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Les règles du théâtre classique et la tragédie

Bonjour je suis en pleine révision pour le bac de français et quelque chose me tracasse . La bienséance externe veut que l'on ne représente pas de sang ou de mort sur scène . Mais dans ces cas-là aucun tragédie ne respecte cette règle car le dénouement est toujours sanglant , funeste ...

Question un peu bête mais je trouve ça bizarre , merci

Les règles du théâtre classique et la tragédie

Ah, la bienséance !
C'est un principe élaboré après coup, pour justifier la pratique. En un siècle qui n'a pas les moyens techniques de réaliser des effets spéciaux, on relègue en coulisses ce qui ne peut  être mis  en scène : le monstre marin qui effraie les chevaux d'Hippolyte ou l'épée qu'Horace enfonce dans le ventre de Camille.
Cependant, la bienséance joue encore de nos jours : ce spectacle comporte des scènes dont la violence physique ou morale peut   choquer la sensibilité... Vous n'avez jamais lu cette phrase sur votre écran ?

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Les règles du théâtre classique et la tragédie

Mais donc aucune tragédie ne respecte la bienséance ?

Les règles du théâtre classique et la tragédie

Si, puisque le sang et la mort ne sont pas représentés visuellement sur la scène...
Simplement suggérés par les paroles.

Les règles du théâtre classique et la tragédie

Cléopâtre, dans Rodogune (pas la maitresse de César...) se tue en scène : elle veut assassiner son fils pour garder le pouvoir, elle lui sert donc une coupe empoisonnée, gage de leur réconciliation, et comme il se méfie, elle boit la première; Peeu lui imprte de mourir, si lui ne survit pas. Seulement,   le poison est d'une redoutable efficacité :

Rodogune

Seigneur, voyez ses yeux
Déjà tout égarés, troubles et furieux,
Cette affreuse sueur qui court sur son visage,
Cette gorge qui s’enfle. Ah ! bons dieux ! Quelle rage !
Pour vous perdre après elle, elle a voulu périr !

Cléopâtre agonise donc en scène, mais :


Cléopâtre

Je maudirois les dieux s’ils me rendoient le jour.
Qu’on m’emporte d’ici : je me meurs. Laonice.
Si tu veux m’obliger par un dernier service,
Après les vains efforts de mes inimitiés,
Sauve-moi de l’affront de tomber à leurs pieds.

elle va mourir en coulisses, interprétation un peu bien casuistique de la bienséance, car cette agonie est assez spectaculaire, soulignée par le reportage en direct.

Quant à Phèdre :

 

PHÉDRE

    [...]J’ai voulu, devant vous exposant mes remords,
    Par un chemin plus lent descendre chez les morts.
    J’ai pris, j’ai fait couler dans mes brûlantes veines
    Un poison que Médée apporta dans Athènes.
    Déjà jusqu’à mon cœur le venin parvenu
    Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu ;
    Déjà je ne vois plus qu’à travers un nuage
    Et le ciel et l’époux que ma présence outrage ;
    Et la mort à mes yeux dérobant la clarté,
    Rend au jour qu'ils souillaient toute sa pureté.


PANOPE

    Elle expire, seigneur !

elle meurt bel et bien en scène.

Comme quoi Racine peut être plus audacieux que Corneille... et Victor Hugo fait pâle figure en comparaison !