La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Voilà, notre prof nous a donné d'une semaine sur l'autre une question (à laquelle on doit repondre à la manière d'un commentaire mais en plus petit) sur L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit des Fables de La Fontaine (livre 7ème).

Cette question est :

==> En quoi cette Fable s'éloigne-t-elle des règles traditionnelles du genre ?

Je sèche totalement car j'ai un soucis de compréhension de la question :
quand il parle des "règles traditionnelles du genre", il parle des règles des Fables, de la poésie, ou d'autre chose encore?Si ce sont les règles traditionnelles des Fables. Je ne peux pas répondre à la question, car je ne les connais pas. j'ai recherché dans mes deux manuels de français, il n'est nul part écrit les règles des Fables. Idem dans mon annabac. Quelqu'un pourrait-il m'éclairer, car je ne peux pas répondre à cette question du coup    merci d'avance. Evidemment je ne demande pas de réponse à la question directement, je veux repondre moi même sinon ce n'est plus ma note

Qui ne court après la fortune?
Je voudrais être en lieu d'où je pusse aisément
            Contempler la foule importune
            De ceux qui cherchent vainement
Cette fille du Sort, de royaume en royaume,
Fidèles courtisans d'un volage fantôme.
            Quand ils sont près du bon moment,
L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe.
Pauvres gens, je les plains; car on a pour les fous
            Plus de pitié que de courroux.
«Cet homme, disent-ils, était planteur de choux;
            Et le voilà devenu pape!
Ne le valons-nous pas?» Vous valez cent fois mieux:
            Mais que vous sert votre mérite?
            La fortune a-t-elle des yeux?
Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitte,
Le repos, le repos, trésor si précieux
Qu'on en faisait jadis le partage des Dieux?
Rarement la fortune à ses hôtes le laisse.
            Ne cherchez point cette déesse,
Elle vous cherchera: son sexe en use ainsi.
Certain couple d'amis, en un bourg établi,
Possédait quelque bien. L'un soupirait sans cesse
        Pour la fortune; il dit à l'autre un jour: 
            «Si nous quittions notre séjour?
            Vous savez que nul n'est prophète
En son pays: cherchons notre aventure ailleurs.
- Cherchez, dit l'autre ami, pour moi, je ne souhaite
            Ni climats, ni destins meilleurs.
Contentez-vous, suivez votre humeur inquiète:
Vous reviendrez bientôt. Je fais voeu cependant
            De dormir en vous attendant.»
        L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare,
            S'en va par voie et par chemin.
            Il arriva le lendemain
En un lieu que devait la déesse bizarre
Fréquenter sur tout autre; et ce lieu, c'est la cour.
Là donc pour quelque temps il fixe son séjour,
Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures
            Que l'on sait être les meilleures;
Bref, se trouvant à tout et n'arrivant à rien.
« Qu'est ceci? se dit-il, cherchons ailleurs du bien.
La fortune pourtant habite ces demeures;
Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci,
            Chez celui-là: d'où vient qu'aussi
Je ne puis héberger cette capricieuse?
On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu
L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse.
Adieu, Messieurs de cour, Messieurs de cour, adieu:
Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte.
La fortune a, dit-on, des temples à Surate:)
Allons là.» Ce fut un de dire et s'embarquer.
Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute
Armé de diamant, qui tenta cette route,
Et le premier osa l'abîme défier.
            Celui-ci, pendant son voyage,
            Tourna les yeux vers son village
            Plus d'une fois essuyant les dangers
Des pirates, des vents, du calme et des rochers,
Ministres de la Mort: avec beaucoup de peines
On s'en va la chercher en des rives lointaines,
La trouvant assez tôt sans quitter la maison.
L'homme arrive au Mogol, on lui dit qu'au Japon
La fortune pour lors distribuait ses grâces.
            Il y court. Les mers étaient lasses
            De le porter, et tout le fruit             
            Qu'il tira de ses longs voyages,
Ce fut cette leçon que donnent les sauvages:
«Demeure en ton pays, par la nature instruit.»

Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme
            Que le Mogol l'avait été:
            Ce qui lui fit conclure en somme
Qu'il avait à grand tort son village quitté.
            Il renonce aux courses ingrates,
Revient en son pays, voit de loin ses pénates,
Pleure de joie, et dit:« Heureux qui vit chez soi,
De régler ses désirs faisant tout son emploi!
            Il ne sait que par ouïr-dire
Ce que c'est que la cour, la mer et ton empire,
Fortune, qui nous fais passer devant les yeux
Des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde
On suit, sans que l'effet aux promesses réponde.
Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux.»
            En raisonnant de cette sorte,
Et contre la fortune ayant pris ce conseil,
            Il la trouve assise à la porte
De son ami plongé dans un profond sommeil.

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Va voir cette page

et aussi, tu peux comparer avec les autres Fables de La Fontaine, qui elles sont bien dans le schéma traditionnel

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Merci !!! C'est génial je vais pouvoir répondre maintenant  d'habitude j'évite wikipédia car n'importe qui peut modifier les textes et il suffit que quelqu'un écrive une bétise pour tout louper  mais venant de toi j'y vais les yeux fermés. J'ai parcouru beaucoup de sujets et tu réponds bien clairement etc... c'est cool j'admire ce que tu fais  Si jamais j'ai un soucis pour quoique ce soit j'hésiterai pas à venir

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Merci à toi de ton enthousiasme 
En général Wiki est quand même assez fiable sur des sujets littéraires ya pas trop de modifs sauf des ajouts utiles. Et le lien vers le site Magister à la page des Fables est très pertinent puisque c'est tiré des Avertissements de la Fontaine

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Bon j'ai un soucis    j'avais noté ce devoir pour mercredi, et il nous l'a demandé aujourd'hui aïe aïe aïe.  Alors je dois le faire ce soir étant donné que je n'ai pas encore rédigé. J'en ai parlé avec plusieurs de mes camarades. La plupart on fait un plan en deux parties :

I/ En quoi cette fable est une fable
II/ En quoi elle est différente des autres


Je trouve personnellement que c'est stupide étant donné que la question d'origine demande "en quoi cetet fable s'éloigne-t-elle des règles traditionnelles du genre?" !!

Je voudrais faire autrement mais je ne trouve pas beaucoup d'éléments de réponse malgré ton site où j'y ai appris les règles traditionnelles.

J'ai lu et survolé plusieurs  autres fables et je constate que la plupart du temps, elles sont courtes, claires, avec deux personnages en opposition dès le titre (l'un est mis en position haute, l'autre est abaissé, et à la fin il y a renversement de situation, celui en position haute apsse en position basse). J'ai aussi remarqué que beaucoup de fables utilise la symbolique animale pour les personnages.

Donc dans la fable en question, la symbolique de l'animale n'est pas présente, la taille de la fable est plutôt grande par rapport à la majorité des autres fables (environ deux fois plus grande voire plus). par contre les deux personnages et le renversement de situation sont bien là.  De plus j'ai remarqué que dans les autres fables, La Fontaine faisait une satire de la royauté et de la noblesse, mais la plupart du temps implicite, en utilisant des tournures de façon à ne pas s'y attaquer directement. Ici                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           il dénonce explicitement les nobles (vers 49 "Messieurs de cour").

Voila, et je ne trouve rien d'autre !! J'ai beau décortiqué le texte, je nage en mer inconnue là    Pourriez vous me lancer sur une ou deux pistes ? me donner un ou plusieurs axes de recherche ?  Merci d'avance (dites moi aussi si ce que j'ai mis est pertienent, bien sûr j'appuirai ceci avec des exemples de la fable).



EDIT : je viens de trouver quelques éléments en plus. Tout d'abord le fait que les protagonistes soient des hommes n'est pas trop pertinent pour dire que ça s'éloigne des règles traditionnelles du genre, étant donné que beaucoup de fables sont quand même constituées de protagonistes humains (même si  il y a une majorité d'animaux).
Ensuite, j'ai repéré que La Fontaine utilise "je", ce qu'il ne fait pas dans les autres fables, il s'introduit lui même dans la Fable, ainsi que les lecteurs car il s'adresse à nous (vers 13,14,20,21 etc...) directement. Je pense que ça peut faire partie de mes éléments de réponse.

EDIT 2 : je me suis peut être trompé sur le point de la satire royale, car je me demande si il n'a pas évoqué le roi et sa cour justement pour les flatter de leur fortune, de leur richesse, comme une sorte d'admiration.
De plus, il n'y a pas vraiment de morale à cette fable, en effet, ici La Fontaine dénonce plutôt l'injustice : ceux qui font l'effort de devenir riche ne trouve jamais la fortune, malgré leurs efforts, tandis que ceux qui ont trouvé la fortune l'ont en général trouvé devant leur porte, sans avoir fait le moindre effort. Implicitement l'injustice vise directement le roi et sa cour. Donc en apparence il les flatte, et implicitement, il les critique.
====> si je dis quelque chose qui ne va pas dites la je voudrais pas dire de bêtises.

J'ai supprimé ton rappel : ils sont interdits.

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Bonsoir Touf,

Tu travailles !!! : c'est bien !!!

1- Le "Je" : tu gardes (il n'est pas apparent que dans cette fable, mais c'est vrai qu'il est rare).

2- Vois aussi la "course à la fortune" et le "repos". (Ne te "fixe" pas forcément sur la "cour".)

3- Peut-être aussi qu'il est plus question dans cette fable (par rapport aux autres) de comportements qui ne sont pas véritablement des "vices" ou des "défauts" (mais simplement humains).

3- La morale n'est pas si "claire" que dans les autres fables, elle est difficilement "isolable" du contexte.
(Il manque quelque chose comme cette phrase de Goethe : "Pas besoin de faire le tour du monde pour savoir que le ciel est bleu".)

Muriel

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

bonsoir Muriel.

merci pour tes conseils, par contre je n'ai pas bien saisi ton deuxième point, peux-tu m'expliquer un peu plus ce que tu veux dire par voir la "course à la fortune" et le "repos" ?

Pour les autres points je vais les conserver. j'ai trouvé d'autres éléments de réponses. Certains sûrement plus utils que d'autres :

1) au niveau de la forme de la Fable. A l'ordinaire, elles sont plutôt courtes, mais celle-ci est bien plus longue (d'habitude, il brusque le dénouement afin de faire ressortir la morale assez vite, ici, il y va progressivement, et même à la fin la morale n'est pas "claire"). De plus, dans la majorité des Fables, La Fontaine enchaine directement avec le récit entre les protagonistes, ici, le récit ne commence véritablement qu'au vers 22.
Aussi, La Fontaine est un spécialiste des trois discours et du dialogue, qu'il manie très bien dans les fables, or ici seuls un court dialogue au discours direct et un léger monologue sur la fin sont présents.

2) au niveau des registres utilisés :
d'après les règles traditionnelles, le rôle des fables est de plaire et d'instruire en même temps.
C'est pourquoi elles comportent  souvent les registres suivant : burlesque, comique, satirique, polémique, lyrique et didactique. Or, ici, seul la polémique est réellement présente, et encore ce n'est pas claire. Le lyrisme s'aperçoit quelque peu avec le rythme des vers (octosyllabes/alexandrins marjoritairement) et les rimes présentes tout au long de la fable. par contre, ni le burlesque, ni la satire, ni le comique ne sont présents. Donc déjà, en comparaison avec une fable comportant une symbolique animale, celle-ci n'a pas l'air de vouloir plaire. Et enfin, comme la morale n'est pas clairement expliquée et définie, l'enseignement dont on doit tirer de cette fable n'est pas vraiment compris, d'où l'abscence du registre didactique. Donc par les registres, La Fontaine, dans cette fable, va à l'envers des règles traditionnelles suivantes : plaire et instruire. C'est plus une dénonciation, un critique, qu'un enseignement et une morale.


PS : désolé pour le rappel, j'avais oublié, je m'en souviendrai

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Il est bien tard TouF, alors j'espère que tu as pu mettre tes idées en ordre car elles me paraissent bonnes
J'ai lu rapidement la Fable et il me semble que la Morale se situe plus au début qu'à la fin. La fin est une chute avec une morale implicite

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Bonsoir, oui il est tard, mes yeux se ferment  je vais essayer de rédiger ça maintenant, ça va être dur mais bon, on n'a rien sans rien Merci pour m'avoir guidé et m'avoir donné quelques sites où j'ai pu en apprendre beaucoup sur les fables !!!  J'éspère quand même que mon prof acceptera mon devoir malgré le retard d'un jour. Je verrai bien, et puis même s'il me met 0, j'en aurai tout de même beaucoup appris sur les fables qui constituent tout de même ma quatrième et dernière séquence pour le bac   

Merci encore à vous deux pour vos réponses, ça fait plaisir de voir des personnes pationnées à ce point  ça donne envie de s'impliquer

La Fontaine, L'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit

Tu me demandes :

je n'ai pas bien saisi ton deuxième point, peux-tu m'expliquer un peu plus ce que tu veux dire par voir la "course à la fortune" et le "repos" ?

Parce je ne crois pas qu'il s'agisse d'une critique de la Royauté.

Je pense plutôt à une critique de ceux qui courent après des chimères. La fable est longue, aussi longue que la quête de la fortune.

Remarque ce vers :

Pleure de joie, et dit : Heureux, qui vit chez soi ;

On retrouve un peu la même chose dans :

Les Regrets, du Bellay

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Remarque aussi que cette fable ne s'adresse pas aux enfants.

Remarque aussi qu'il retrouve son ami, heureux, calme, devant sa porte ; et pourtant : il n'a pas bougé ! Il a dormi ! (comme il l'avait promis).

Muriel