Apollinaire, La Porte

Bonjour je suis en classe de 1ère S et je dois faire le commentaire composé du poème La porte de Guillaume Apollinaire extrait du recueil Alcools, paru en 1913. Voici le texte :

La porte de l’hôtel sourit terriblement
Qu’est-ce que cela peut me faire ô ma maman
D’être cet employé pour qui seul rien n’existe
Pi-mus couples allant dans la profonde eau triste
Anges frais débarqués à Marseille hier matin
J’entends mourir et remourir un chant lointain
Humble comme je suis qui ne suis rien qui vaille


Enfant je t’ai donné ce que j’avais travaille

Voilà ce que j'ai trouvé dessus, dans le désordre :
Poème composé d'un septain et d'un monostyche en alexandrins. Composé par des rimes plates -> créent une sorte de continuité
Le poème joue sur les sonorités -> allitérations liquides et vibrantes (en l et en r) dans les vers 1,4,5 et 6. Au vers 6 on peut remarquer une assonance en i. Guillaume Apollinaire fait d'un objet banal un poème, ici il s'axe sur le métier de portier. Il s'identifie à ce portier. Ce poème peut dater de la période où sa mère l'a abandonné et lui a laissé la charge de son frère. Il avait alors 19 ans et a commencé à travailler en tant que portier dans un hôtel marseillais. Ici il évoque la situation de précarité qu'il a connu. 1er vers : antithèse : une porte qui sourit (personnification ?) terriblement. Le poème allie tout au long la séparation et l'unité de la mère et de l'enfant : ex avec les pi-mus : poissons qui doivent nager côte à côte car ils ne possèdent qu'un seul œil. Au vers 3 -> soit la phrase veut dire qu'il doit tout partager et que rien n'est pour lui seul (référence à son frère?) soit il veut dire qu'il est le seul pour qui rien n'existe, qu'il existe toujours quelque chose pour quelqu'un. Ressemblance entre les vers 2 et 6 : tous les deux ont une syntaxe commune : séparation 8/4 : premier segment en 8 syllabes finit par un infinitif et deuxième segment s'assemblent : ô ma maman (chant, plainte?) avec chant lointain. Le vers 6 se compose en prosodie 4/4/4 ce qui lui donne un rythme lent. Parallèle marqué par le "et remourir". Seul deux vers sont une conversation explicite entre la mère et l'enfant : les vers 2 et 8. Vers 8 : 1ere intervention de la mère (donc réponse au vers 2) : c'est pour cela que le vers a été séparé. De part et d'autre du blanc cela laisse la demande et le don, la valeur et le travail et donc le fils et la mère. v. 5 : Les anges frais sont les couples arrivant dans son hôtel mais l'ange frais c'est également lui arrivé depuis peu dans la grande ville et donc perdu. Ce poème a été publié alors qu'il était adulte (32 ans) mais toutefois il y exprime le sentiment qu’il avait de la précarité de son sort, il se rappelle que sa mère l'avait traîné, adolescent, d'hôtel en hôtel, d'aventure galante en aventure louche. Il a quelque chose de juvénile et les termes même de la conversation évoquée laissent penser qu’il est ancien. On peut supposer que le poète a repris de mémoire un texte datant de quelques années. L'avoir fait paraître en 1912 indique bien son besoin d'interroger et d'évoquer son passé.

A partir de là je n'arrive pas à trouver des axes de lecture, je pense que mes trouvailles sont incomplètes et que ça ne peut pas constituer tout un devoir. J'ai aussi du mal à trouver le genre et le registre du poème ni quels effets le poète veut produire sur nous.

Merci d'avance de votre aide !  

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Apollinaire, La Porte

La porte : un titre symbolique : réducteur ou polysémique ?

I. La porte ouverte sur l'enfance
Allusions biographiques ?
Un lieu, la mère et le lien (Maman/je)
Les interrogations

II. La porte ouverte, séparation entre hier et aujourd'hui
Hier : je t'ai donné ce que j'avais
Aujourd'hui : vision négative de soi (humble/je ne suis rien ...)
demain : l'énigmatique : TRAVAILLE

III. La porte qui sourit et s'ouvre à la nouveauté
j'entends un chant lointain
Evocation de la mer : Marseille, "anges frais débarqués ... poissons ?)
Une poésie qui veut se libérer des contraintes


Apollinaire a découvert les animaux de légende que sont les poissons pi-mus etles oiseaux pi(-/h)is dans le Journal asiatique de janvier-février 1896 (Décaudin 1960b : 87, 143) :

pi-mu : c’est-à-dire « aux yeux accouplés ». Ces poissons n’ont qu’un œil et doivent ainsi se mouvoir deux à deux, serrés l’un contre l’autre pour voir des deux côtés.

Ecouter la version de Léo Ferré

Apollinaire, La Porte

Merci beaucoup pour la grande aide que tu m'apportes. Par contre je voulais juste te poser une question. Qu'entends-tu par une poésie qui veut se libérer des contraintes ? Et aussi tu penses que ce poème est de quel registre?

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Apollinaire, La Porte

La poésie d'Apollinaire est une porte entrouverte vers la poésie moderne. (Libérée des contraintes de la prosodie)

Apollinaire, La Porte

Ok. Mais tu penses que tous les éléments que j'ai trouvés s’intègrent dans ce commentaire ?

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Apollinaire, La Porte

Un commentaire composé, comme son nom l'indique est composé. Tous les éléments trouvés par analyse doivent d'intégrer dans une structure à visée démonstrative. A toi de "monter" ton commentaire de façon à donner sens à ta lecture du texte.
Tu as trouvé bien des éléments intéressants mais qui ne s'articulent pas vraiment dans une démonstration qui progresse. D'où l'intérêt de bien formuler la problématique pour que les axes étudiés y répondent.

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Apollinaire, La Porte

oublie pas de parler du lyrisme car ce texte est comme une complainte. Apollinaire dénonce l'enfance dure qu'il a vécu , ce poème est un cri destiné à sa mère

ps: on a le même devoir a rendre pour vendredi 

Apollinaire, La Porte

Complainte, oui, mais le dernier vers doit absolument être distingué du reste : ce n'est pas le même locuteur, ce n'est évidemment pas le même ton non plus.
Selon moi, la "porte" exerce une fascination sur le locuteur parce qu'elle forme la frontière entre :
- le monde réel, fait de vanité, d'aliénation ("employé") et d'impuissance (vers 7), et dans lequel les rêves ou le mysticisme eux-mêmes sont souillés (les pi-mus, qui forment un couple qui ne se choisit pas, et qui évoluent dans "l'eau triste", les "Anges" (anges-de-mer (?) qui nous ramèneraient au domaine ichtyologique), sont "débarqués".
- le monde imaginaire, un instant entendu derrière cette porte : "mourir ... un chant lointain" (une interprétation érotique du poème est possible (quel est cet hôtel ?).
(La position du locuteur par rapport à la porte n'influe guère sur l'interprétation d'ensemble. Quant à moi, je crois qu'il est à l'extérieur.
La réponse de la mère du locuteur, apparaissant après un blanc qui peut être perçu comme un silence de souffrance, peut être interprétée :
- comme un appel salutaire à chercher sa raison de vivre ici-bas (cf le Rimbaud  d'Adieu "je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !",
- comme une conclusion ironique, équivalent d'une gifle donnée au sale gosse qui s'oublie dans de vilaines pensées.