1

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Bonsoir à tous !

J'ai crée ce topic car j'ai un corpus à faire pour vendredi prochain, et je n'ai vraiment trouvé aucune piste malgré que je n'arrête pas de relire les textes qui le composent 
La question est "quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent ils ?"
Voici les 5 documents pour ceux qui accepteront de m'aider:

MOLIERE, Le Malade Imaginaire, Acte II Scène 6, 1673

ARGAN
Allons, ma fille, touchez dans la main de monsieur, et lui donnez votre foi, comme à votre mari.

ANGELIQUE
Mon père!

ARGAN
Eh bien, mon père! Qu'est-ce que cela veut dire?

ANGELIQUE
De grâce, ne précipitez pas les choses. Donnez-nous au moins le temps de nous connaître, et de voir naître en nous, l'un pour l'autre, cette inclination si nécessaire à composer une union parfaite.

THOMAS DIAFOIRUS
Quant à moi mademoiselle, elle est déjà toute née en moi; et je n'ai pas besoin d'attendre davantage.

ANGELIQUE
Si vous êtes si prompt, monsieur, il n'en est pas de même de moi; et je vous avoue que votre mérite n'a pas encore assez fait d'impression dans mon âme.

ARGAN
Oh! bien, bien; cela aura tout le loisir de se faire quand vous serez mariés ensemble.

ANGELIQUE
Eh! mon père, donnez-moi du temps, je vous prie. Le mariage est une chaîne où l'on ne doit jamais soumettre un coeur par force; et, si monsieur est honnête homme, il ne doit point vouloir accepter une personne qui serait à lui par contrainte.

THOMAS DIAFOIRUS
Nego consequentiam, mademoiselle; et je puis être honnête homme et vouloir bien vous accepter des mains de monsieur votre père.

ANGELIQUE
C'est un méchant moyen de se faire aimer de quelqu'un, que de lui faire violence.

THOMAS DIAFOIRUS
Nous lisons des anciens, mademoiselle, que leur coutume était d'enlever par force, de la maison des pères, les filles qu'on menait marier, afin qu'il ne semblât pas que ce fût de leur consentement qu'elles convolaient dans les bras d'un homme.

ANGELIQUE
Les anciens, monsieur, sont les anciens; et nous sommes les gens de maintenant. Les grimaces ne sont point nécessaires dans notre siècle; et, quand un mariage nous plaît, nous savons fort bien y aller, sans qu'on nous y traîne. Donnez-vous patience; si vous m'aimez, monsieur, vous devez vouloir tout ce que je veux.

THOMAS DIAFOIRUS
Oui, mademoiselle, jusqu'aux intérêts de mon amour exclusivement.

ANGELIQUE
Mais la grande marque d'amour, c'est d'être soumis aux volontés de celle qu'on aime.

THOMAS DIAFOIRUS
Distinguo, mademoiselle: dans ce qui ne regarde point sa possession, concedo ; mais dans ce qui la regarde, nego.

MONTESQUIEU, Lettres Persanes, Lettre XXVI, 1721


USBEK À ROXANE.
Au sérail d’Ispahan.

Que vous êtes heureuse, Roxane, d’être dans le doux pays de Perse, et non pas dans ces climats empoisonnés où l’on ne connoît ni la pudeur ni la vertu ! Que vous êtes heureuse ! Vous vivez dans mon sérail comme dans le séjour de l’innocence, inaccessible aux attentats de tous les humains ; vous vous trouvez avec joie dans une heureuse impuissance de faillir ; jamais homme ne vous a souillée de ses regards lascifs : votre beau-père même, dans la liberté des festins, n’a jamais vu votre belle bouche : vous n’avez jamais manqué de vous attacher un bandeau sacré pour la couvrir. Heureuse Roxane, quand vous avez été à la campagne, vous avez toujours eu des eunuques, qui ont marché devant vous, pour donner la mort à tous les téméraires qui n’ont pas fui à votre vue. Moi-même, à qui le ciel vous a donnée pour faire mon bonheur, quelle peine n’ai-je pas eue pour me rendre maître de ce trésor, que vous défendiez avec tant de constance ! Quel chagrin pour moi, dans les premiers jours de notre mariage, de ne pas vous voir ! Et quelle impatience quand je vous eus vue ! Vous ne la satisfaisiez pourtant pas ; vous l’irritiez, au contraire, par les refus obstinés d’une pudeur alarmée : vous me confondiez avec tous ces hommes à qui vous vous cachez sans cesse. Vous souvient-il de ce jour où je vous perdis parmi vos esclaves, qui me trahirent et vous dérobèrent à mes recherches ? Vous souvient-il de cet autre où, voyant vos larmes impuissantes, vous employâtes l’autorité de votre mère pour arrêter les fureurs de mon amour ? Vous souvient-il, lorsque toutes les ressources vous manquèrent, de celles que vous trouvâtes dans votre courage ? Vous mîtes le poignard à la main et menaçâtes d’immoler un époux qui vous aimoit, s’il continuoit à exiger de vous ce que vous chérissiez plus que votre époux même. Deux mois se passèrent dans ce combat de l’amour et de la vertu. Vous poussâtes trop loin vos chastes scrupules : vous ne vous rendîtes pas même après avoir été vaincue ; vous défendîtes jusqu’à la dernière extrémité une virginité mourante : vous me regardâtes comme un ennemi qui vous avoit fait un outrage ; non pas comme un époux qui vous avoit aimée ; vous fûtes plus de trois mois que vous n’osiez me regarder sans rougir : votre air confus semblait me reprocher l’avantage que j’avois pris. Je n’avois pas même une possession tranquille ; vous me dérobiez tout ce que vous pouviez de ces charmes et de ces grâces ; et j’étois enivré des plus grandes faveurs sans avoir obtenu les moindres.

ROUSSEAU, Emile Ou De L'Education, Livre V, 1762

La femme est faite spécialement pour plaire à l'homme ; si l'homme doit lui plaire à son tour, c'est d'une nécessité moins directe, son mérite est dans sa puissance, il plaît par cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amour, j'en conviens ; mais c'est celle de la nature, antérieure à l'amour même. Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme et négliger celles qui leur sont propres, c'est donc visiblement travailler à leur préjudice : les rusées le voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant d'usurper nos avantages elles n'abandonnent pas les leurs ; mais il arrive de là que, ne pouvant bien ménager les uns et les autres, parce qu'ils sont incompatibles, elles restent au dessous de leur portée sans se mettre à la nôtre, et perdent la moitié de leur prix. Croyez moi, mère judicieuse, ne faites point de votre fille un honnête homme, comme pour donner un démenti à la nature, faites en une honnête femme, et soyez sûre qu'elle en vaudra mieux pour elle et pour nous.
     L'inconstance des goûts leur est aussi funeste que les excès, et l'un et l'autre leur vient de la même source. Ne leur ôtez pas la gaieté, les ris, le bruit, les folâtres jeux, mais empêchez qu'elles ne se rassasient de l'un pour courir à l'autre, ne souffrez pas qu'un seul instant de leur vie elles ne connaissent plus de frein. Accoutumez-les à se voir interrompre au milieu de leurs jeux et ramener à d'autres soins sans murmurer. La seule habitude suffit encore en ceci, parce qu'elle ne fait que seconder la nature.
     Il résulte de cette contrainte une docilité dont les femmes ont besoin toute leur vie, puisqu'elles ne cessent jamais d'être assujetties ou à un homme ou aux jugements des hommes, et qu'il ne leur est jamais permis de se mettre au dessus de ces jugements. La première et la plus importante qualité d'une femme est la douceur ; faite pour obéir à un être aussi imparfait que l'homme, souvent si plein de vices, et toujours si plein de défauts, elle doit apprendre de bonne heure à souffrir même l'injustice, et à supporter les torts d'un mari sans se plaindre ; ce n'est pas pour lui, c'est pour elle qu'elle doit être douce : l'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font jamais qu'augmenter leurs maux et les mauvais procédés des maris ; ils sentent que ce n'est pas avec ces armes là qu'elles doivent les vaincre. Le ciel ne les fit point insinuantes et persuasives pour devenir acariâtres ; il ne les fit point faibles pour être impérieuses ; il ne leur donna point une voix si douce pour dire des injures ; il ne leur fit point des traits si délicats pour les défigurer par la colère. Quand elles se fâchent, elles s'oublient ; elles ont souvent raison de se plaindre, mais elles ont toujours tort de gronder. Chacun doit garder le ton de son sexe ; un mari trop doux peut rendre une femmes impertinente ; mais à moins qu'un homme ne soit un monstre, la douceur d'une femme le ramène et triomphe de lui tôt ou tard.
     Justifiez toujours les soins que vous imposez aux jeunes filles, mais imposez leur en toujours. L'oisiveté et l'indocilité sont les deux défauts les plus dangereux pour elles et dont on guérit le moins quand on les a contractés. Les filles doivent être vigilantes et laborieuses ; ce n'est pas tout ; elles doivent être gênées de bonne heure. Ce malheur, si c'en est un pour elles, est inséparable de leur sexe, et jamais elles ne s'en délivrent que pour en souffrir de bien plus cruels. Elles seront toute leur vie asservies à la gêne la plus continuelle qui est celle des bienséances : il faut les exercer d'abord à la contrainte, afin qu'elle ne leur coûte jamais rien, à dompter toutes leurs fantaisies pour les soumettre aux volontés d'autrui.


Simone de BEAUVOIR, Le Deuxième Sexe, 1949

On ouvre aux femmes les usines, les facultés, les bureaux mais on continue à considérer que le mariage
est pour elle une carrière des plus honorables qui la dispense de toute autre participation à la vie
collective. Comme dans les civilisations pr
imitives, l’acte amoureux est chez elle un service
qu’elle a le
droit de se faire plus ou moins directement payer. […] Et
la femme mariée est autorisée à se faire
entretenir par son mari ; elle est en outre revêtue d’une dignité sociale très supérieure à
celle de la
célibataire... Comment le mythe de Cendrillon ne garderait
-
il pas toute sa valeur ? Tout encourage
encore la jeune fille à attendre du « prince charmant » fortune et bonheur plutôt qu’à en tenter seule la
difficile et incertaine conquête. En p
articulier, elle peut espérer accéder grâce à lui à une caste
supérieure à la sienne, miracle que ne récompensera pas le travail de toute sa vie. Mais un tel espoir est
néfaste parce qu’il divise ses forces et ses intérêts ; c’est cette division qui est pe
ut
-
être pour la femme le
plus grave handicap. Les parents élèvent encore leur fille en vue du mariage plutôt qu’ils ne favorisent
son développement personnel ; elle y voit tant d’avantages qu’elle le souhaite elle
-
même ;
il en résulte
qu’elle est souvent m
oins spécialisée, moins solidement formée que ses frères, elle s’engage moins
totalement dans sa profession ; par là elle se voue à y rester inférieure ; et le cercle vicieux se noue :
cette infériorité renforce son désir de trouver un mari […]
Tout enga
ge les femmes à vouloir ardemment plaire aux hommes. Elles sont encore dans l’ensemble en
situation de vassalité. Il s’ensuit que la femme se connaît et se choisit non en tant qu’elle existe
pour soi
mais telle que l’homme la définit.
[…]
Comment les fe
mmes auraient
-
elles jamais eu du génie alors que toute possibilité d’accomplir une
œuvre
géniale

ou même une
œuvre
tout court

leur était refusée?
[…]
La femme libre est seulement
en train de naître ; quand elle se sera conquise, peut
-
être justifiera
-
t
-
elle la prophétie de Rimbaud : « Les
poètes seront !
Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle,
l’homme

jusqu’ici abominable

lui ayant donné son renvoi, elle sera poète elle aussi ! La femme
trouvera l’incon
nu ! Ses mondes d’idées différeront
-
ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges,
insondables, repoussantes, délicieuses, nous les prendrons, nous les comprendrons
1
». Il n’est pas sûr
que ces « mondes d’idées » soient différents de ceux des hommes p
uisque c’est en s’assimilant à eux
qu’elle s’affranchira ; pour savoir dans quelle mesure elle demeurera singulière, dans quelle mesure ces
singularités garderont de l’importance, il faudrait se hasarder à des anticipations bien hardies. Ce qui est
certain
, c’est que jusqu’ici les possibilités de la femme ont été étouffées et perdues pour l’humanité et
qu’il est grand temps dans son intérêt et dans celui de tous qu’on lui laisse enfin courir toutes ses
chances.


Voilà... J'ai déjà fait mon intro en présentant les 5 documents ainsi que la problématique mais je n'ai aucune idée de ce que je dois mettre comme axes de développement...
J'ai constaté que 3 de ces documents ont été réalisé pas des hommes, ce qui donne un point de vu externe sur la situation des femmes, une sorte de constatation, tandis que les deux derniers créés par des femmes montre ce qu'elles ressentent en temps que femmes. Ensuite, on voit que les documents ont été paru à divers siècle, ce qui montre que depuis toujours la femme a toujours été considérée comme inférieure à l'homme (ainsi que par la référence à l'Antiquité dans certains des documents). Je pense que ça peut faire l'objet d'un de mes axes.
Pour le second, j'ai pensé à l'autorité qui passe du père au mari, et enfin pour le troisième que la femme à une place définie par la société (par l'éducation). Je ne suis pas sûre qu'il faut parler du fait que la femme s'imposant peu à peu dans la société semble un peu effrayer les hommes (documents de Rousseau & de Simone de Beauvoir).
Après je ne sais pas quoi écrire dans mes axes, j'ai peur de plus raconter les documents en les comparant en fait... Ce n'est que mon 3ème corpus et on peut pas dire que je sois vraiment à l'aise et j'ai du mal à m'y retrouver avec ces 5 documents...

Merci de votre aide (et si vous avez réussi à tout lire )

2

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Je pense que tes idées pour les axes sont bonnes
N'aie pas peur de "raconter les documents en les comparant" pars de suite dans le sens aspect puis argument puis explication puis exemple, surtout traite tous les documents ensemble et pas un par un et tout ira bien Un autre conseil, si tu fais tes parties en pensant à une évolution que semblent démontrer les textes, surtout fais le dans le sens de la montre (même si ça semble évident des fois ça ne l'est pas pour tous) d'abord le plus vieil aspect puis du moyen vieux au plus récent (toujours en mixant les textes très très très important)

Si tu as d'autres questions n'hésite pas, n'oublie pas dans tes parties les champs lexicaux les trucs comme ça, apporte aussi des connaissances historiques si tu en as (suivant la période des textes) les évènements pouvant marquer le changement de la place des femmes dans la société etc

Croustibat

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Molière, Montesquieu, Rousseau, Beauvoir (mise en page  comme un poème de Prévert, ce qui est inattendu...) cela fait quatre, trois hommes une femme, deux textes de fiction, deux textes de réflexion. Où est le cinquième ? Le cinquième texte, il me semble que document ne convient pas ici : un texte littéraire est un document si on l'étudie pour l'Histoire, mais pas pour une étude littéraire. Enfin, peu  importe...

Le simple fait que le corpus oppose deux auteurs de sexe féminin à trois auteurs de sexe masculin est en soi très révélateur !

4

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Merci beacoup pour ta réponse ! Je suis soulagée de voir que je ne mettais pas trompée dans mes axes
Je pense donc faire:

I. La femme, un objet de soumission (avec le fait qu'elle soit "inférieure", passe entre l'autorité de son père puis de son mari, qu'elle doit toujours faire en sorte de le satisfaire)

II. Un place définie par la société (l'éducation, le fait qu'elle soit plus valorisée en restant à la maison qu'en travaillant)

III. Un affirmement de la femme qui effrait (avec peut être une comparaison des temps anciens et du moderne)

Ca te semble correcte? Je n'ai pas trouvé de procédés de style vraiment intéressant à "explorer", ce n'est pas trop grave? J'ai l'impression de trop rapporter le texte et de trop raconter comme je l'ai dis tout à l'heure...

Dans la conclu, je pense faire une ouverture sur les salons du XVIIème avec la Préciosité.

Merci encore






Celia: Merci également à toi !
Oui, je pense que c'est important de mentionner cela mais je ne sais pas dans quel axe en parler... peut être dans l'introduction ? Je n'ai pas pu mettre le cinquième document qui était un document iconographique (une illustration du livre "Les Mères" de Claire BRETECHER montrant une femme donnant la tété à des bébés comme un animal domestique)

5

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Oui c'est bien.
Une ouverture c'est une bonne idée, encore faut-il que ce soit approprié je ne connais pas les salons c'est pas un truc que j'ai vu l'année dernière.. bizarre. Mais si tu es sure de toi que ça te semble bien placé et adapté place le, sous forme de question vraiment à la fin de la conclusion et dans ta manière de l'écrire fait apparaitre un lien avec le sujet d'avant (je pense que tu le sais d'avance  )

6

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Delia: Merci également à toi !
Oui, je pense que c'est important de mentionner cela mais je ne sais pas dans quel axe en parler... peut être dans l'introduction ? Je n'ai pas pu mettre le cinquième document qui était un document iconographique (une illustration du livre "Les Mères" de Claire BRETECHER montrant une femme donnant la tété à des bébés comme un animal domestique)


Cr0ustibat: Ok bein je vais commencer à rédiger au propre merci pour tout tes précieux conseils !

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Une ouverture sur les salons du XVII e, c'est à mon avis assez tiré par  les cheveux,  car ces salons sont antérieurs aux textes. De plus, Simone de  Beauvoir en Précieuse, l'image est  incongrue.
Si vous voulez ouvrir (incompréhensible manie des élèves...) ouvrez plutôt sur l'élection de Marguerite Yourcenar à l'Académie française.

8

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Delia: C'est ma prof qui veut absolument qu'on fasse une ouverture, elle enlève 2 points si on ne la fait pas, c'est toujours cela de gagner je pense... Je ne connaissais Marguerite Yourcenar mais je ferai des recherches et j'améliorerai ainsi ma culture générale.


En fait, que pensez vous de mes axes? Pensez vous que je puisse montrer l'opposition entre le sexe des auteurs dans l'intro?

Quels aspects de la condition féminine ces textes dénoncent-ils ?

Dans la présentation du corpus, mentionnez ce  déséquilibre. Significatif de ce que les auteurs masculins sont plus nombreux dans l'histoire de la littérature car les femmes avaient surtout le droit de se taire !
Pas de contre-sens sur le texte  de Montesquieu : c'est un Persan qui parle, un musulman pour qui il est normal d'enfermer les femmes et de leur faire porter le voile intégral. La lettre est un texte coquin, comme les aimait le XVIIIe siècle, destiné à faire passer les passages plus graves concernant la critique de  la société occidentale. J'y lis un plaidoyer en faveur de la liberté des femmes, mieux traitées en Europe que dans le harem. C'est une préparation du dénouement, la révolte de cette Roxane apparemment si docile et si pudique :

Lettre 161

        Roxane à Usbek, à Paris.

Oui, je t’ai trompé ; j’ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j’ai su, de ton affreux sérail, faire un lieu de délices et de plaisirs.

Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines.

Car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n’est plus ? Je meurs ; mais mon ombre s’envole bien accompagnée : je viens d’envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges qui ont répandu le plus beau sang du monde.

Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule pour m’imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d’affliger tous mes désirs ?

Non : j’ai pu vivre dans la servitude, mais j’ai toujours été libre : j’ai réformé tes lois sur celles de la nature, et mon esprit s’est toujours tenu dans l’indépendance.

Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t’ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu’à te paraître fidèle ; de ce que j’ai lâchement gardé dans mon cœur ce que j’aurais dû faire paraître à toute la terre ; enfin, de ce que j’ai profané la vertu, en souffrant qu’on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.

Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l’amour. Si tu m’avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.

Mais tu as eu longtemps l’avantage de croire qu’un cœur comme le mien t’était soumis. Nous étions tous deux heureux : tu me croyais trompée, et je te trompais.

Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu’après t’avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d’admirer mon courage ? Mais c’en est fait : le poison me consume ; ma force m’abandonne ; la plume me tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu’à ma haine ; je me meurs.


Du sérail d’Ispahan, le 8 de la lune de Rébiab 1, 1720.

On comprend mal la première lettre si on ignore la seconde.