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Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

J'aime bien ton plan, Stéphanie. Du coup, tu me fais flipper. Huhu.

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Je vous donne l'ébauche de mon introduction et celle de mon plan (celles-ci ayant plus ou moins évolué dans le cadre de la rédaction effective):

A la faveur de la crise de foi qui frappe la société française en 1905 lorsque l'Etat se sépare de l'Eglise, Victor Segalen en profite cinq ans plus tard – par le biais d'une introduction empreinte de lexique religieux – pour exprimer ses réserves et ses doutes sur le « nécessaire triomphe du Roman ». Littérature et société ont toujours été, comme on le sait, liées de façon intime, l'emprunt lexical de l'auteur n'est donc pas anodin. L'extrait présenté ici est tiré de Sur une forme nouvelle du roman ou un nouveau contenu de l'essai, titre suggérant à la fois la critique du genre romanesque contemporain à l'auteur et la proposition de sa transformation. Victor Segalen ne peut « croire » au caractère obligatoire du « triomphe » du genre romanesque : le terme « triomphe » ici utilisé invoque une thématique forte puisqu'il s'agit à l'origine de l'élévation d'un homme au-dessus des autres dans la Rome Antique. Malgré ce manque de foi, ce « triomphe » semble déjà amorcé puisqu'il l'évoque ici, bien qu'il émette un doute sur sa réalisation effective dans l'avenir. M. Segalen formule plusieurs critiques sur le genre romanesque ; « sa formule est grossière », c'est à dire que d'un point de vue générique, il n'est pas stable et que les cadres romanesques sont variables. La seconde remarque porte sur la « transsubstantiation médiocre » du roman qui serait donc incapable d'incarner et de rendre convenablement la matière qu'il traite ; l'auteur ajoute à cela que le roman doit « aligner toute une série de causes et d'effets », il y a donc là aussi une critique sur la substance même du roman. La dernière critique porte sur le roman qui ne serait « pas réversible », c'est à dire qu'il serait incapable de réfléchir sur lui-même. Suite à ces réserves, l'auteur propose des pistes d'amélioration pour le genre romanesque à travers une personnification du roman qui « réclame » deux choses : « se développer » (et donc évoluer vers quelque chose de différent) et « du temps » (c'est à dire qu'il ne doit pas y avoir rupture mais que cette évolution doit s'inscrire dans la durée). M. Segalen évoque deux perspectives d'évolution sous forme de règles : « une ductilité grande » et « une considérable ténacité ». L'auteur tente, par ce biais, de fixer le genre romanesque sur sa longueur textuelle et sur la cohérence stable de la matière qu'il traite : il deviendrait ainsi « comme un long fil d'acier », c'est à dire droit (linéaire) et dur (stable).
Il est alors intéressant de se demander dans quelle mesure les critiques et les propositions formulées par Victor Segalen sont pertinentes pour le genre romanesque.


I. La question de la stabilité du genre romanesque

a) Les origines du terme, source d'instabilité
b) La variété effective des types de romans (chevalerie, sentimental, d'aventure, etc.)
c) Le roman : une envie de stable dans l'instable (la cohérence de certains projets romanesques : Proust, Zola, etc.)


II. Un genre qui réfléchit et se réfléchit

a) Le roman comme prisme de la société, la question du roman dans le roman (L'Autodidacte de la Nausée, le projet balzacien de concurrencer l'état civil, etc.)
b) Le roman en tant que réflexion sur la littérature et plus généralement sur les Arts (Le Chef d'oeuvre inconnu, Balzac ; Dans le ciel, Mirbeau ; etc.)
c) La question de la « réversibilité » qui est permise et discutée par une volonté auctoriale (La mise en garde des Confessions comme une clé de lecture qui met le texte en doute ; La question de la réception avec la citation de Rabelais « rompre l'os et sucer la substantifique moelle », etc.)


III. Un genre qui fait fi des règles et reste en évolution perpétuelle

a) Le roman n'est pas une affaire de chiffres (nombre de personnages et de pages) mais (sur)vit dans sa diversité
b) Le roman est en définitive un éternel lieu de l'expérimentation (surréalisme, Beckett, Nouveau Roman avec Sarraute, etc.)

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"Il réclame de se développer. Il a besoin du temps." Je n'ai pas vu dans ces deux phrases un appel à une évolution du genre qui se fera avec le temps mais une description d'une caractéristique propre au roman : le fait qu'il ait besoin d'être long, que ce soit une œuvre du temps (contrairement à la poésie, faite de fragments, d'instants). C'est la suite qui m'a amenée à penser ça et aussi le fait que Segalen écrive "Il a besoin DU temps." et non pas "Il a besoin DE temps."
Mais je ne sais plus trop...

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Je n'ai plus vraiment mon plan en tête, mais j'ai compris la notion de transsubstantiation comme l'éternelle inadéquation entre ce qui est pensé par l'auteur et ce qui est écrit. Cette idée m'a permis de parler notamment de la veine critique et du fait que Segalen soit précurseur dans la définition d'un nouveau roman (dans le sens "nouveau genre romanesque", je ne parle pas de la vague du Nouveau Roman évidemment), parce que même si la veine romanesque s'essouffle au début du XXème, on note quand même un "bond" dans la production littéraire, au risque de faire passer un peu tout et n'importe quoi dans le cadre du romanesque.

Concernant la notion de réversibilité, j'ai aussi vu le parallèle avec une chronologie figée, mais également avec le fait que la conclusion romanesque ne puisse être "éventée", dans un a priori épistémologique (le sujet invitait à réfléchir sur la science me semblait-il), contrairement au genre de l'essai qui formule une hypothèse qui elle peut être réfutée (ou du moins accepte de l'être). Le décalage entre écriture scientifique et un peu "noble" de l'essai et l'écriture romanesque avec des codes formels qui donnent peu de valeur au contenu m'a conduite a évoquer la notion de divertissement en littérature et à interroger le postulat d'une littérature du divertissement (au sens Pascalien) qui semble réfutée par Segalen (on ne publie vraisemblablement que si le livre a un contenu pertinent).

Les notions du "temps" et de "longueur" m'ont orientée d'abord sur ce qui me semblait le plus évident (et que vous avez mentionné dans vos plans) c'est à dire le nécessaire roman fleuve, la lourdeur du roman qui met du temps à être lu, à s'écrire et qui ne passionne pas forcément car "trop long". Mais j'ai aussi interrogé cette notion du point de vue réception: un roman est-il bon parce qu'il est bien reçu à son époque? N'y a t-il pas une forme d'académisme dans le jugement du roman? Cela renvoyait à ma conception du divertissement mais aussi au glissement de conception des Belles Lettres vers une littérature plus souple.

Pour finir, j'ai senti une tension essai (et autres genres comme théâtre poésie etc) versus le roman, puisque son nécessaire triomphe le rendait prédominant. J'ai donc conclu sur le roman comme transfuge et support trans-générique qui peut concilier théâtre, poésie, mais aussi essai, sans pour autant lui-même se retrouver dans l'un d'entre eux. Prédominance donc, mais genre papillonnant, qui ne peut en remplacer un autre et qui fonctionnerait sur une complémentarité essentielle. La question de la forme était à mon sens une "fausse" question qui ne faisait qu'amener une réflexion sur le contenu romanesque.

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J'ai planché aussi sur ce sujet ! Je suis très familier de l’œuvre de Segalen, pour autant, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de connaître ce poète pour traiter le sujet convenablement. Mais je souligne que Segalen avait une forme de roman bien déterminée en tête lorsqu'il écrit cela : il a consacré sa thèse de médecine aux écrivains naturalistes.  (Je crois que Gataloca a "tapé dans le mille", Segalen juge implicitement le roman à l'aune de la poésie.)

Il allait de soi que définir le roman par une "formule" unique - "sa formule"- était une provocation se prêtant facilement à la critique quand on considère l’hétérogénéité du genre. D'autre part, Segalen a une conception linéaire et mécanique (logique) de l’œuvre romanesque. Je trouve que c'est surtout le caractère dispendieux du roman, géant impotent qui bavarde pour n'offrir qu'une essence poétique et signifiante médiocre (transsubstantiation), qui agace Segalen. Chaque lecteur a déjà fait l'expérience d'un roman lui tombant des mains à cause de ses développements excessifs, ses intrigues interminables, non ? Le temps du roman aurait du mal à se détacher du temps de la vie, du coup la "transsubstantiation" littéraire serait médiocre (Baudelaire disait la même chose en faveur de la nouvelle et du poème); mais on pouvait facilement prétendre le contraire, en en faisant un genre du temps dans lequel les détails prennent une densité particulière en s'intégrant dans un organisme poétique très vaste où de nombreux échos se mettent en place : le temps et le développement sont alors les conditions de cette réussite. La rupture de l'arc romanesque qui permet normalement d'aller de l'incipit à l'excipit et la ténacité romanesque étaient des points à soulever; le roman est un genre lourd à manier, il doit se faire "souple" pour ne pas rompre sous son propre poids. Comment ? En créant des ponts par un dialogue entre les massifs descriptifs et la narration par exemple (valeur symbolique et diégétique chez Balzac, Zola etc).

La linéarité était, je crois, au cœur du sujet - "aligner", "fil d'acier" - et un roman comme Le Grand Meaulnes (et d'autres romans poétiques) détruisent l'idée d'une linéarité qui peut souvent réduire le potentiel poétique du roman. Le roman devient « réversible » comme un poème, c’est-à-dire que le sens s’encode en spirale. On pourrait aussi rendre justice à Segalen, en montrant qu'il avait pressenti que le roman, dans sa formule traditionnelle (si elle existe!), allait éclater dans la nébuleuse de l'essai qui ne suit plus un "fil d'acier" d’intrigue solide (Proust, Musil, Joyce...); paradoxe, le roman réclame encore davantage de temps !

Enfin, voilà globalement les idées que j'ai pu mobiliser sur ce sujet !

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Hermes a écrit :

J'ai planché aussi sur ce sujet ! Je suis très familier de l’œuvre de Segalen, pour autant, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de connaître ce poète pour traiter le sujet convenablement. Mais je souligne que Segalen avait une forme de roman bien déterminée en tête lorsqu'il écrit cela : il a consacré sa thèse de médecine aux écrivains naturalistes.  (Je crois que Gataloca a "tapé dans le mille", Segalen juge implicitement le roman à l'aune de la poésie.)

uffff !!!!!! ça fait du bien de lire ça !

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La composition française des classiques, c'était aujourd'hui ou je me trompe ? Quelqu'un aurait le sujet ?

Voici le sujet, pas bien passionnant non plus je trouve :

Je voulais surtout vous dire ceci : il est impossible que le lecteur ne se rende pas compte de la position dans laquelle se trouve l'auteur par rapport au social. Il est intimement mêlé à la vie, vous comprenez ? Il est obligé de se servir d'un vocabulaire de gestes, d'attitudes, d'images. Ce vocabulaire de gestes, d'attitudes, d'images, est exactement placé dans la vie même que l'auteur est en train de vivre au moment où il décrit son personnage Si bien que, même s'il raconte une histoire qui se passe sous Henri IV, c'est sa propre époque qu'il décrit !

Jean Giono, Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche,
(enregistrés en 1952 - publiés en 1990)

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Bonjour à tous!

Je suis admissible (youpi!!!)

J'ai axé ma dissertation sur une réflexion portant sur l'essence  même du genre romanesque au sens large.
Ma problématique : Peut-on définir le roman comme un genre uniforme et cloisonné ou doit-on envisager le genre romanesque comme un modèle littéraire protéiforme?"

Bonne chance pour la suite à tous!

Kaga