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L'adjectif verbal latin et les adjectifs français en -able, -ible et -uble

Cette strophe d'Horace est tombée dans un examen national de latin au Portugal (1998).

Auream quisquis mediocritatem
Diligit, tutus caret obsoleti
Sordibus tecti, caret inuidenda
Sobrius aula.

Il y avait une question où les élèves devaient indiquer la valeur sémantique de l'adjectif verbal « inuidenda ». Voilà les corrigés officiels: « devoir être envié, à envier, enviable ». Dans la traduction, ils ont proposé « duquel on a de l'envie » et « digne d'envie ». Cependant, on peut lire dans un article de l'Académie française que « des adjectifs marquant la possibilité et construits avec les suffixes -able, -ible et -uble, il n'a été tiré que très peu de verbes » (http://www.academie-francaise.fr/decred … iscrediter), alors que l'adjectif verbal exprime plutôt une valeur modale déontique d'obligation. Qu'est-ce que vous en pensez ? Peut-on traduire l'adjectif verbal latin par le biais d'un adjectif en -able ?

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L'adjectif verbal latin et les adjectifs français en -able, -ible et -uble

L'adjectif verbal signifie en fait, pour schématiser, "à + infinitif". Donc, invidendus : à envier.
De cette valeur générale, on glisse vers 3 nuances principales :
- Obligation (delenda Carthago).
- Possibilité (invidendus).
- Destination, but (dare pueros educandos).

C'est pourquoi je prône la traduction par "à + inf." : c'est beaucoup moins laid que le traditionnel "devant être" + participe passé. En outre, cela couvre les trois nuances et évite de se demander si le sens est actif ou passif! 

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Un autre petit doute... Peut-on y voir une nuance factitive / causative ?

qui cause de l'envie

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Peut-on traduire l'adjectif verbal latin par le biais d'un adjectif en -able ?

Ma réponse est oui.
L'adjectif verbal (toujours de sens passif) attribut avec esse s'emploie traditionnellement pour signifier l'obligation.
amandus, a, um : devant être aimé.
Amandus est : il est devant être aimé => Comme le dit Jean-Luc Picard, on glisse.    => il faut l'aimer, il est aimable.

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Ici, le suffixe -able n'exprime pas strictement l'obligation, mais signifie plutôt "qui mérite d'être... digne d'être.." (aimable, admirable, adorable )
Tout comme le suffixe -ind en espéranto, d'ailleurs inspiré de la terminaison de l'adjectif verbal latin.

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Bien évidemment. Le suffixe able ou ible indique la possibilité plus que l'obligation.

On glisse...il faut l'aimer, on peut l'aimer, il est à aimer, il est aimable.

De ce point de vue, peut-on glisser jusqu'à la causalité ?

J'avoue que ce n'est pas pour moi spontanément le sens de l'adjectif verbal.

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Benveniste a longuement analysé le morphème indo-européen *-nd(o), qu'il oppose à la fois au suffixe *-nt et au suffixe *-to. Selon lui, ce morphème exprime l'agent passif d'un procès virtuel ; liber legendus signifie donc mot à mot "livre qui a vocation à être lu", d'où, en latin, les sens de futur passif, d'obligation ou de destination mis en valeur dans les grammaires.
Les adjectifs français en -able et -ible expriment la possibilité, comme le disent Gabiana et Jehan (la distinction entre "qui peut être..." et "qui mérite d'être ..." relève plus de la spécialisation sémantique), et donc ne peuvent rendre - sauf exception - l'adjectif verbal latin.
Quant à la cause, c'est autre chose.

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Damnabilis, at non damnanda : du fin  latiniste qu'était  Pie XI, à propos de l'Action Française : « Elle est à condamner, mais il ne faut pas la condamner. »

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Exemple lumineux, mais Pie XI n'a-t-il pas effectivement condamné l'Action Française ? Ou alors non damnanda exprime dans la phrase un autre point de vue que le sien ?

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Le mot que l’on prête à saint Pie X à propos de cette dernière nous paraît parfaitement résumer la situation : « Damnabilis, sed non damnanda ». L’Action française était condamnable (au moins en quelques points), même si pour un temps et pour des raisons pratiques il fallait surseoir à cette condamnation.

http://www.gregoirecelier.fr/Media/Char … 8-1952.pdf