasse les ministres de ses convoitises, et les exécuteurs de ses vengeances ; vous rompez à la peine vos personnes, afin qu’il se puisse mignarder en ses délices et se vautrer dans les sales et vilains plaisirs ; vous vous affaiblissez, afin de le rendre plus fort et roide à vous tenir plus courte la bride ; et de tant d’indignités, que les bêtes mêmes ou ne les sentiraient point, ou ne l’endureraient point, vous pouvez vous en délivrer, si vous l’essayez, non pas de vous en délivrer, mais seulement de le vouloir faire. Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.

Montaigne, Essais, II, 30

D'un enfant monstrueux

CE comte s'en ira tout simple : car je laisse aux medecins d'en discourir. Je vis avant hier un enfant que deux hommes et une nourrisse, qui se disoient estre le pere, l'oncle, et la tante, conduisoient, pour tirer quelque soul de le monstrer, à cause de son estrangeté. Il estoit en tout le reste d'une forme commune, et se soustenoit sur ses pieds, marchoit et gasouilloit, environ comme les autres de mesme aage : il n'avoit encore voulu prendre autre nourriture, que du tetin de sa nourrisse : et ce qu'on essaya en ma presence de luy mettre en la bouche, il le maschoit un peu, et le rendoit sans avaller : ses cris sembloient bien avoir quelque chose de particulier : il estoit aagé de quatorze mois justement. Au dessoubs de ses tetins, il estoit pris et collé à un autre enfant, sans teste, et qui avoit le conduit du dos estouppé, le reste entier : car il avoit bien l'un bras plus court, mais il luy avoit esté rompu par accident, à leur naissance : ils estoyent joints face à face, et comme si un plus petit enfant en vouloit accoler un plus grandelet. La joincture et l'espace par où ils se tenoient n'estoit que de quatre doigts, ou environ, en maniere, que si vous retroussiez cet enfant imparfaict, vous voyiez au dessoubs le nombril de l'autre : ainsi la cousture se faisoit entre les tetins et son nombril. Le nombril de l'imparfaict ne se pouvoit voir, mais ouy bien tout le reste de son ventre. Voyla comme ce qui n'estoit pas attaché, comme bras, fessier, cuisses et jambes, de cet imparfaict, demouroient pendants et branslans sur l'autre, et luy pouvoit aller sa longueur jusques à my jambe. La nourrice nous adjoustoit, qu'il urinoit par tous les deux endroicts : aussi estoient les membres de cet autre nourris, et vivans, et en mesme poinct que les siens, sauf qu'ils estoient plus petits et menus.

Ce double corps, et ces membres divers, se rapportans à une seule teste, pourroient bien fournir de favorable prognostique au Roy, de maintenir soubs l'union de ses loix, ces parts et pieces diverses de nostre estat : Mais de peur que l'evenement ne le desmente, il vaut mieux le laisser passer devant : car il n'est que de deviner en choses faictes, Ut quum facta sunt, tum ad conjecturam aliqua interpretatione revocantur : comme on dit d'Epimenides qu'il devinoit à reculons.

Je vien de voir un pastre en Medoc, de trente ans ou environ, qui n'a aucune monstre des parties genitales : il a trois trous par où il rend son eau incessamment, il est barbu, a desir, et recherche l'attouchement des femmes.

Ce que nous appellons monstres, ne le sont pas à Dieu, qui voit en l'immensité de son ouvrage, l'infinité des formes, qu'il y a comprinses. Et est à croire, que cette figure qui nous estonne, se rapporte et tient, à quelque autre figure de mesme genre, incognu à l'homme. De sa toute sagesse, il ne part rien que bon, et commun, et reglé : mais nous n'en voyons pas l'assortiment et la relation.

Quod crebro videt, non miratur, etiam si, cur fiat nescit. Quod ante non vidit, id, si evenerit, ostentum esse censet.

Nous appellons contre nature, ce qui advient contre la coustume. Rien n'est que selon elle, quel qu'il soit. Que cette raison universelle et naturelle, chasse de nous l'erreur et l'estonnement que la nouvelleté nous apporte.

Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, 8
https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire … 3%A9sil/08

La question posée pour ce corpus est "Dans quelle mesure l'humanisme a cherché à repousser les frontières de l'homme". J'en ai déduit avec cette question qu'il faut trouver les limites de l'homme.

Ce que j'ai trouvée comme arguments :
- limites politiques qu'imposent le tyran par sa tyrannie dans le texte de La Boétie
- limites intellectuelles et mentales dans le texte de Montaigne. Nous jugeons "monstrueux" ce qui ne rentre dans les représentations habituelles, communes des choses... ce que nous ne "comprenons" pas et que, sans examen, nous rejetons...
- limites que nous imposent les préjugés relativement à des coutumes, des sociétés, des modes de vie qui ne sont pas les nôtres dans le texte de De Léry

Merci à l'avance pour votre aide.

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Dans quelle mesure l'humanisme a-t-il cherché à repousser les frontières de l'homme ?

Il me semble que ces trois textes humanistes nous invitent à nous demander ce que nous sommes, à mesurer l'infirmité de notre intelligence, à soupeser le poids de nos préjugés ou de nos inconséquences.
Les humanistes veulent un homme réfléchi, un homme qui n'a pas peur d'affronter les différences, qui ose penser par lui-même...

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Dans quelle mesure l'humanisme a-t-il cherché à repousser les frontières de l'homme ?

Merci de votre réponse !
Pensez vous que pour mon corpus je pourrais faire deux axes avec "les limites que les humanistes cherchent à repousser" et un deuxième avec "ce que les humanistes cherchent / proposent comme solutions" ?

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Dans quelle mesure l'humanisme a-t-il cherché à repousser les frontières de l'homme ?

Il n'y a pas de limites à repousser, mais des barrières à ouvrir, des murs à faire tomber.
La réponse peut bien entendu comprendre les deux paragraphes que tu proposes.