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Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Bonsoir à tous, je m'appelle Zoé et je suis en licence de lettres modernes. J'ai un commentaire à faire sur un extrait du chapitre "Paris à vol d'oiseau" et j'aurais besoin d'un petit coup de pouce. On travaille sur la description en cours, il faut donc que j'axe mon commentaire là-dessus.

Tout d'abord voici l'extrait :

Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression que la moderne ne saurait plus vous donner, montez, un matin de grande fête, au soleil levant de Pâques ou de la Pentecôte, montez sur quelque point élevé d'où vous dominiez la capitale entière, et assistez à l'éveil des carillons. Voyez à un signal parti du ciel, car c'est le soleil qui le donne, ces mille églises tressaillir à la fois. Ce sont d'abord des tintements épars, allant d'une église à l'autre, comme lorsque des musiciens s'avertissent qu'on va commencer ; puis tout à coup voyez, car il semble qu'en certains instants l'oreille aussi a sa vue, voyez s'élever au même moment de chaque clocher comme une colonne de bruit, comme une fumée d'harmonie. D'abord, la vibration de chaque cloche monte droite, pure et pour ainsi dire isolée des autres, dans le ciel splendide du matin. Puis, peu à peu, en grossissant elles se fondent, elles se mêlent, elles s'effacent l'une dans l'autre, elles s'amalgament dans un magnifique concert. Ce n'est plus qu'une masse de vibrations sonores qui se dégage sans cesse des innombrables clochers, qui flotte, ondule, bondit, tourbillonne sur la ville, et prolonge bien au delà de l'horizon le cercle assourdissant de ses oscillations. Cependant cette mer d'harmonie n'est point un chaos. Si grosse et si profonde qu'elle soit, elle n'a point perdu sa transparence. Vous y voyez serpenter à part chaque groupe de notes qui s'échappe des sonneries ; vous y pouvez suivre le dialogue, tour à tour grave et criard, de la crécelle et du bourdon ; vous y voyez sauter les octaves d'un clocher à l'autre ; vous les regardez s'élancer ailées, légères et sifflantes de la cloche d'argent, tomber cassées et boiteuses de la cloche de bois ; vous admirez au milieu d'elles la riche gamme qui descend et remonte sans cesse les sept cloches de Saint-Eustache ; vous voyez courir tout au travers des notes claires et rapides qui font trois ou quatre zigzags lumineux et s'évanouissent comme des éclairs. Là-bas, c'est l'abbaye Saint-Martin, chanteuse aigre et fêlée ; ici, la voix sinistre et bourrue de la Bastille ; à l'autre bout, la grosse Tour du Louvre, avec sa basse-taille. Le royal carillon du Palais jette sans relâche de tous côtés des trilles resplendissants sur lesquels tombent à temps égaux les lourdes couppetées du beffroi de Notre-Dame, qui les font étinceler comme l'enclume sous le marteau. Par intervalles vous voyez passer des sons de toute forme qui viennent de la triple volée de Saint-Germain-des-Prés. Puis encore de temps en temps cette masse de bruits sublimes s'entr'ouvre et donne passage à la strette de l'Ave Maria qui éclate et pétille comme une aigrette d'étoiles. Au-dessous, au plus profond du concert, vous distinguez confusément le chant intérieur des églises qui transpire à travers les pores vibrants de leurs voûtes. - Certes, c'est là un opéra qui vaut la peine d'être écouté. D'ordinaire, la rumeur qui s'échappe de Paris le jour, c'est la ville qui parle ; la nuit, c'est la ville qui respire : ici, c'est la ville qui chante. Prêtez donc l'oreille à ce tutti des clochers, répandez sur l'ensemble le murmure d'un demi-million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles infinis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses buffets d'orgue, éteignez-y ainsi que dans une demi-teinte tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries ; que cette fournaise de musique ; que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierre hautes de trois cents pieds ; que cette cité qui n'est plus qu'un orchestre ; que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête.

J'ai trouvé beaucoup d'éléments stylistiques, qui m'aideront pour les exemples.

J'ai remarqué un aspect sonore omniprésent dans le texte, je pense que c'est peut être pour rendre la description de Paris vivante, montrait que ça a vraiment existé et aussi pour ne pas que le lecteur s'ennuie dans ces longues descriptions.
Je pensais faire une partie sur l'aspect sonore de Paris, une autre sur le la description étonnante qu'en fait l'auteur (le vol d'oiseau, l'utilisation des sens, les adjectifs qualificatifs très nombreux...), puis finir sur une partie qui expliquerait les limites de la description (objectivité de l'auteur, l'ennuie possible du lecteur, l'utilité d'un tel passage...)

Si quelqu'un pouvez m'aider un peu, j'avoue que l'extrait ne me parle pas beaucoup, j'ai du mal à imaginer faire une copie double là-dessus, je trouve mon plan nul.

Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

j'avoue que l'extrait ne me parle pas beaucoup

Pourtant, l'auteur se donne beaucoup de mal pour faire partager son enthousiasme.
Ce passage n'est pas une simple description, mais une invitation à découvrir.
Une description originale donc qui, plus qu'à voir donne effectivement à entendre, comme tu l'as noté.
Les images sont nombreuses.
Le vocabulaire est riche et laudatif.
Etudier tout cela en détail devrait déjà te fournir de la matière.

Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression que la moderne ne saurait plus vous donner, montez, un matin de grande fête, au soleil levant de Pâques ou de la Pentecôte, montez sur quelque point élevé d'où vous dominiez la capitale entière, et assistez à l'éveil des carillons. Voyez à un signal parti du ciel, car c'est le soleil qui le donne, ces mille églises tressaillir à la fois. Ce sont d'abord des tintements épars, allant d'une église à l'autre, comme lorsque des musiciens s'avertissent qu'on va commencer ; puis tout à coup voyez, car il semble qu'en certains instants l'oreille aussi a sa vue, voyez s'élever au même moment de chaque clocher comme une colonne de bruit, comme une fumée d'harmonie. D'abord, la vibration de chaque cloche monte droite, pure et pour ainsi dire isolée des autres, dans le ciel splendide du matin. Puis, peu à peu, en grossissant elles se fondent, elles se mêlent, elles s'effacent l'une dans l'autre, elles s'amalgament dans un magnifique concert. Ce n'est plus qu'une masse de vibrations sonores qui se dégage sans cesse des innombrables clochers, qui flotte, ondule, bondit, tourbillonne sur la ville, et prolonge bien au delà de l'horizon le cercle assourdissant de ses oscillations. Cependant cette mer d'harmonie n'est point un chaos. Si grosse et si profonde qu'elle soit, elle n'a point perdu sa transparence. Vous y voyez serpenter à part chaque groupe de notes qui s'échappe des sonneries ; vous y pouvez suivre le dialogue, tour à tour grave et criard, de la crécelle et du bourdon ; vous y voyez sauter les octaves d'un clocher à l'autre ; vous les regardez s'élancer ailées, légères et sifflantes de la cloche d'argent, tomber cassées et boiteuses de la cloche de bois ; vous admirez au milieu d'elles la riche gamme qui descend et remonte sans cesse les sept cloches de Saint-Eustache ; vous voyez courir tout au travers des notes claires et rapides qui font trois ou quatre zigzags lumineux et s'évanouissent comme des éclairs. Là-bas, c'est l'abbaye Saint-Martin, chanteuse aigre et fêlée ; ici, la voix sinistre et bourrue de la Bastille ; à l'autre bout, la grosse Tour du Louvre, avec sa basse-taille. Le royal carillon du Palais jette sans relâche de tous côtés des trilles resplendissants sur lesquels tombent à temps égaux les lourdes couppetées du beffroi de Notre-Dame, qui les font étinceler comme l'enclume sous le marteau. Par intervalles vous voyez passer des sons de toute forme qui viennent de la triple volée de Saint-Germain-des-Prés. Puis encore de temps en temps cette masse de bruits sublimes s'entr'ouvre et donne passage à la strette de l'Ave Maria qui éclate et pétille comme une aigrette d'étoiles. Au-dessous, au plus profond du concert, vous distinguez confusément le chant intérieur des églises qui transpire à travers les pores vibrants de leurs voûtes. - Certes, c'est là un opéra qui vaut la peine d'être écouté. D'ordinaire, la rumeur qui s'échappe de Paris le jour, c'est la ville qui parle ; la nuit, c'est la ville qui respire : ici, c'est la ville qui chante. Prêtez donc l'oreille à ce tutti des clochers, répandez sur l'ensemble le murmure d'un demi-million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles infinis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses buffets d'orgue, éteignez-y ainsi que dans une demi-teinte tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries ; que cette fournaise de musique ; que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierre hautes de trois cents pieds ; que cette cité qui n'est plus qu'un orchestre ; que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête.

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Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Il me semble que le plus important est de montrer qu'il s'agit d'une recomposition, d'un paysage rêvé, d'une résurrection romantique pleine de vie, d'une mise en perspective d'artiste.
Note en particulier les effets d'hypotypose (ici plus sonore que visuelle mais en tout cas une mise en oeuvre des synesthésies avant Baudelaire).
Le Paris médiéval de Victor Hugo est pittoresque. Il ne faut pas oublier que l'écrivain est son défenseur alors que les vestiges du passé laissent indifférent. Voir la "lettre aux démolisseurs". Enfin il conviendrait de noter le lien entre Moyen-âge et religion. Hugo est alors un continuateur du Génie du christianisme de Chateaubriand.
Il serait intéressant de comparer avec  Là-bas de Huysmans qui se désole de constater l'abandon des clochers.

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Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Merci pour votre aide. J'ai travaillé vos idées et elles vont dans le sens de mon travail et de mes idées.

Je compte aussi montrer qu'Hugo utilise un écran romantique (en m'appuyant sur la thérorie des écrans de Philippe Hamon).

J'aurais voulu aussi traité de l'impossibilité de décrire ce Paris médiéval. Pour moi toutes les figures de styles, le côté énumératif et l'utilisation de la musique montre qu'il est impossible de décrire ce lieu. Y a beaucoup trop d'informations, un peu comme la pieuvre décrite dans Les Travailleurs de la mer, au chapitre Le Montre.
Qu'en dites-vous ?

Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Impossibilité de décrire ce Paris médiéval

Donc, selon toi, malgré les figures de style, malgré les énumérations, malgré toutes ces notations sensorielles, Hugo aurait échoué, et cette description ne serait pas du tout évocatrice de ce qu'il veut exprimer ? Franchement, ça se discute...

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Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Je me suis mal exprimée. Ce n'est pas impossible mais pour moi c'est très difficile de le décrire, d'où les figures de style, les énumérations et notations sensorielles. D'ailleurs, même si il y arrive, on ne peut pas dire que son explication soit très claire, pour moi ça reste flou. On pourrait difficilement redessiner ce qu'il écrit si tu veux. C'est mon impression.

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Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression

Il ne faut pas attendre de Hugo une description réaliste. C'est un espace recomposé qu'il propose, foisonnant, exubérant. Un espace qui devient quasiment un personnage. Et le choix du point de vue : de haut en bas, lui sied ...

Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris à vol d’oiseau - Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression...

Dans l'esprit de l'écrivain, ici, il ne s'agit pas tant de décrire précisément, et seulement visuellement,  à la façon d'un compte rendu objectif à destination d'un dessinateur réaliste, mais de donner une impression globale qui concerne plus ou moins tous les sens. C'est vraiment une "immersion" dans le Paris de ce temps-là. Que tu ne ressentes de tout cela que le flou, c'est une affaire de sensibilité personnelle...