Corneille, Le Menteur, acte V, scènes 6 et 7

~ Bonjour,

Je suis en seconde et pendant ces vacances notre prof nous a demandé de rédiger un commentaire sur le Menteur de Corneille. Cela peut étonner certains de faire des dissertation en seconde, mais d'habitudes le prof nous donnait les points puis nous devions commenter. Cette fois c'est nous même qui devions former notre propre plan.

Voici le passage que nous devions lire:

Clarice
Je ne sais plus moi-même à mon tour où j’en suis.
Lucrèce, écoute un mot.

Dorante, à Cliton.
Lucrèce ! Que dit-elle ?

Cliton, à Dorante.
Vous en tenez, monsieur : Lucrèce est la plus belle,
Mai laquelle des deux ? J’en ai le mieux jugé,
Et vous auriez perdu si vous aviez gagé.

Dorante, à Cliton.
Cette nuit, à la voix, j’ai cru la reconnaître.

Cliton
Clarice sous son nom parlait à sa fenêtre ;
Sabine m’en a fait un secret entretien.

Dorante, à Cliton.
Bonne bouche ! J’en tiens, mais l’autre la vaut bien ;
Et, comme dès tantôt je la trouvais bien faite,
Mon cœur déjà penchait où mon erreur le jette.
Ne me découvre point ; et dans ce nouveau feu
Tu me vas voir, Cliton, jouer un nouveau jeu.
Sans changer de discours, changeons de batterie.

Lucrèce, à Clarice.
Voyons le dernier point de son effronterie.
Quand tu lui diras tout, il sera bien surpris.

Clarice, à Dorante.
Comme elle est mon amie ; elle m’a tout appris :
Cette nuit vous l’aimiez, et m’avez méprisée.
Laquelle de nous deux avez-vous abusée ?
Vous lui parliez d’amour en termes assez doux.

Dorante
Moi ! Depuis mon retour je n’ai parlé qu’à vous.

Clarice
Vous n’avez point parlé cette nuit à Lucrèce ?

Dorante
Vous n’avez point voulu me faire un tour d’adresse ?
Et je ne vous ai point reconnue à la voix ?

Clarice
Nous dirait-il bien vrai pour la première fois ?

Dorante
Pour me venger de vous j’eus assez de malice
Pour vous laisser jouir d’un si lourd artifice,
Et, vous laissant passer pour ce que vous vouliez,
Je vous en donnai plus que vous ne m’en donniez.
Je vous embarrassai, n’en faites point la fine.
Choisissez un peu mieux vos dupes à la mine :
Vous pensiez me jouer, et moi je vous jouais,
Mais par de faux mépris que je désavouais.
Car enfin je vous aime, et je hais de ma vie
Les jours que j’ai vécus sans vous avoir servie.

Clarice
Pourquoi, si vous m’aimez, feindre un hymen en l’air,
Quand un père pour vous est venu me parler ?
Quel fruit de cette fourbe osez-vous vous promettre ?

Lucrèce, à Dorante.
Pourquoi, si vous l’aimez, m’écrire cette lettre ?

Dorante, à Lucrèce.
J’aime de ce courroux les principes cachés :
Je ne vous déplais pas, puisque vous vous fâchez.
Mais j’ai moi-même enfin assez joué d’adresse :
Il faut vous dire vrai, je n’aime que Lucrèce.

Clarice, à Lucrèce.
Est-il un plus grand fourbe ? Et peux-tu l’écouter ?

Dorante, à Lucrèce.
Quand vous m’aurez ouï, vous n’en pourrez douter.
Sous votre nom, Lucrèce, et par votre fenêtre,
Clarice m’a fait pièce, et je l’ai su connaître ;
Comme en y consentant vous m’avez affligé,
Je vous ai mise en peine, et je m’en suis vengé.

Lucrèce
Mais que disiez-vous hier dedans les Tuileries ?

Dorante
Clarice fut l’objet de mes galanteries…

Clarice, bas, à Lucrèce.
Veux-tu longtemps encore écouter ce moqueur ?

Dorante, à Lucrèce.
Elle avait mes discours, mais vous aviez mon cœur,
Où vos yeux faisaient naître un feu que j’ai fait taire,
Jusqu’à ce que ma flamme ait eu l’aveu d’un père ;
Comme tout ce discours n’était que fiction,
Je cachais mon retour et ma condition.

Clarice, à Lucrèce.
Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse
Et ne fait que jouer des tours de passe-passe.

Dorante, à Lucrèce.
Vous seule êtes l’objet dont mon cœur est charmé.

Lucrèce, à Dorante.
C’est ce que les effets m’ont fort mal confirmé.

Dorante
Si mon père à présent porte parole au vôtre,
Après son témoignage, en voudrez-vous quelque autre ?

Lucrèce
Après son témoignage il faudra consulter
Si nous aurons encor quelque lieu d’en douter.

Dorante, à Lucrèce.
Qu’à de telles clartés votre erreur se dissipe.
à Clarice.
Et vous, belle Clarice, aimez toujours Alcippe :
Sans l’hymen de Poitiers il ne tenait plus rien ;
Je ne lui ferai pas ce mauvais entretien,
Mais entre vous et moi vous savez le mystère.
Le voici qui s’avance, et j’aperçois mon père.

Scène VII
Géronte, Dorante, Alcippe, Clarice, Lucrèce, Isabelle, Sabine, Cliton.


Alcippe, sortant de chez Clarice et parlant à elle.
Nos parents sont d’accord, et vous êtes à moi.

Géronte, sortant de chez Lucrèce, et parlant à elle.
Votre père à Dorante engage votre foi.

Alcippe, à Clarice.
Un mot de votre main, l’affaire est terminée.

Géronte, à Lucrèce.
Un mot de votre bouche achève l’hyménée.

Dorante, à Lucrèce.
Ne soyez pas rebelle à seconder mes vœux.

Alcippe
Êtes-vous aujourd’hui muettes toutes deux ?

Clarice
Mon père a sur mes vœux une entière puissance.

Lucrèce
Le devoir d’une fille est dans l’obéissance.

Géronte
Venez donc recevoir ce doux commandement.

Alcippe, à Clarice.
Venez donc ajouter ce doux consentement.
Alcippe rentre chez Clarice avec elle et Isabelle, et le reste rentre chez Lucrèce.

Sabine, à Dorante, comme il rentre.
Si vous vous mariez, il ne pleuvra plus guères.

Dorante
Je changerai pour toi cette pluie en rivières.

Sabine
Vous n’aurez pas loisir seulement d’y penser.
Mon métier ne vaut rien quand on s’en peut passer.

Cliton, seul.
Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse !
Peu sauraient comme lui s’en tirer avec grâce.
Vous autres qui doutiez s’il en pourrait sortir,
Par un si rare exemple apprenez à mentir.



Pour mieux comprendre

'Le soir' quand Clarice et Lucrèce parle de ça à Dorante, la nuit dernière, Dorante faisait la cour sous les balecons à Clarice, en l'appelant Lucrèce, à cause du quiproquo. Clarice ne comprenant pas à qui ces mots doux étaient destinés, lui demande de lui parler de Clarice. Et comme Dorante les confondaient, il lui a dit qu'il detèstait Clarice et qu'il ne la connait même pas.
C'est pour cela que Lucrèce et Clarice lui demandait pourquoi persister à mentir, vu qu'elles ne comprenaient rien.

Ensuite, elles ont parlé du père de Dorante et d'un hymène brisé. En fait, c'était Dorante qui avait menti à son père en lui faisant croire qu'il s'était marié de force avec une femme sans son consentement, tout cela pour qu'il ne se marie pas à Clarice. Vu que son père était venu lui demandé de se marier à elle, mais Dorante voulait se marier à "Lucrèce", enfin à Clarice, sans le savoir.
Si quelque chose n'est pas claire (j'ai du mal à expliquer pour ceux qui n'ont pas lu l'oeuvre) n'hésitez pas à me le dire en commentant.

Mon plan:

La problématique: Le dénouement du quiproquo

A Changement de stratégie pour Dorante
1- Dorante apprend que celle qui croyait Lucrèce était en fait Clarice. Il s'est donc fait prendre à son propre jeu.

2- Il continue de mentir en faisant croire aux deux jeunes femmes que toutes ces galanteries offertes à Clarice était pour rendre jalouse Lucrèce. (il argumente ces fourberies, et n'hésite pas à lui demander d'accepter ses vœux une fois qu'il convaincra son père)

B Organisation de l'hymen
1- Dorante tente le tout pour le tout et séduit Lucrèce en employant le langage précieux. (Elle avait mes discours, mais vous aviez mon cœur,
Où vos yeux faisaient naître un feu, que j'ai fait taire)
2- La jalousie apparente de Clarice qui tente tout pour ne pas convaincre Lucrèce de croire aux mensonges. (mais cela suffit t'il pour en consacré un point?)
3- Le (comique?) dans les dialogues entre Alcippe et Clarice, puis Géronte et Lucrèce, quand il s'agit d'avoir leur accord pour l'hymen. (le fait que les phrases dites et répondues ont le même sens dans les deux dialogues)

C Conclusion de l'histoire
1- La morale de Cliton (qui n'en est pas vraiment une puisqu'elle consiste à recommander d'apprendre à mentir, alors que ce n'est pas censé être une qualité)
2- ?

Voilà ce que j'ai fais pour l'instant. Bien sûr j'ai voulu en tirer un maximum sans forcément faire le tri. C'est encore un brouillon et j'aimerai vraiment avoir des conseils, si ce n'est de l'aide.
Que pourrai je modifié pour rendre mon plan présentable?
Ai je mal choisis les points?
Dois je supprimer/modifier certaines choses?
Et surtout comment dois je m'y prendre pour rédiger?

C'est en quelque sorte la première fois que l'on doit rédiger nos propres points alors j'aimerai vraiment que ce soit "bon".

~ Merci

Corneille, Le Menteur, acte V, scènes 6 et 7

~ Bonsoir.

J'ai déjà posté mon 'problème' une fois sur le Forum sans avoir de réponses, de plus je m'étais rendu compte que je n'avais même pas compris ce que le prof nous avait demandé de faire. En bref, je reviens vous expliquer mon soucis.
Je suis en seconde et nous devions faire un commentaire sur Le Menteur de Corneille (comme le montre le tire):
[…]

Ce que nous demande la prof :
• Entrée en matière : quel est le but traditionnel d’un dénouement de comédie ? Le Menteur suit-il les codes d’un dénouement traditionnel ?

• Situation du passage : rappelez tous les éléments nécessaires à la compréhension du passage (le quiproquo, les deux demandes en mariage de Géronte pour son fils, ce qu’attendent les deux jeunes femmes…)

• La problématique (reprenez celle-ci) : En quoi ce dénouement de comédie relève-t-il davantage d’une esthétique baroque que d’une morale classique ?

• La rédaction de l’annonce de plan : une phrase par partie (vous rédigez les titres de vos trois parties, en essayant d’en donner clairement les enjeux).

I – La virtuosité du menteur à son apogée (trouvez au minimum 2 sous-parties)

II – Un dénouement ambigu (idem)

III – Une scène baroque (idem).

Chaque partie commence par l’idée directrice, immédiatement suivie de l’annonce de la cohérence de la sous-partie. On va à la ligne à chaque sous-partie, avec un alinéa. On alterne idée / citation / commentaire de la citation et des procédés. Les citations sont introduites.

On saute 2 lignes entre introduction / développement / conclusion ; 1 ligne entre parties et on n’oublie pas de toujours faire des transitions entre sous-parties et entre parties.

La conclusion (elle aussi, uniquement valorisée) :

• Rappelez en une ou deux phrases ce que vous avez démontré sur le texte.

• Trouvez une idée d’ouverture : par exemple, une autre pièce qui ne soit pas nécessairement morale, ou un autre dénouement de comédie, ou une référence à la Suite du Menteur…

Et je n'ai absolument aucune idée de la démarche à suivre. Je suis perdu.. >< De plus, je n'avais pas lu l'énoncé quand j'avais fini de rédiger mon plan. En effet j'étais parti dans une auuutre problématique, et voilà ce que ça m'a donné:
Mon plan:
La problématique: Le dénouement du quiproquo
A Changement de stratégie pour Dorante
1- Dorante apprend que celle qui croyait Lucrèce était en fait Clarice. Il s'est donc fait prendre à son propre jeu.
2- Il continue de mentir en faisant croire aux deux jeunes femmes que toutes ces galanteries offertes à Clarice était pour rendre jalouse Lucrèce. (il argumente ces fourberies, et n'hésite pas à lui demander d'accepter ses vœux une fois qu'il convaincra son père)
B Organisation de l'hymen
1- Dorante tente le tout pour le tout et séduit Lucrèce en employant le langage précieux. (Elle avait mes discours, mais vous aviez mon cœur,
Où vos yeux faisaient naître un feu, que j'ai fait taire)
2- La jalousie apparente de Clarice qui tente tout pour ne pas convaincre Lucrèce de croire aux mensonges. (mais cela suffit t'il pour en consacré un point?)
3- Le (comique?) dans les dialogues entre Alcippe et Clarice, puis Géronte et Lucrèce, quand il s'agit d'avoir leur accord pour l'hymen. (le fait que les phrases dites et répondues ont le même sens dans les deux dialogues)
C Conclusion de l'histoire
1- La morale de Cliton (qui n'en est pas vraiment une puisqu'elle consiste à recommander d'apprendre à mentir, alors que ce n'est pas censé être une qualité)
2- ?

Comme vous l'aurez remarquer, je ne sais même pas rédiger un plan. La problématique m'était passé sous le nez et maintenant je suis trop décourager pour refaire un plan. J'ai déjà commencé à répondre aux 'questions' point par point, mais je ne comprends même pas la problématique! Je suis partis sur Google, j'ai rassemblé plusieurs infos plus ou moins interessantes, mais je ne vois ABSOLUMENT PAS où la prof veut en venir..

Qu'est ce qui fait une scène comique classique ou baroque?
Quels sont les conditions d'un dénouement traditionnel classique?
Qu'est ce qui fait que cette scène ne respecte pas les conditions? J'ai essayé en disant que le fait que ce soit mis en 'suspens' fait qu'on a pas une idée claire sur le sort des personnages, mais j'ai vu que même dans un dénouement traditionnel la fin peut paraître ouverte.
Je suis désespéré.. J'ai vraiment besoin d'un coup de main

En bref, je ne comprends pas la problématique, ne sais pas comment je dois la treté, les points choisis pour la prof qui sont "censé" nous venir en aide.. C'est du chinois pour moi!
Et surtout j'ai l'impression que ce que je croyais être un plan me sera d'une grande inutilité..

~ Merci d'avance.

Corneille, Le Menteur, acte V, scènes 6 et 7

Je n'ai pas lu Le Menteur donc je ne rentrerai pas dans les détails sur la scène. Je peux essayer de te donner quelques pistes.

"J'ai essayé en disant que le fait que ce soit mis en 'suspens' fait qu'on a pas une idée claire sur le sort des personnages, mais j'ai vu que même dans un dénouement traditionnel la fin peut paraître ouverte."
c'est l'une des raisons, n'abandonne pas cette idée.
Un dénouement classique doit être clair et sans ambiguïté (théoriquement).
Par ailleurs tu vois que ton professeur a parlé de "morale classique" dans la problématique. Une devise du classicisme = "plaire et instruire" : l'oeuvre doit divertir mais apporter un enseignement moral. Par exemple les fables de La fontaine sont des oeuvres classiques. Donc dans une pièce classique la vertu doit être récompensée et le vice puni à la fin.

Une des spécificités du baroque est de jouer sur l'illusion, le déguisement (au sens propre et figuré), les apparences. Les intrigues peuvent être complexes. Le but n'est pas de transmettre une morale.

Au niveau méthode : le plan que tu proposais avait tendance à raconter plus qu'à analyser. Mais tu peux en garder des éléments (par exemples des éléments de ton I dans le I donné par le professeur)

Et ne te décourage pas, c'est en forgeant qu'on devient forgeron ! Il est normal d'être en difficulté pour un premier essai...

Corneille, Le Menteur, acte V, scènes 6 et 7

~ Ammy,

Effectivement lorsque j'avais commencé à rédiger cela ressemblait à une sorte de résumé, ce qui n'est pas du tout le but.
Par contre voilà ce que j'ai pu faire:
pour:

I) La virtuosité du menteur à son apogée:

1- Le détournement de situation de Dorante qui persiste à mentir pour ne pas perdre la face face aux deux jeunes femmes.
2- La concrétisation de l’hyménée (demande en mariage de Dorante à Lucrèce?)
3- La victoire du menteur en rendant jalouse Clarice et en séduisant Lucrèce grâce au langage précieux.

II) Un dénouement ambigu

1- ?

Alors? Est ce que pour le grand I) on peu considéré comme bons les petits points?
Et pour le dénouement, as tu une idée?

Je vais continuer à rédiger! :3 ~ Bonne continuation.
__________
C'est bizarre lorsque je rédige j'ai toujours l'impression qu'on dirait un résumé ><