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Mode après "jusqu'à ce que"

Bonjour,

En lisant les Mille et Une Nuits, traduction Galland (vers 1700), je tombe sur cet type de phrase qui ne manque pas de m'intriguer par l'emploi de l'indicatif: "Ils marchèrent jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à..."  "Ils continuèrent leur voyage jusqu'à ce qu'ils furent..." Je me serais attendu à arrivassent, fussent, à la rigueur arrivent et soient.

Cet emploi du passé simple après jusqu'à ce que est-il encore autorisé actuellement ? Dans quel cas ou à quelle condition ? Ou bien Galland est-il dans l'erreur ?

Merci de vos avis.

Mode après "jusqu'à ce que"

Selon le Robert des Difficultés, l'indicatif après jusqu'à ce que est correct quand la subordonnée ne comporte pas d'idée de but non encore atteint ou d'incertitude quant au résultat.
C'est le cas ici. Le voyage a duré jusqu'au moment d'une arrivée effective dûment constatée, d'où l'indicatif et le passé simple.
L'indicatif te semblerait tout de suite plus  évident si l'on reformulait:
Ils marchèrent jusqu'au moment où ils arrivèrent...

Un autre exemple d'Anatole France :
L'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait jusqu'à ce que, venant au-dessus du lieu où était l'enfant, elle s'y arrêta.

Notons tout de même que le Trésor de la Langue française qualifie ce tour de "rare" et de "vieilli".

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Mode après "jusqu'à ce que"

J'adore la prose et le style de Galland. Mais bien sûr, certains tours datent un peu. N'hésitez pas à consulter la Syntaxe française du XVIIe siècle, de Haase, opportunément mise en ligne :

https://img15.hostingpics.net/pics/465185FireShotScreenCapture098Syntaxefrancaisedu17esiecleNouvdtraarchiveorgstreamsyntaxefrancaise00haasuoftpage182mode2up.png

https://archive.org/stream/syntaxefranc … 2/mode/2up

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Mode après "jusqu'à ce que"

Merci à tous les deux.

Voici deux autres phrases du même auteur, dans l'une jusqu'à ce que est suivi du subjonctif, et dans l'autre,de l'indicatif. Je suis  perplexe, car je ne vois aucune différence de temporalité entre les deux. Il y en a probablement une, que je ne distingue pas :

…il vit venir un seigneur accompagné d’une nombreuse suite, et à qui tous les habitants faisaient de grands honneurs en s’arrêtant par respect jusqu’à ce qu’il fût passé.

…et il ne cessa de soupirer et de se plaindre jusqu’à ce que, succombant au sommeil, il leva la tête de dessus le sépulcre et s’étendit de tout son long sur le pavé, où il s’endormit.

Le déroulement des événements me paraît semblable dans les deux récits. Dans les deux je remarque que l'on pourrait dire jusqu'au moment où + passé simple, à la place de jusqu'à ce que.

Quelqu'un des seigneurs de ce forum aurait-il l'obligeance de me secourir ?

Mode après "jusqu'à ce que"

Dans "s'arrêtant par respect jusqu'à ce qu'il fût passé", il y a une notion d'attente intentionnelle d'un fait ultérieur : on s'arrête respectueusement en attendant la fin du passage...
Tandis que c'est une pure succession temporelle qui fait se succéder les soupirs et les plaintes, puis le sommeil, sans notion d'attente. Le personnage succombe au sommeil sans spécialement l'avoir attendu ou voulu auparavant.

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Mode après "jusqu'à ce que"

Une autre raison de différenciation est peut-être la construction de la phrase. Dans la seconde, on remarque que "jusqu'à ce que" est séparé du verbe à l'indicatif par une incise "succombant au sommeil".
C'était la même chose dans l'exemple cité dans le TLF :
Il lui parlait d'une manière sèche et contrainte (...) jusqu'à ce qu'enfin, échauffé par ces beaux yeux (...) toute sa rancune fondait, ses griefs secrets se dissipaient. (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 239).
Il en est de même de la phrase de Bossuet, citée incomplètement par Haase :
Mais le sénat ne fut pas content, jusqu'à ce qu'en leur faisant rendre la terre que le peuple romain s'étoit adjugée, il abolit la mémoire d'un si infâme jugement.
L'indicatif passait plus facilement avec ces incises. Sans incise, le frottement était plus ressenti, et l'emploi du subjonctif parfois préféré.

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Mode après "jusqu'à ce que"

Encore un grand merci à tous les deux. Je pense avoir compris. En tout cas, après vos explications il me paraît parfaitement normal que Galland ait utilisé le subjonctif dans la phrase : à qui tous les habitants faisaient de grands honneurs en s’arrêtant par respect jusqu’à ce qu’il fût passé. J'ai beau chercher, je ne vois vraiment pas quel temps de l'indicatif aurait pu convenir. Passa ne véhicule pas les mêmes implications que fût passé.

Pour la deuxième phrase je conçois mieux l'emploi d el'indicatif si je me représente qu'elle signifie : à tel point que, succombant finalement... il s'étendit... L'indicatif passe tout seul.

Encore merci. On s'étonne parfois que le français ne soit plus la langue internationale qu'elle fut jadis. Quelle perte en finesse de pensée ! Mais aussi quelle difficulté pour la bien parler ! Il faudrait avoir lu du Galland depuis son enfance pour y être à peine à l'aise à l'âge adulte !