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Diderot, Jacques le fataliste - Et moi, je m’arrête, parce que je vous ai dit de ces deux personnages...

Bonjour à tous, içi jacklecanard
Je sollicite vos connaissances car à deux jours de mon passage à l'oral,notre professeur nous a donné une synthèse sans analyse sur l'excipit de Jacques le fataliste voir le passage ci-dessous, nous avons juste le plan sans analyse pertinente donc pas de quoi en dire grands choses à l'oral et connaissant votre sens de l'hospitalité (j'ai un ami qui passe beaucoup de temps sur ce site pour ses révisions et qui est régulièrement aidé) je vous demande un plan ou un commentaire, en gros que devrais-je dire à l'oral si je tombe dessus, de plus la problématique de notre professeur  étant "Pourquoi Diderot refuse-t-il ici le dénouement tant attendu des aventures de Jacques et son maître"
En espérant des réponses claires et précises de votre part, car je ne me pardonnerai jamais de passer sur cet extrait à l'oral
Cordialement,

Voici le texte :

Et moi, je m'arrête, parce que je vous ai dit de ces deux personnages tout ce que j'en sais: Et les amours de Jacques? Jacques a dit cent fois qu'il était écrit là-haut qu'il n'en finirait pas l'histoire, et je vois que Jacques avait raison. Je vois, lecteur, que cela vous fâche; eh bien, reprenez son récit où il l'a laissé, et continuez-le à votre fantaisie, ou bien faites une visite à Mlle Agathe, sachez le nom du village où Jacques est emprisonné; voyez Jacques, questionnez-le: il ne se fera pas tirer l'oreille pour vous satisfaire; cela le désennuiera. D'après des mémoires que j'ai de bonnes raisons de tenir pour suspects, je pourrais peut-être suppléer ce qui manque ici; mais à quoi bon? on ne peut s'intéresser qu'à ce qu'on croit vrai. Cependant comme il y aurait de la témérité à prononcer sans un mûr examen sur les entretiens de Jacques le Fataliste et de son maître, ouvrage le plus important qui ait paru depuis le Pantagruel de maître François Rabelais, et la vie et les aventures du Compère Mathieu, je relirai ces mémoires avec toute la contention d'esprit et toute l'impartialité dont je suis capable; et sous huitaine je vous en dirai mon jugement définitif, sauf à me rétracter lorsqu'un plus intelligent que moi me démontrera que je me suis trompé.



L'éditeur ajoute: La huitaine est passée. J'ai lu les mémoires en question; des trois paragraphes que j'y trouve de plus que dans le manuscrit dont je suis le possesseur, le premier et le dernier me paraissent originaux et celui du milieu évidemment interpolé. Voici le premier, qui suppose une seconde lacune dans l'entretien de Jacques et de son maître.

Un jour de fête que le seigneur du château était à la chasse et que le reste de ses commensaux étaient allés à la messe de la paroisse, qui en était éloignée d'un bon quart de lieue, Jacques était levé, Denise était assise à côté de lui. Ils gardaient le silence, ils avaient l'air de se bouder, et ils boudaient en effet. Jacques avait tout mis en oeuvre pour résoudre Denise à le rendre heureux et Denise avait tenu ferme. Après ce long silence Jacques, pleurant à chaudes larmes, lui dit d'un ton dur et amer: "C'est que vous ne m'aimez pas..." Denise, dépitée, se lève, le prend par le bras, le conduit brusquement vers le bord du lit, s'y assied, et lui dit: "Eh bien! monsieur Jacques, je ne vous aime donc pas? Eh bien, monsieur Jacques, faites de la malheureuse Denise tout ce qu'il vous plaira..." Et en disant ces mots, la voilà fondant en pleurs et suffoquée par ses sanglots.

Dites-moi, lecteur, ce que vous eussiez fait à la place de Jacques? Rien. Eh bien! c'est ce qu'il fit. Il reconduisit Denise sur sa chaise, se jeta à ses pieds, essuya les pleurs qui coulaient de ses yeux, lui baisa les mains, la consola, la rassura, crut qu'il en était tendrement aimé, et s'en remit à sa tendresse sur le moment qu'il lui plairait de récompenser la sienne. Ce procédé toucha sensiblement Denise.

On objectera peut-être que Jacques, aux pieds de Denise, ne pouvait guère lui essuyer les yeux... à moins que la chaise ne fût fort basse. Le manuscrit ne le dit pas; mais cela est à supposer.