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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Bonjour, je ne sais pas si "café philo" est le bon endroit pour demander de l'aide en philosophie sur ce forum donc excusez moi si je me suis trompée mais j'aurais quelques questions à propos de ce texte.

"Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps (quel plaisir de se connaître !) ; mais nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes ; ce qui le prouve, ce sont les reproches que nous adressons à d’autres, sans nous rendre compte que nous commettons les mêmes erreurs, aveuglés que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empêchent de juger correctement. Par conséquent, à la façon dont nous regardons dans un miroir quand nous voulons voir notre visage, quand nous voulons apprendre à nous connaître, c’est en tournant nos regards vers notre ami que nous pourrions nous découvrir, puisqu’un ami est un autre soi-même. Concluons : la connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami ; l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même."Aristote

Dans la phrase " aveuglés que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empêchent de juger correctement", Aristote veut bien dire que comme nous sommes trop indulgents avec nous mêmes nous ne voyons pas nos erreurs ?
Ah oui et quand il parle de l'homme qui se suffit à lui même, je ne comprend pas vraiment à quoi il fait référence, pouvez vous m'expliquer ?
Merci d'avance pour votre aide.

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Ta première réponse est la bonne : notre jugement sur nous-mêmes est trop subjectif, il est déformé par notre indulgence et aveuglé par nos passions. Dans la tragédie grecque les dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre. L'hybris ou la démesure conduit l'homme à sa perte.
Comment comprendre "l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même" ?
C'est une critique. Il faut lire "l’homme qui a le tort de se suffire à soi-même" ou "l’homme qui se trompe en se suffisant à soi-même".

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Merci pour vos réponses.
Concernant la dernière phrase, l'homme qui se suffit à lui même est-ce l'homme qui s'aime et qui est orgueilleux ou le sage ?
Ah oui et quand Aristote dit qu'on a besoin de l'amitié pour apprendre à se connaitre car un ami est un autre soi même. Est ce parce qu'en regardant notre ami on se regarde en même temps et on apprend ainsi à se connaitre ou est ce le fait qu'un ami peut nous conduire à réfléchir à ce que l'on est en nous disant de nous remettre en question par exemple ?
Merci d'avance pour vos réponses.

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Pour la 1re question, il est évident qu'il ne peut s'agir du sage.
Pour la 2de, l'ami porte un regard objectif, de plus un véritable ami veut le bien de l'autre.

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Jean-Luc a écrit :

Pour la 1re question, il est évident qu'il ne peut s'agir du sage.

C'est compliqué, l'idée d'autarcie chez Aristote n'est pas une réclusion sur soi-même. Si le sage "se suffit à lui-même", c'est parce qu'il possède ce qu'il désire, c'est-à-dire Dieu. Pour lui, se suffire à soi-même, c'est ne pas être frustré de Dieu.

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Excusez moi, mais je suis un peu perdue. Qu'est ce selon Aristote qu'un homme qui se suffit à soi même ?

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Si le sage se suffit à lui-même c'est par la philosophie :

"Connaître et savoir pour connaître et savoir : tel est le caractère principal de la science du suprême connaissable, car celui qui veut connaître pour connaître choisira de préférence la science parfaite, c'est-à-dire la science du connaissable par excellence. […] Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu'ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Il est donc évident que nous n'avons en vue, dans la Philosophie, aucun intérêt étranger.[…] Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n'est pas la fin d'autrui, ainsi cette science est aussi la seule qui soit libre, car seule elle est sa propre fin. Aussi est-ce à bon droit qu'on pourrait estimer plus qu'humaine la possession de la Philosophie. De tant de manières, en effet, la nature de l'homme est esclave que, suivant Simonide "Dieu seul peut jouir de ce privilège", mais il est indigne de l'homme de ne pas se contenter de rechercher la science qui lui est proportionnée. Si comme le prétendent les poètes, la divinité est naturellement jalouse, cette jalousie devrait surtout vraisemblablement s'exercer à l'endroit de la Philosophie, et tous les hommes qui y excellent devraient être malheureux. Mais il n'est pas admissible que la divinité soit jalouse (selon le proverbe, "les poètes sont de grands menteurs"), et on ne peut pas penser non plus qu'une science soit plus précieuse que celle-là. En effet la plus divine est aussi la plus précieuse, et celle-ci est seule la plus divine, à un double titre : une science divine est celle qu'il serait le plus digne pour Dieu de posséder, et qui traiterait des chose divines. Or la Philosophie, seule, se trouve présenter ce double caractère : Dieu paraît bien être une cause de toutes choses et un principe, et une telle science, Dieu seul, ou du moins Dieu principalement, peut la posséder. Toutes les autres sciences sont donc plus nécessaires qu'elle, mais aucune ne l'emporte en excellence." (Métaphysique, A, 2, 982a30...)

Le passage que vous avez à commenter, surtout la phrase "l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même" témoigne de la tension constante qu'on trouve chez Aristote (comme chez Platon) entre la pensée pratique et la pensée mystique, entre la politique (et la morale) et la métaphysique.

Au fond, Aristote nous dit qu'il est plus simple de connaître Dieu que de se connaître soi-même. Connaître Dieu, c'est entrer dans la connaissance que Dieu a de lui-même, puisque selon lui, Dieu est "pensée de la pensée", est une pensée qui se pense elle-même. Le problème est que dans le cas de l'homme, il est "aveuglé" sur lui-même "par l’indulgence et la passion" et qu'il ne peut se connaître directement lui-même comme Dieu peut se connaître. Il faut à l'homme un miroir par le biais duquel il pourra se connaître. Ce miroir est l'ami : "nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes […] quand nous voulons apprendre à nous connaître, c’est en tournant nos regards vers notre ami que nous pourrions nous découvrir, puisqu’un ami est un autre soi-même". Il faut faire un détour, passer par le miroir de l'alter ego, pour se connaître soi-même.

Aristote dit aussi que "la vie ne vaudrait pas d'être vécue sans amis", il reste toujours attaché à la vie sociale, chaleureusement humaine, amicale et heureuse. Alors que le platonisme poussé à sa limite donne la fameuse sortie du néo-platonicien Plotin : "Fuir seul vers le Seul".

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Merci pour votre aide. Pensez vous que le plan suivant conviendrait pour cette explication de texte ?
1) Les caractéristiques et le problème que pose la connaissance de soi
a) difficulté
b) plaisir
c) l'obstacle "l'indulgence et la passion"

2)La solution de ce problème : l'amitié
a) La comparaison au miroir utilisée par Aristote pour mettre en avant la solution au problème
b) expliquer pourquoi "un ami est un autre soi même"
c)la conclusion d'Aristote tout homme a besoin de l'amitié pour apprendre à se connaitre, même celui qui se suffit à lui même

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

Victor24 a écrit :

Au fond, Aristote nous dit qu'il est plus simple de connaître Dieu que de se connaître soi-même.

Je n'irais pas jusque-là même pour la beauté apparente du paradoxe.

En revanche je conseillerais à blasi123 de se pencher sur cette expression insolite de "très grand plaisir". Aristote motive l'apprenti philosophe dans sa recherche par le plaisir. Mais quel plaisir ?
Satisfaction intellectuelle de se penser à sa juste place dans l'ordre du monde ? de jouir de l'exercice de la raison ?
Paix d'échapper au désordre de la démesure ? d'échapper au repli sur soi ? de dépasser la prison du moi ?
Joie d'être aimé par un ami ? Sérénité d'appartenir à la communauté humaine ?
La démonstration aristotélicienne cherche ici à dépasser l'aridité du raisonnement par une promesse de bonheur.

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Aristote - Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps...

J'aurais mis que nous éprouvons du plaisir
- quand l'on découvre notre intériorité ou notre personnalité,
- lorsque nos actions sont en accord avec notre pensée sur nous mêmes

Nous apprenons beaucoup de chose extérieures à nous ce qui peut nous procurer un certain plaisir  mais quand cela nous concerne, le plaisir est plus grand.
La connaissance de soi est difficile donc si on y parvient ou si on progresse dans cette connaissance, le plaisir sera plus grand que si cela était facile.
Nous apprenons à nous connaitre grâce à l’amitié qui est elle aussi source de plaisir.
Est ce juste ? Que pensez vous de mon plan ?