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Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique - La solitude n'est pas une situation immuable...

Bonjour.

J'ai une explication de texte à faire, sur l'un des ouvrages les plus célèbres de Tournier (et un des plus connus du siècle dernier), que je trouve intéressant, pourtant je me rends compte que je bloque pas mal. Voici l'extrait :

La solitude n'est pas une situation immuable où je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C'est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructif. Le premier jour, je transitais entre deux sociétés humaines également imaginaires : l'équipage disparu et les habitants de l'île, car je la croyais peuplée. J'étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord. Je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis elle s'est révélée déserte. J'avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s'enfonçait dans la nuit. Leurs voix s'étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l'inexorable travail.

Je sais maintenant que chaque homme porte en lui — et comme au-dessus de lui — un fragile et complexe échafaudage d'habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s'est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s'étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers... Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l'usage de la parole, et je combats de toute l'ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent elles-mêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu'un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d'un monument, ce n'est pas par goût de l'accessoire. Les personnages donnent l'échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles, qui ajoutent au point de vue réel de l'observateur d'indispensables virtualités.

Pour le contexte, je ne sais pas trop quoi dire, si ce n'est qu'on est au milieu du XX°, il y a une montée de l'individualisme ?

Pour la problématique, je dirais quelque chose comme "Quel est le rôle d'autrui ?" mais c'est un peu bateau et maladroit je trouve.

Pour le plan (enfin le découpage, l'articulation du texte) je dirais :
I - définition de la solitude ("la solitude […] purement destructif")
II - Conséquences de la solitude ("le premier jour […] inexorable travail")
III - Le rôle d'autrui ? ("je sais maintenant […] d'indispensables virtualités")

J'ai du mal à tirer les idées principales du texte ?

Merci par avance à celles et ceux qui pourront un peu éclairer ma lanterne. Bonne semaine.

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Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique - La solitude n'est pas une situation immuable...

Regarde ces pages du site https://www.etudes-litteraires.com/tour … ifique.php
Quant à la problématique, elle pourrait examiner comment ce texte illustre ou démontre une position aristotélicienne : "l'homme est un animal social (ou politique)", une culture rationnelle occidentale.

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Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique - La solitude n'est pas une situation immuable...

Merci pour ta réponse et pour le lien de la page, que j'ai lue entièrement, mais hélas ne correspond pas vraiment à ma requête, qui est centrée sur un texte (mon explication devant partir de l'extrait que j'ai mis plus haut). Le lien est essentiellement centré sur la fin de l'ouvrage et l'évolution générale de Robinson.  Le passage du "rapport à autrui" pourrait éventuellement m'aider, mais je n'arrive pas à en tirer grand chose, c'est le flou total.
Qu'en est-il de mon plan, quelqu'un a t-il des commentaires à apporter sur ce que j'ai proposé ? Je suis particulièrement nul dans cet exercice.
Merci Jean-Luc pour l'éclairage sur la problématique, je vais alors me tourner du côté d'Aristote, je reviendrai ici mettre mon travail quand j'aurai un peu avancé.

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Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique - La solitude n'est pas une situation immuable...

Il faut justement replacer l'extrait dans son contexte.
Robinson est un produit de la culture occidentale.
Il est angoissé de perdre ses repères, mais il va découvrir sa nature animale sous le vernis civilisateur pour parvenir au bonheur de vivre en symbiose avec la nature.
Il lui faudra désapprendre sa rationalité et son surmoi social (pour parler comme Freud).
L'extrait que tu étudies se situe au moment où Robinson va devoir quitter des rives familières.