Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Bonsoir,

Je suis une élève de 1ère S et, pour la semaine prochaine, je dois faire une dissertation qui a pour sujet

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir?
Vous répondrez en vous appuyant sur les œuvres étudiées cette année (Ubu Roi et Macbeth) et sur les pièces de théâtre que vous connaissez.

Je sais que je dois faire un plan thématique mais je n'ai aucune idée de comment organiser mes idées.
A part Ubu Roi et Macbeth, je connais juste Créon dans Antigone d'Anouilh et un peu Layos dans Oedipe Roi.
Je n'ai pas trop saisi les termes de "pouvoir" et de "figure du roi".. On m'a dit que le "pouvoir" avait un rapport avec la "politique" mais j'ai du mal
Quelques unes de mes idées:

  • Dans Ubu Roi, je parle d'Ubu et de Venceslas

  • Dans Macbeth, je parle de Duncan, Macbeth et Macduff

  • Une comparaison entre Ubu et Macbeth car j'ai étudié ces personnages en cours

  • D'autres rois comme Layos et Créon (je n'ai pas encore creusé pour ces personnages)

  • Rois légitimes et usurpateurs: un roi usurpateur commet un crime pour sa place

Le sujet est vraiment flou pour moi, j'ai vraiment du mal à le comprendre..

Merci d'avance à ceux qui vont bien vouloir m'éclairer 

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

- La figure du roi, c'est l'image que le dramaturge donne de celui-ci, par exemple, dans Ubu est un personnage tyrannique, sanguinaire, cupide, mais stupide et ridicule...
- Attention, chez Sophocle, ce n'est pas Laïos qu'il faut considérer, mais Oedipe...

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Merci! C'est pas du tout ce que j'avais compris donc ça m'avance bien

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Par exemple le théâtre peut faire une satire du pouvoir ; la pièce peut aussi donner l'image d'un roi exemplaire, un bon roi qui serait comme un idéal à atteindre ; une pièce peut être l'occasion de dénoncer les abus de pouvoir à travers un personnage imaginaire qui symboliserait tous les tyrans. Les pièces peuvent soulever à travers une fiction les problèmes liés à l'exercice du pouvoir.

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Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Regarde ces pages du site https://www.etudes-litteraires.com/macbeth.php particulièrement dans la partie désordre.
Cherche ce qui concerne l'image du roi : ses rapports au sacré, l'image du père, du guide, la royauté de service...
Les pièces que tu as étudiées offrent des représentations diverses de ces réalités humaines, politiques, mythiques, religieuses... Au centre figure bien le pouvoir, mais pour qui ? pour quoi ? avec le risque de perturber l'ordre du monde...

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Merci pour votre aide! 
Pour mon plan, je parle dans une partie d'une des figures du roi, et dans l'autre d'une autre figure, mais je n'ai pas d'idée concernant une troisième partie.. Je dois faire un lien entre les deux première? Ou trouver quelque chose de différent?

Aidez-moi s'il vous plait.. Je dois rendre ma dissertation demain et je bloque vraiment sur mon plan.
J'ai:

I. La figure du roi tragique
II. La figure du roi comique
III. ...

Je n'ai pas d'idée pour mon III...

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Ce plan, purement descriptif, ne permettra pas de traiter le sujet. N'oublie pas que ce dernier consiste à montrer comment le théâtre permet de s'interroger sur le pouvoir, non à décrire simplement des figures de rois.
Je ne connais hélas pas suffisamment Shakespeare pour en parler ; tu pourras profiter de ce qu'en a dit Jean-Luc.
Pour ce qui est d'Ubu Roi, c'est par le grossissement, les invraisemblances et l'absurdité (autant de choses à démontrer, bien sûr), que l'auteur (bien malgré lui au départ) nous invite à nous représenter la figure du tyran à l'état "brut", dégagé de toute complexité psychologique et dont la prise de pouvoir ne s'inscrit dans aucun contexte historique reconnaissable (ce n'est pas pour rien que l'intrigue se situe dans une Pologne qui n'existe plus à son époque). Rien d'autre que les bas instincts du couple royal ne peut donc expliquer cette tyrannie ou lui donner des "circonstances atténuantes" (la fameuse raison d'état, par exemple...).
Avec Oedipe, on est dans une image opposée du roi : Oedipe, c'est le roi providentiel - n'a-t-il pas délivré Thèbes de la Sphinge ? -, aimé et respecté de ses sujets, qui mène une "enquête" pour découvrir le meurtrier de Laïos sans s'apercevoir, malgré les mises en garde de Tirésias, que le coupable qu'il cherche n'est autre que lui-même ! Oedipe, par une inversion classique, c'est le roi aveugle quand il voyait, clairvoyant une fois devenu aveugle (la vérité crève toujours les yeux !), le roi redevenu simple humain, dont la condition est maintenant de souffrir jusqu'à la mort sous le poids d'un destin qu'il n'a pas mérité.

Bref, le plan que tu pourrais adopter serait :
- Le pouvoir tyrannique (deux cas : Ubu et Macbeth)
- Le pouvoir providentiel ou bienveillant (cf Jean-Luc)
- Le pouvoir, facteur d'aliénation (Oedipe et, dans une certaine mesure, Macbeth et même Ubu).

Conseil : ne consacre pas chaque partie à une seule figure de roi et n'oublie pas le comment.

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Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

jacquesvaissier a écrit :

Avec Oedipe, on est dans une image opposée du roi : Oedipe, c'est le roi providentiel - n'a-t-il pas délivré Thèbes de la Sphinge ? -, aimé et respecté de ses sujets, qui mène une "enquête" pour découvrir le meurtrier de Laïos sans s'apercevoir, malgré les mises en garde de Tirésias, que le coupable qu'il cherche n'est autre que lui-même ! Oedipe, par une inversion classique, c'est le roi aveugle quand il voyait, clairvoyant une fois devenu aveugle (la vérité crève toujours les yeux !), le roi redevenu simple humain, dont la condition est maintenant de souffrir jusqu'à la mort sous le poids d'un destin qu'il n'a pas mérité.

Ce n'est pas exactement cela qu'on lit dans l'Oedipe Roi de Sophocle. Vous avez raison quand vous rappelez qu'Oedipe est un roi providentiel, c'est un étranger de Corinthe ayant accédé au pouvoir à Thèbes pour le service qu'il a rendu à la ville. Mais il ne mène pas lui-même une enquête sur la mort de Laios, il rappelle l'enquête qui avait été menée par d'autres et avait conclu à un assassinat par des bandits de grand chemin. L'enquête que mène Oedipe porte sur le complot qui est tramé contre lui. Le plan de la pièce est très clair :

I. Oedipe roi, Créon rien

II. Diffusion de la rumeur (développement du mythe, invraisemblance, rocambolesque, merveilleux)

III. Créon roi, Oedipe rien

La rumeur qui se répand dans le peuple et qui a été lancée par Tirésias est la suivante :

Si le peuple souffre une épidémie de peste, c'est à cause d'un responsable, d'une faute qui a été commise, il faut chasser le coupable et l'épidémie cessera. Le coupable désigné est Oedipe et la faute commise est la plus lourde possible : inceste+parricide.

Bien évidemment, le bannissement d'un "coupable" n'a jamais fait cesser la moindre épidémie ni la moindre calamité. Mais les peuples s'en persuadent facilement. Et c'est le ressort politique de la pièce de Sophocle. Son Oedipe comprend parfaitement la manoeuvre qui est jouée contre lui et aussi d'où elle vient, de Créon assisté de Tirésias. À un moment Oedipe le dit ouvertement, c'est lui ou moi ; mais ça femme le dissuade de faire exécuter Créon, et c'est Oedipe qui perd le pouvoir.

On peut aussi décrire ainsi le plan de la pièce :

I. Oedipe roi - dynastie corinthienne

II. Coup d'État - bannissement d'Oedipe

III. Créon roi - dynastie thébaine

Et même remonter plus loin :

I. Laios roi - branche aînée de la dynastie thébaine

II. Meurtre de Laios

III. Créon régent - branche cadette de la dynastie thébaine

IV. Oedipe roi - dynastie corinthienne

V. Coup d'État - bannissement d'Oedipe

VI. Créon régent - branche cadette de la dynastie thébaine

On voit que l'histoire d'Oedipe est celle d'une dynastie étrangère qui s'intercale au moment où la branche cadette de la dynastie thébaine doit assurer la succession royale, la branche aînée s'étant éteinte avec Laios mort sans héritier.

Le talent de Sophocle est de mettre en scène le coup d'État jusque dans ses rouages les plus secrets, la manoeuvre géniale de Créon qui est de dissimuler sa rivalité avec Oedipe sous une banale affaire de bouc émissaire : Créon, avec la complicité de Tirésias, a fait d'Oedipe, qui est son ennemi personnel, un ennemi du peuple, le "un contre un" est dissimulé sous le "tous contre un" ; et un homme seul ne peut rien contre le peuple tout entier rassemblé contre lui. C'est la manoeuvre politique parfaite. Et terrible parce qu'elle est une défaite de la rationalité face à la superstition. Oedipe en effet, rappelle l'enquête de police qui a été menée sur le meurtre de Laios, il rappelle que les devins ne sont que des charlatans et des escrocs, il se raccroche à la rationalité, mais qui ne peut rien contre la superstition, une fois que la rumeur a été répandue dans le peuple qu'il était le responsable de l'épidémie de peste, c'en a été fini de lui.

Telle est la trame présentée par Sophocle. Bien évidemment, tous les éléments du mythe sont présents, on les retrouve tous, mais l'apport de Sophocle est en rupture avec les éléments légendaires. Il y a d'autres textes importants exposant le même type de manoeuvre où un couverture religieuse dissimule une manoeuvre bassement politique, dans le Mabinogion de Pwyll, un texte gallois, ou L'Histoire romaine de Tite-Live par exemple.

Enfin, la difficulté est de lire le texte de Sophocle sans les distorsions apportées par la lecture de Freud. L'Oedipe roi de Sophocle est un texte dont le fond est essentiellement politique et très peu psychologique.

Voilà.

Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Sophocle a intitulé sa tragédie Œdipe tyran.
Tyran au sens grec : celui dont le pouvoir n'est pas légitime, l'usurpateur. Un usurpateur peut faire un excellent souverain comme Pisistrate ou bien justement Œdipe, qui finalement se sacrifie pour sauver son peuple, mais il reste un usurpateur.
Usurpateur,  il perturbe l'ordre du monde, c'est cela sa faute, et non d'avoir tué en légitime défense un inconnu.

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Comment le théâtre, à travers la figure du roi, permet-il de s'interroger sur le pouvoir ?

Bonjour Delia,

dans la pièce de Sophocle Oedipe ne "se" sacrifie pas, il est banni de Thèbes pour avoir provoqué une épidémie de peste. C'est cela sa "faute". Si le peuple n'avait pas été persuadé qu'il avait déclenché l'épidémie et que son bannissement la ferait cesser, il n'y aurait pas eu d'histoire.