Plus-que-parfait à la place du passé simple

Bonjour,

j'aimerais avoir votre avis svp sur deux exemples de Mauriac où l'usage des temps verbaux me laisse perplexe. Je me demande surtout pourquoi l'emploi du PQP  dans la principale alors que normalement on aurait dû avoir un passé simple. Quels effets de sens pourrait-on avoir ici qui pourraient justement expliquer cet emploi du PQP. Merci aux spécialistes de me donner leurs avis s'il vous plait!!! Voici les deux exemples en question:

-    Longtemps après qu’il eut refermé la porte, Thérèse était demeurée étendue, fumant des cigarettes, les yeux sur les grandes lettres d’or noirci, fixées au balcon d’en face ; puis elle avait déchiré la première enveloppe.


-    Après que les La Trave eurent ramené Anne vaincue à Saint-Clair, Thérèse, jusqu'aux approches de sa délivrance, n'avait plus quitté Argelouse. Elle en connut vraiment le silence, durant ces nuits démesurées de novembre.

Plus-que-parfait à la place du passé simple

Bonjour mani,
je ne suis pas du tout une spécialiste, mais pour ma part, si j'avais lu ces phrases avec la principale tournée au passé simple, j'aurais ressenti l'idée d'une action dans laquelle le sujet se serait d'avantage impliqué et dans laquelle il aurait mis sa conscience, tandis qu'avec le plus que parfait, j'ai l'impression qu'on approche plus l'idée d'une action qui s'accomplit dans une forme de "nonchalance", si j'ose dire, où le sujet n'a pas forcément la conscience attachée à l'action qu'il produit. Mais je suis sûre qu'en faisant des recherches dans le Grévisse, tu devrais tomber sur un commentaire qui exprimerait ces effets de sens bien mieux que moi et avec plus de justesse.

Si je transpose la principale de la première phrase, par exemple, que je la mets au passé simple : "longtemps après qu'il eut refermé la porte, Thérèse demeura étendue, fumant des cigarettes   (...) puis déchira la première enveloppe, eh bien, je trouve que ça a un sens légèrement différent : je trouve que cela exprime d'avantage l'idée que Thérèse place sa personne dans le fait de demeurer étendue, de déchirer une lettre, etc... Cette Thérèse-là, je l'imaginerais volontiers plus tendue physiquement, éventuellement, ,  faisant d'avantage corps ( de toute son âme...) avec le fait même de demeurer étendu et ayant décidé en toute conscience de demeurer étendu. La Thérèse de la phrase au plus que parfait, elle, me paraît parfaitement avoir pu "demeurer étendue " à défaut d'avoir décidé de changer de position, et déchirer la lettre par reflexe et non par volonté.

Ces nuances de sens, je trouve qu'on peut parfaitement les retrouver en étudiant la seconde phrase que tu mentionnes.

Mais attention : ce que je dis là ne correspond qu'à ce que je ressens, je n'ai lu ça nulle part.
Je tiens à préciser également, que je n'ai absolument pas lu le livre de Mauriac que tu mentionnes, et que je ne connais pas le caractère de Thérèse. Si ça se trouve, ce que je te dis est en contradiction avec la manière habituelle de se comporter de ce personnage...Mais bon, je suis assez prête à parier que ça n'est pas le cas.

Plus-que-parfait à la place du passé simple

Le plus-que-parfait est utilisé dans la principale pour exprimer des actions ou des états passés antérieurs à l'époque ou se situe le récit : il s'agit de "retours en arrière" classiques.
Quant au passé antérieur utilisé dans la subordonnée, il exprime une action ponctuelle totalement accomplie au moment ou débute l'action ou l'état exprimé au plus-que-parfait.
Pour faire simple, le passé antérieur marque l'antériorité par rapport au plus-que-parfait, qui lui même marque l'antériorité par rapport au temps de référence du récit.
Le besoin de marquer une antériorité par rapport à une action exprimée par un temps composé explique l'usage sporadique de temps "surcomposés", il est vrai assez inélégants et non reconnus par tous les auteurs :
Longtemps après qu'il avait eu refermé la porte, Thérèse était demeurée étendue...
Quant aux plus-que-parfaits, ils marquent, dans tout le début du roman, les divers épisodes qui se rapportent au temps du mariage de Thérèse, et qui sont autant de retours en arrière permettant d'expliquer ses actes et le procès qui s'en est suivi. En revanche, dans chacune des scènes évoquées en "flashback", on a au début un ou deux plus-que-parfaits, pour bien marquer le retour en arrière, mais par la suite, c'est le passé simple qui prend le relais pour plus de légèreté et pour éviter une trop grande relativisation. Le lecteur a l'impression de revivre ce passé comme s'il était devenu à son tour le temps de référence du récit.
Par là on peut rejoindre ce que cam disait plus haut.