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Paul Valéry, propos sur la poésie

Bonjour, j'ai le texte suivant comme texte complémentaire et je ne sais pas ce qu'est le Pégase-Vapeur et le Pégase-heure auquel fait référence Paul Valéry à la fin du texte. Pouvez vous m'expliquer ? Merci d'avance.

Paul Valéry, Propos sur la Poésie
Effleurons cependant cette difficile question : Faire des vers...
Mais vous savez tous qu’il existe un moyen fort simple de faire des vers.
Il suffit d’être inspiré, et les choses vont toutes seules. Je voudrais bien qu’il en fût ainsi. La vie serait supportable. Accueillons,
toutefois, cette réponse naïve, mais examinons-en les conséquences.
Celui qui s’en contente, il lui faut consentir ou bien que la production poétique est un pur effet du hasard, ou bien qu’elle procède
d’une sorte de communication surnaturelle ; l’une et l’autre hypothèse réduisent le poète à un rôle misérablement passif. Elles font de
lui ou une sorte d’urne en laquelle des millions de billes sont agitées, ou une table parlante dans laquelle un esprit se loge. Table ou
cuvette, en somme, mais point un dieu, - le contraire d’un dieu, le contraire d’un Moi.
Et le malheureux auteur, qui n’est donc plus auteur, mais signataire, et responsable comme un gérant de journal, le voici contraint de
se dire :« Dans tes ouvrages, cher poète, ce qui est bon n’est pas de toi, ce qui est mauvais t’appartient sans conteste. »
Il est étrange que plus d’un poète se soit contenté, - à moins qu’il ne se soit enorgueilli, - de n’être qu’un instrument, un médium
momentané.
Or, l’expérience comme la réflexion nous montrent, au contraire, que les poèmes dont la perfection complexe et l’heureux
développement imposeraient le plus fortement à leurs lecteurs émerveillés l’idée de miracle, de coup de fortune, d’accomplissement
surhumain (à cause d’un assemblage extraordinaire des vertus que l’on peut désirer mais non espérer trouver réunies dans un
ouvrage), sont aussi des chefs-d’œuvre de labeur, sont, d’autre part, des monuments d’intelligence et de travail soutenu, des produits
de la volonté et de l’analyse, exigeant des qualités trop multiples pour pouvoir se réduire à celles d’un appareil enregistreur
d’enthousiasmes ou d’extases. On sent bien devant un beau poème de quelque longueur, qu’il y a des chances infimes pour qu’un
homme ait pu improviser sans retours, sans autre fatigue que celle d’écrire ou d’émettre ce qui lui vient à l’esprit, un discours
singulièrement sûr de soi, pourvu de ressources continuelles, d’une harmonie constante et d’idées toujours heureuses, un discours qui
ne cesse de charmer, où ne se trouvent point d’accidents, de marques de faiblesse et d’impuissance, où manquent ces fâcheux
incidents qui rompent l’enchantement et ruinent l’univers poétique dont je vous parlais tout à l’heure.
Ce n’est pas qu’il ne faille, pour faire un poète, quelque chose d’autre, quelque vertu qui ne se décompose pas, qui ne s’analyse pas en
actes définissables et en heures de travail. Le Pégase-Vapeur, le Pégase-Heure ne sont pas encore des unités légales de puissance
poétique. Il y a une qualité spéciale, une sorte d’énergie individuelle propre au poète. Elle paraît en lui et le révèle à soi-même dans
certains instants d’un prix infini.
Mais ce ne sont que des instants, et cette énergie supérieure (c’est-à-dire telle que toutes les autres énergies de l’homme ne la peuvent
composer et remplacer), n’existe ou ne peut agir que par brèves et fortuites manifestations.

Paul Valéry, propos sur la poésie

Ce sont des jeux de mots à partir des expressions cheval-vapeur et de cheval-heure, qui sont - ou étaient - des unités de puissance mécanique. Le mot cheval a été remplacé par Pégase, le cheval ailé de la mythologie, symbole de l'essor poétique. Valéry nous dit qu'on ne saurait mesurer la qualité d'un poème à la seule aune de la puissance de l'inspiration.

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