Flaubert, Madame Bovary, III, chapitre 6

Bonjour à tous,


Etant actuellement à la fac, après un semestre en hypokhâgne, j'ai à présent pour le cours "stylistique de la prose" un commentaire de texte sur Flaubert à faire.
Il s'agit du commentaire du chap 6 de la 3ème partie commençant par "Léon avait juré de ne plus revoir Emma" jusque "des camarades de Léon, qui parlaient d'aller souper".

Le cours étant basé sur la stylistique, mes recherches s'accentuent sur les effets de style de l'auteur et sur les figures utilisées. Contrairement aux autres textes précédents dont les figures me sautaient aux yeux, avec celui-ci, j'ai vraiment de grandes difficultés pour le commenter !

J'ai fait plusieurs recherches notamment sur la façon d'écrire de Flaubert. Il est évident, qu'il joue sur les accumulations et gradation, qu'il établit une ponctuation très spéciale (dans cet extrait beaucoup de points virgules suivis d'un conjonction de coordination par exemple), et qu'il charge son texte de nombreuses descriptions.

Pour ce qui est de mon plan, j'ai pensé à :

I. Un amour "contre nature"
II. Un amour capricieux.
III. Le bovarysme.

Je ne suis absolument pas fière de ce plan, pour lequel j'ai vraiment eut du mal à trouver des parties, et pour lequel je ne trouve même pas de sous-parties ! (oui oui, j'ai honte).

De plus, mise à part les accumulations, je ne parviens pas à repérer les figures de styles, alors que d'habitude, je suis plutôt douée ...

En bref, ce texte me perturbe, je n'arrive vraiment pas à le cerner, et cela me désespère un peu, au point de solliciter votre aide, aussi bien dans la structure du plan, que dans la stylistique de Flaubert (je sais c'est beaucoup demander ...)

Merci beaucoup !!

Flaubert, Madame Bovary, III, chapitre 6

Bonjour.

Je commence par afficher le texte en question, ce sera plus pratique pour une aide éventuelle.

Léon enfin avait juré de ne plus revoir Emma ; et il se reprochait de n’avoir pas tenu sa parole, considérant tout ce que cette femme pourrait encore lui attirer d’embarras et de discours, sans compter les plaisanteries de ses camarades, qui se débitaient le matin, autour du poêle. D’ailleurs, il allait devenir premier clerc : c’était le moment d’être sérieux. Aussi renonçait-il à la flûte, aux sentiments exaltés, à l’imagination, — car tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fût-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé des sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète.

Il s’ennuyait maintenant lorsque Emma, tout à coup, sanglotait sur sa poitrine ; et son cœur, comme les gens qui ne peuvent endurer qu’une certaine dose de musique, s’assoupissait d’indifférence au vacarme d’un amour dont il ne distinguait plus les délicatesses.

Ils se connaissaient trop pour avoir ces ébahissements de la possession qui en centuplent la joie. Elle était aussi dégoûtée de lui qu’il était fatigué d’elle. Emma retrouvait dans l’adultère toutes les platitudes du mariage.

Mais comment pouvoir s’en débarrasser ? Puis, elle avait beau se sentir humiliée de la bassesse d’un tel bonheur, elle y tenait par habitude ou par corruption ; et, chaque jour, elle s’y acharnait davantage, tarissant toute félicité à la vouloir trop grande. Elle accusait Léon de ses espoirs déçus, comme s’il l’avait trahie ; et même elle souhaitait une catastrophe qui amenât leur séparation, puisqu’elle n’avait pas le courage de s’y décider.

Elle n’en continuait pas moins à lui écrire des lettres amoureuses, en vertu de cette idée, qu’une femme doit toujours écrire à son amant.

Mais, en écrivant, elle percevait un autre homme, un fantôme fait de ses plus ardents souvenirs, de ses lectures les plus belles, de ses convoitises les plus fortes ; et il devenait à la fin si véritable, et accessible, qu’elle en palpitait émerveillée, sans pouvoir néanmoins le nettement imaginer, tant il se perdait, comme un dieu, sous l’abondance de ses attributs. Il habitait la contrée bleuâtre où les échelles de soie se balancent à des balcons, sous le souffle des fleurs, dans la clarté de la lune. Elle le sentait près d’elle, il allait venir et l’enlèverait tout entière dans un baiser. Ensuite elle retombait à plat, brisée ; car ces élans d’amour vague la fatiguaient plus que de grandes débauches.

Elle éprouvait maintenant une courbature incessante et universelle. Souvent même, Emma recevait des assignations, du papier timbré qu’elle regardait à peine. Elle aurait voulu ne plus vivre, ou continuellement dormir.

Le jour de la mi-carême, elle ne rentra pas à Yonville ; elle alla le soir au bal masqué. Elle mit un pantalon de velours et des bas rouges, avec une perruque à catogan et un lampion sur l’oreille. Elle sauta toute la nuit au son furieux des trombones ; on faisait cercle autour d’elle ; et elle se trouva le matin sur le péristyle du théâtre parmi cinq ou six masques, débardeuses et matelots, des camarades de Léon, qui parlaient d’aller souper.

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Flaubert, Madame Bovary, III, chapitre 6

Ce texte est intéressant par la multiplicité des points de vue. Peut-être pourrais-tu dégager les différentes focalisations et repérer la présence de l'auteur. Le réalisme selon Flaubert.
Flaubert joue également avec le discours indirect libre.
Quant à la structure : elle apparaît "croisée" : il/ils/elle
Ce texte illustre également la dégradation de la relation Léon/Emma, le désenchantement et la dualité : l'apparence et le ressenti.
Quant à Emma, elle voit s'affronter la réalité et l'illusion. Une dernière évasion dans le rêve et les stéréotypes romanesques.
Un jeu de masque et la vision d'une Emma de carnaval, touchante et pitoyable.

Flaubert, Madame Bovary, III, chapitre 6

Merci beaucoup pour ta réponse Floreale !
Cela va vraiment m'aider dans mon commentaire !
J'avais également repéré une opposition constante entre le vocabulaire utilisé, et qui s'opposait de lignes en lignes : jour/minute, adultère/mariage, amoureuses/amant, homme/fantôme, véritable/perdait, accessible/imagination, élans/brisée, dormir/vivre, nuit/matin.

Penses tu qu'il serait intéressant de l'évoquer au même titre qu'une Emma qui se perd à la fois dans le temps, mais aussi dans son esprit (ce qui reviendrai à réalité -homme,mariage,véritable, accessible- opposé à illusion -fantôme, adultère, amant, imagination-) ?

Par contre, il y a un point sur lequel je ne suis pas sûre de comprendre : la présence de l'auteur ?

Encore merci pour ton aide !

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Flaubert, Madame Bovary, III, chapitre 6

Présence de l'auteur ...

Pose-toi la question de savoir si ce texte est "objectif"  ou si la présence de l'auteur émaille discrètement le texte.

Flaubert, Madame Bovary, III, chapitre 6

J'en suis à la rédaction finale, merci encore pour ton aide Floreale !