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Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Bonjour,

Voici le sujet qui devait être traité aujourd'hui même au CAPES de Lettres Modernes.


Je ne puis croire au nécessaire triomphe du Roman. Sa formule est grossière par excellence et sa transsubstantiation médiocre. Il réclame de se développer. Il a besoin du temps. Il lui faut aligner toute une série de causes et d’effets, et il n’est même pas réversible. Comme un long fil d’acier, il doit surtout faire preuve d’une ductilité grande (300 pages) et, pour ne pas se rompre, d’une considérable ténacité.Victor SEGALEN, Sur une forme nouvelle du roman ou un nouveau contenu de l'essai, 1910.

Commentaires, critiques, remarques bienvenus. Si vous avez participé à l'épreuve, qu'en avez-vous pensé?

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Pas bien passionnant...

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Le sujet était relativement compliqué, puisqu'on sent une tension très clair de Segalen contre le roman au profit de la méthode essayiste. Problème cependant, la citation normalement invite à transcender le postulat de base pour proposer une "solution", sans vraiment connaitre Segalen il était difficile de voir si oui ou non on partait dans la bonne direction...

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Comme beaucoup d'autres, à la vue du sujet je me suis dit "bon...bah...à l'année prochaine". J'ai fait une sieste d'une heure, contempler le ciel bas et lourd comme un couvercle de ce matin et j'ai joué la carte de l'audace. Il était évident au vu du titre de l'article, qu'il mettait au pilori la forme du roman. Aussi, avec les deux termes barbares "ductile" et "transsubstantationhypercalifraligicapesmachindociose" il ne pouvait être qu'un auteur différent des autres. A partir de là
je me suis dit qu'on devait avoir un avant-gardiste. Sa définition de ce que devait être et ce que n'était pas le roman, m'a fait penser à l'OULIPO donc j'ai joué la carte du surréaliste avant l'heure. D'autant plus que Segalen était un voyageur (chine, polynésie). J'ai donc composé avec le peu d'éléments que j'avais là. Mon manque de connaissances sur l'histoire littéraire m'a tué. Si d'autres ont pris un autre chemin, j'aimerais voir les oeuvres citées.

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Je trouve que c'est un beau sujet; l'idée de "transsubstantiation médiocre" est intéressante et riche.

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Aviez-vous un dico ou un petit lexique pour accompagner le sujet ? Parce que, "ductile", je ne l'emploie pas vraiment tous les jours.

Je m'inscris en M1 MEEF afin de préparer le CAPES de Lettres modernes à la rentrée... ça me fait un peu peur. Vous étalez beaucoup votre culture littéraire dans cette dissertation ?

Merci.

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"Transsubstantiation" et "ductilité", c'est quand même pas la mer à boire, je veux dire, à ce niveau-là...
Remarquez, ça pourrait en motiver plusieurs à reprendre le latin ! 

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Ductile désigne avant tout la propriété d'un matériau, il n'est donc pas spécialement évident de faire le rapport entre ce genre de mot et une dissertation sur le roman, pour répondre à ta question KevinSartre, il n'y a pas de notes explicatives dans la dissertation et oui, le but de l'exercice est vraiment d'étaler sa culture/confiture littéraire, encore faut-il vraiment que le sujet s'y prête (cf le sujet de CAPES sur Gracq en 2007 ou encore les sujets sur le journal intime...)

Pour transsubstantiation, je veux bien que l'écrit requiert un minimum de connaissance du lexique et/ou de culture religieuse, mais le fait est que Segalen a son propre vocable et que si l'on ne connait pas un peu son parcours (et sa fascination pour la transsubstantiation notamment chez le poète), il est difficile de voir où il veut en venir, et je pense très sincèrement que placer deux termes aussi complexes en 3 phrases n'a pas aidé une grande partie des candidats qui n'ont pas compris où la citation devait les emmener.

Dans les deux cas, il n'y avait pas de plan évident, l'impression de lecture était plutôt "à mort le roman", à nous de nous débrouiller pour argumenter ^^

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Qu'avez-vous adopté comme plan? Je mettrai le mien en ligne lorsque je serai sur mon ordi.

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Personnellement, je ne me suis pas pris la tête pendant des heures sur la ductilité ou sur la transsubstantiation. Il faut faire abstraction des notions un peu fumeuses qui sont faites pour effrayer les candidats, je pense.

Personnellement, j'ai problématisé ainsi : Dans quelle mesure le roman peut-il assurer, sinon son triomphe, sa longévité ?

En 3 parties de deux sous-parties chacunes.

I. Une formule du roman ?
1. Tendance XXémiste à réduire le "roman" à ce qu'en a fait le XIX° siècle comme s'il existait une "formule du roman", qui serait donc canoniquement réaliste, naturaliste... Mouvance autour du Nouveau Roman (à laquelle n'appartient pas Segalen mais qui semble aller dans le sens d'un renouveau du roman dans cette citation) et qui a la fâcheuse manie de le réduire au modèle balzacien. Soupçon, donc, que Segalen est dans cet état d'esprit : post-Parnasse qui remet en cause le réalisme et pré-Nouveau Roman.
2. Ce qu'est, en fait, le roman : brossage à grand traits qui tend à prouver qu'il n'est pas possible de trouver une formule unique au roman, qu'on ne peut pas le définir parfaitement parce qu'il tient de l'incomplet par les multiples possibilités qu'il apporte, toussah.
Hérité de l'épopée, c'est un espace expérimental, du monde et de l'écriture, et pour ça, il est infini.

TR : du reste, on n'a pas attendu le XIX°, Segalen ou le Nouveau Roman pour le "développer".

II. Le roman et ses métamorphoses.
1. Rétrospective historico-sociale. -> Comment, du Satiricon de Pétrone au XIX° siècle, le roman a su se mouvoir, s'adapter aux idéaux humains et aux sociétés. Comment, en somme, il a pu subsister et se transformer, allant du roman satirique de l'Antiquité au roman de chevalerie, puis au roman humaniste, et à celui d'analyse. Comment il devient libertin sous la Régence, philosophique pour soutenir l'ouverture du monde, épistolaire quand émerge l'intérêt pour le for intime, etc., etc. Evidemment, exemples à l'appui, plus ou moins canoniques.
2. Le roman est-il bel et bien irréversible ?
Je me suis appuyé sur le Racine et Shakespeare de Stendhal pour envisager le roman comme étant résolument moderne (= romantique chez Stendhal), au sens où il est tourné vers l'avenir et rejette la nostalgie du classique. Pour Segalen, le classique, c'est le XIX°. Le roman, à chaque étape de sa fondation, intègre de nouvelles caractéristiques, de nouvelles modalités d'écritures. Il est progressiste. C'est ce "même pas réversible" qui fait justement sa subsistance : revenir en arrière est vain.

TR : Le roman est en mouvement perpétuel : quelle cohérence peut-on en attendre ? Qu'est-ce qui fait sa ténacité ?

III. Un pervers polymorphe. (Ouais non, je l'ai pas dit comme ça mais là c'était marrant).
1. Formellement.
-> Taille : il peut être bref (Regain, Giono, l'Etranger, Camus, La Princesse de Clèves en son temps)
long (Artamène ou le Grand Cyrus de Scudéry, l'Astrée d'Urfé, Belle du Seigneur, etc.)
moyen (les fameuses 300 pages) Le Père Goriot, Un roi sans divertissement.
en série (les Amadys, Le Seigneur des Anneaux.
-> Personnages pluriels : >< à la tragédie : pas de restriction de personnel (duchesse de Langeais aristo, dr Rieux bah... docteur quoi)
-> Multiplicités de modes narratifs. Capacité à intégrer d'autres genres.
====> Démocratisation de l'écriture : il y a tant de manières de faire du roman qu'il est plus aisé d'en faire donc potentiellement plus d'écrivains de romans.
2. Un genre, des sous-genres.
Métamorphoses successives dans le temps, mais polymorphies contempo.
Emergence de la fantasy (conte merveilleux + roman de chevalerie + nouvelle fantastique).
Emergence des littés post-coloniales et francophones qui privilégient le roman (Boudjedrah, Kourouma)
Romans jeunesse. Romans policiers, etc., etc.
"Paralittératures" (avec une petite pique à ceux qui pensent qu'il y a de la sous-litté)
====> Démocratisation de la lecture : il y a du roman pour tout type de lecteur, donc plus de lecteurs potentiels.

CCL : On peut peut-être nier le "nécessaire triomphe du roman", mais on est forcé d'admettre son triomphe de fait (marché du livre + production effective contemporaine).
Triomphe du à cette capacité d'adaptation hors norme grâce à ce qu'on lui reproche justement : cette informité, cette absence de formule définie. Toussah toussah.

Voilà. Advienne que pourra.
La grammaire, c'était loin d'être mon bébé. Je suis plutôt réfractaire à l'apprentissage bête et méchant et j'ai pas la bosse de la grammaire. J'admire les gens qui ont cet instinct d'ailleurs. Donc je dirais avoir sauvé les meubles. Le sujet de stylistique versait peut-être un peu trop dans l'analyse littéraire, et j'ai eu tendance à dévier de ce côté, ce qui est reprochable, of course. J'ai zappé les questions de morphosyntaxe, blindé les lexico, valà valà...


D'ailleurs, z'avez une idée de quand tombent les résultats ?