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Sartre, La Nausée

Salut, j'ai lu dernièrement ce roman de Sartre, qui suit le quotidien de l'anti-héros Antoine Roquentin, qui contemple la vacuité de son existence et la ressent jusque dans son rapport aux choses. Le vide n'est pas seulement en lui, mais il s'étend peu à peu au réel dans lequel il évolue (les rues, les cafés, la bibliothèque). Voilà, le sujet m'a vraiment plus au départ, avec l'accroche saisissante de l'incipit qui nous plonge directement dans ce mal-être nauséabond. La perspective phénoménologique est plaisante, le moment où il contemple son verre de bière et se rend compte qu'il lui fait peur, par exemple, est agréablement surprenant.
D'autre part, la forme (le journal intime jour à jour de Roquentin) est séduisante puisqu'elle permet de rendre comte de l'évolution de la pathologie, et de montrer la complaisance du narrateur face à cette "Nausée", il la cerne, il s'y accoutume, il veut en sortir/se débattre, il la pense et écrit...
Les intrigues secondaires pour autant m'ont parues assez creuses et peu crédibles; celle de la retrouvaille avec son ex compagne, Annie, qui elle aussi ressent la Nausée, mais ne peut le comprendre malgré leur similitude m'a semblé arriver comme un cheveux sur la soupe, enfin je n'ai pas trouvé ça crédible, sûrement car le personnage d'Annie reste assez superficiel et peu approfondi. Mais l'intrigue de l'Autodidacte m'a totalement déçu, je n'ai pas compris ce qu'il signifiait, à part le profond ennui du narrateur (mais il aurait pu être mis en valeur d'une façon autre, non ?). Ce personnage, comme celui d'un Nouveau Roman, m'a semblé creux et caricatural à souhait. Et la fin du roman, comment l'interpréter ? j'ai décroché avec l'épisode de la bibliothèque, des deux petits garçons etc
Enfin, encore une chose qui m'a gêné, la dimension "essai philosophique" que la narration prend à certains moments, comme si Sartre par moments ne se cachait plus et laissait libre cours à sa démonstration phénoménologique qui décortique l'étanéité et la conscience. Peut-on dire que ce roman est réussi à juste titre ?