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Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie...

Bonjour, je suis une étudiante de lycée (2nd) et je dois traiter ce sujet :

Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie : un roman a un commencement et une fin !(Simenon, Les trois crimes de mon ami)


-Cette conception du roman s'applique t'elle aux oeuvres réalistes et naturalistes ?

J'aimerais avoir vos avis sur ce sujet, je ne comprend pas bien en quoi le fait qu'un roman a un commencement et une fin s'oppose à ce qu'il soit à l'image de la vie qui est aussi limitée dans le temps. 

Merci beaucoup 

Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie...

un roman a un commencement et une fin

Je ne comprend pas bien en quoi le fait qu'un roman a un commencement et une fin s'oppose à ce qu'il soit à l'image de la vie qui est aussi limitée dans le temps.

Disons que la vie continue...quand le roman s'arrête.
Le roman est souvent une tranche de vie.
L'éducation sentimentale de Flaubert commence au moment où Frédéric Moreau se trouve sur le bateau qui le conduit à Nogent-sur Seine, et s'achève quelques années plus tard.
Le père Goriot commence avec la description de la pension Vauquer, et s'achève à la mort du vieillard.
Cependant, la vie ne s'arrête pas pour autant.
Voir les derniers mots du roman :
Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses: "A nous deux maintenant!"

Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société,

Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen.

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Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie...

Il me semble aussi qu'avoir un début et une fin renvoie au schéma narratif ou que, dans d'autres termes, le romancier donne un sens au récit. Maupassant dans la préface de Pierre et Jean explique que le romancier est un magicien qui organise une réalité informe par son projet esthétique.

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Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie...

Il me semble aussi qu'avoir un début et une fin renvoie au schéma narratif ou que, dans d'autres termes, le romancier donne un sens au récit. Maupassant dans la préface de Pierre et Jean explique que le romancier est un magicien qui organise une réalité informe par son projet esthétique.

Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie...

Jean-Luc a écrit :

Il me semble aussi qu'avoir un début et une fin renvoie au schéma narratif ou que, dans d'autres termes, le romancier donne un sens au récit. Maupassant dans la préface de Pierre et Jean explique que le romancier est un magicien qui organise une réalité informe par son projet esthétique.

Voici d'ailleurs une réflexion de J.-P. Sartre (Les Mots, pp.162-163, éd. folio) qui pourrait nourrir ta réflexion :

Entre neuf et dix ans, je devins tout à fait posthume.
Ce n'est pas entièrement ma faute: mon grand-père m'avait élevé dans l'illusion rétrospective. Lui non plus, d'ailleurs, il n'est pas coupable et je suis loin de lui en vouloir: ce mirage-là naît spontanément de la culture. Quand les témoins ont disparu, le décès d'un grand homme cesse à jamais d'être un coup de foudre, le temps en fait un trait de caractère. Un vieux défunt est mort par constitution, il l'est au baptême ni plus ni moins qu'à l'extrême-onction, sa vie nous appartient, nous y entrons par un bout, par l'autre, par le milieu, nous en descendons, nous en remontons le cours à volonté: c'est que l'ordre chronologique a sauté ; impossible de le restituer: ce personnage ne court plus aucun risque et n'attend même plus que les chatouillements de sa narine aboutissent à la sternutation. Son existence offre les apparences d'un déroulement mais, dès qu'on veut lui rendre un peu de vie, elle retombe dans la simultanéité. Vous aurez beau vous mettre à la place du disparu, feindre de partager ses passions, ses ignorances, ses préjugés, ressusciter des résistances abolies, un soupçon d'impatience ou d'appréhension, vous ne pourrez vous défendre d'apprécier sa conduite à la lumière de résultats qui n'étaient pas prévisibles et de renseignements qu'il ne possédait pas, ni de donner une solennité particulière à des événements dont les effets plus tard l'ont marqué mais qu'il a vécus négligemment. Voilà le mirage: l'avenir plus réel que le présent. Cela n'étonnera pas : dans une vie terminée, c'est la fin qu'on tient pour la vérité du commencement. Le défunt reste à mi-chemin entre l'être et la valeur, entre le fait brut et la reconstruction; son histoire devient une manière d'essence circulaire qui se résume en chacun de ses moments.

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Voilà ce qui fait l’artifice du roman, ce qui fait qu’il ne peut jamais être une image de la vie...

Merci à tous pour ces reflexions et conseils qui me permettront de guider mon travail, vous m'avez déjà bien avancé je vais pouvoir partir sur de bonnes bases