11

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Oui, ça tombe le 12/07 (ce qui est exceptionnellement rapide si on compare à la session de l'année dernière!). D'autant plus que les jurys des oraux (qui se déroulent en ce moment, je les ai passé le week-end juste avant les écrits) sont les mêmes que ceux des écrits.

12

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Sullien a écrit :

"Transsubstantiation" et "ductilité", c'est quand même pas la mer à boire, je veux dire, à ce niveau-là...
Remarquez, ça pourrait en motiver plusieurs à reprendre le latin ! 

Transsubtantiation, en tant que terme ancré dans la culture chrétienne ne pose aucun problème. Mais "ductilité", un terme technique comme le disait Yueen, en pose un... A moins que l'exercice de composition ne relève d'un concours de pédanterie, je vois mal l'intérêt de ne pas expliquer ce terme. Enfin bon, c'est pas bien méchant car dans le contexte il se devine.

Merci Yueen pour ces précisions !

13

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Pour ma part, qui ai également tenté ma chance cette année, j'ai bien entendu buté sur les mots que vous avez relevés. Si la notion de transsubstantiation m'est familière (en fait je la trouve passionnante ), j'ai eu beaucoup de mal à la rapprocher du roman. La transsubstantiation est le corps du christ qui devient pain et vin. Mais adapté au roman ça donne quoi ? Je l'ai rapproché de la notion de la catharsis, mais c'est un peu fumeux.
Quant à la ductilité, j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un quasi synonyme de "fluidité", ou que ça s'appliquait à des éléments liquides. Du coup je l'ai mis en opposition avec la ténacité, opposition que j'ai confirmée par l'emploi du chiasme entre "ductilité grande" et "considérable ténacité". Manque de bol la ductilité, ça n'a rien à voir avec les fluides mais avec les filaments.

Quant au mot "formule", il m'a laissé un peu circonspect. Une formule magique, une formule mathématique, une formule entré + plat + dessert à 28 euros ok, mais la formule du roman, merci bien ... du coup j'ai glosé ça par "ensemble des critères génériques".... merci d'être venu, on vous appellera... Gros fiasco pour moi cette dissertation... dégoûté.

Sinon tout à l'heure j'étais chez Gibert et je tombe par hasard nez à nez avec un bouquin de Segalen, Stèles , apparemment son pus reconnu et indéniablement original. En fait il s'agit avant tout d'un poète sinologue, ce qui me réconforte un peu parce que, bizarrement, je sentais que cet énoncé, il y avait certes un jugement de valeur sur le roman, mais surtout par rapport à aux genres sans que jamais ceux-ci soient nommés.

Enfin bref... Alea jacta est...

Ya une autre session en avril y paraît

14

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Tu pourrais nous donner le plan que tu as adopté ? On s'est peut-être croisé si tu l'as passé à Paris ;p

15

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Bonjour,

Première fois pour moi - persuadée au départ que j'allais planter la grammaire (trop peu de temps de préparation, donc impasse sur l'AF entre autres) et me rattraper en composition. Au sortir des épreuves, un peu l'impression de l'inverse au final - même si en grammaire je serai notée sur 15 puisque je n'ai pas traité les deux question d'AF. Le sujet de composition était en effet un peu déstabilisant... Pour moi, j'ai pris une direction particulière - ça passe ou ça casse - puisque j'ai choisi de voir dans cette critique du roman une valorisation implicite de la poésie... vu que la seule chose que je savais sur Segalen c'est que c'est un poète. De plus, j'ai utilisé la date de parution de l'essai de Segalen pour situer sa réflexion à une époque-charnière : au XIXème la poésie a pris son envol et rompu avec les codes et les canons, alors que le roman semble s'être figé dans une forme particulière, celle du roman réaliste. Donc l'analyse que j'ai proposée montrait que si le roman n'est "même pas réversible" ou que "sa transsubstantiation est médiocre", c'est par opposition à la réversibilité et à la transsubstantiation abouties de la poésie. J'ai expliqué "réversibilité" à la fois comme anti-linéarité (chronologie du roman qui empêche la liberté de l'auteur, liberté de la poésie) et comme échange (la poésie établit une équivalence entre auteur et lecteur puisque l'auteur parle pour le lecteur, alors que dans le roman l'auteur guide le lecteur - cf "ducere" en latin, guider... donc ductilité) ; et "transsubstantiation" comme la transformation magique/mystique/spirituelle qui charge le langage poétique (passage du langage quotidien à un langage divin) et fait du poète un prophète. Mister Cevalier au Lion, pour moi la transsubstantiation c'est la transformation de l'hostie en chair divine plutôt que l'inverse, je me trompe ? J'ai dû bâcler ma IIIème partie mais en gros j'y parlais de l'aspect visionnaire de Segalen qui ouvre un débat, et des changements que connaît le roman au XXème siècle, du Nouveau Roman à la science-fiction en passant par les oeuvres poético-romanesques de Vian.

A la base plutôt contente de moi, ensuite frustrée car j'ai fini sur le fil (mon intro, que je fais toujours à la fin, est foireuse, et je ne préfère pas penser à mon ouverture de conclusion), après affolée par la possibilité du Hors-Sujet... maintenant je ne sais plus trop quoi penser.

16

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Bonsoir,

J'ai moi même fait une comparaison implicite avec la poésie dans ma 3ème partie et parler du style dans les romans réalistes (malgré les contraintes  évoquées dans ma première partie ). Je pense qu'il fallait tenir compte que Segalen était un poète. Je me suis axée plutôt sur les adjectifs qui dénotaient un jugement de valeur négatif, toujours je pense en comparaison avec la poésie, genre noble : "médiocre" et "formule grossière". Pour moi, la transsubstantiation correspondrait au niveau littéraire à la "poésie pure".
Pour ma 2ème partie, je l'ai axée sur le fait que le triomphe du Roman n'est pas "nécessaire" selon Segalen et essayé de prouver le contraire.
On a toujours essayé de définir le roman en comparaison avec la poésie et les adjectifs allaient dans ce sens.
J'ai été assez critique sur la définition assez réductrice du roman vu par Segalen.

Je ne suis pas satisfaite de ma copie car par manque de temps j'ai bâclé la fin.

Bonne soirée
Elisabeth

17

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Bonjour,

Lexique : Grossier + médiocre + transsubstantiation + ductilité + formule + causes et effets + acier + excellence...

N'y aurait-il pas ici une connotation alchimique, la science des métaux et essences ? (à adapter à la création poétique ?)
La transsubstantiation du plomb en or, les matériaux grossiers, les lois de causalité dans les transformations, les formules alchimiques, la ductilité de l'or reconnue... Quelle belle métaphore pour un poète !

En regardant de plus près, en amont, dans le texte d'où est issue la citation, on relève l'idée de "germe" (que transmet tout oeuvre d'art)...
Puis, l'expérience du médecin-poète Ségalen en Asie au contact de spécialistes sinologues peut confirmer la thèse du processus alchimique propre à l'écriture, notamment poétique.
Je ne sais pas. je dis ça : je dis rien...

De mon côté, j'ai privilégié :
- la perspective historique (année 1910 : essoufflement des codes romanesques, primauté de la poésie pour le déchiffrement du nouveau siècle, occultisme de l'époque - Huysmans fut un ami de Ségalen -, scientisme prédominant, les romans d'Anatole France...). Et Proust est pleine rédaction de sa Recherche qui ne paraitra que dans les années suivantes : Proust ou le renouveau du roman et de la critique littéraire.
- L'inquiétude du début du siècle...Les polémiques... La folie dont parle Céline au début du Voyage : Apollinaire, Péguy, et lui-même Ségalen morts pour la France à la fin de la première guerre mondiale...).
- Une définition de l'essai comme seul avenir possible du roman et de sa prose (qui ne peut être réversible comme le vers l'est  - Versus : retour-).


Bref, un sujet qui oblige à bien des prises de risques.
Bonne journée !
Lucien

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

ComteDeValmont a écrit :

Oui, ça tombe le 12/07 (ce qui est exceptionnellement rapide si on compare à la session de l'année dernière!). D'autant plus que les jurys des oraux (qui se déroulent en ce moment, je les ai passé le week-end juste avant les écrits) sont les mêmes que ceux des écrits.


C'est juste hallucinant ! Comment vont-ils faire pour corriger en si peu de temps sachant qu'il y aura sans doute plus de candidats qu'à la dernière session ? Quelqu'un a-t-il eu des échos de plaintes de profs à ce sujet ?

J'imagine que la présentation des copies jouera beaucoup 

19

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Moi ce que je me demande aussi, c'est comment ils vont gérer les "démissions" des M2 qui auront été admis mais qui ont quand même tenté les écrits de cette session exceptionnelle. Ils vont les retirer du classement ? Faire une liste d'attente des admissibles susceptibles d'être repêchés ? Ne pas faire de repêchage ?

20

Session exceptionnelle Capes 2014 - Composition française

Je me suis éclatée sur la dissert... fufufu. Oui, j'avais les oraux vendredi et samedi, je suis rentrée dimanche et du coup, en plus d'être lessivée, je n'avais plus de stress du tout... Ca m'a permis de réfléchir - peut-être mal, nous sommes bien d'accord...

La ductilité je ne connaissais pas non plus. Je l'ai associé au terme "longueur" avec l'histoire des 300 pages.

La transsubstantiation, comme c'était le pain et le vin qui venaient du corps et du sang du Christ, j'ai pensé que ça pouvait être le passage du réel au factice... Je l'ai expliqué ainsi...

J'ai fait comme plan, en gros :

I. Le roman dans le temps

A. "Je ne puis croire au nécessaire triomphe du roman" : Oui, il triomphe mais au prix de gros efforts, triomphe qui ne vient pas de soi. Il peut triompher de ses détracteurs mais est toujours remis en cause.
Ex : Rousseau critique les romans dans son propre roman La Nouvelle Héloise ; Pourtant, considérable succès ! Opposition entre la critique faite au genre romanesque et la demande du lecteur qui accorde plus d'attention au romans qu'aux autres genres littéraires ; roman plus lu que les pièces de théâtre ou les recueils de poèmes.

B. D'ailleurs, les romanciers veulent se justifier et s'excuser d'écrire des romans. Ils cherchent eux-mêmes à lui donner un autre nom, ils trouvent de l'intérêt dans d'autres sciences et d'autres arts.
Ex : Zola montre l'intérêt de ses romans en les justifiant par rapport à la médecine et à la généalogie.

C. "Il réclame de se développer. Il a besoin du temps" : Genre en constant tâtonnement sur de longs siècles, qui a besoin des siècles pour atteindre une perfection (perfection somme toute relative, différente pour chaque période littéraire). Chaque courant prend le contre pied, s'oppose à ce qui le précédait, s'en distingue.
Ex : La Princesse de Clèves. Roman classique qui s'oppose à la préciosité de Melle de Scudéry : histoire simple, intrigue qui ne multiplie pas les récits enchâssés, personnages historiques réels proches dans le temps (Henri II à 1 siècle de distance de Louis XIV).

II. L'écriture du roman

A. "Sa formule est grossière par excellence et sa transsubstantiation médiocre" : aucun affinage dans les traits des personnages qui ne ressemblent que de loin aux personnes réelles, tant moralement que physiquement. Aucun exploit dans le passage de l'un à l'autre, du réel au factice. L'image ou la reproduction du réel n'aboutit à rien.
Ex : pour Valery, le personnage de roman est un "vivant sans entrailles". Les personnages ne prennent pas vie. Les nouvelles tentatives d'écritures différentes ne sont pas récompensées, peu lues : La Soirée avec M. Teste.

B. "Aligner une série de causes et d'effets" : Dans l'histoire, c'est comme dans la vraie vie. Les personnages et les événements sont le produit de l'auteur, aucune place au hasard
Ex : Balzac surdétermine ses personnages à travers la description qu'il en fait, le lecteur a donc peu de place pour l'imagination. Ca empêche au lecteur de remplir les blancs pour se rapprocher des personnages. Le lecteur est alors concentré sur les causes et effets de l'histoire. L'explicit du Père Goriot. Posture de conquérant de Rastignac face à Paris comme conséquence de son lien avec Goriot.

C. "Il n'est même pas réversible" : Les romans ne peuvent revenir en arrière, écriture comme intention d'auteur qui maîtrise l'histoire (oui, l'auteur n'est pas encore mort en 1910 !). Une fois écrit et publié, le roman ne peut revenir en arrière, ne peut faire revivre un personnage mort (bon, je sais que c'est faux, mais je n'avais pas d'exemple français... Mais je sais par ex. que Conan Doyle a tué Sherlock Holmes mais les "fans" l'ont menacé s'il ne le remettait pas à la vie..).
Et à un autre niveau, les romanciers ne peuvent ignorer les avancées, les progrès de leurs prédécesseurs
Ex : le monologue intérieur utilisé par Desjardins (Dujardin ??) dans Les Lauriers sont coupés. Le monologue intérieur sera repris par d'autres auteurs, Joyce en 1e...

D. Un long roman : le roman s'oppose à la nouvelle : personnages complexes, histoire complexe, période souvent longue contre la nouvelle et ses personnages réduits à 1 trait, 1 seul événement majeur, histoire simple dont chaque mot dès le 1er doit tendre vers une fin (ce qu'explique Baudelaire à propos des nouvelles d'Allan Poe). Le roman peut rarement être lu d'une traite... "Considérable ténacité" : pour en venir à bout, il ne faut pas qu'il y ait de rupture. L'auteur doit aller au bout de son histoire, ce qui permet au lecteur d'y aller aussi et de ne pas lâcher le livre avant la fin.
Ex : passion des lecteurs pour l'Astrée, très long roman pastoral.

III. Antithèse / synthèse... Je ne l'ai pas appelée en fait... LOL

A. Un long roman n'est pas nécessaire pour porter le nom de "roman"
Remise en cause de la longueur à de nombreuses reprises.
Au hasard, j'ai pris pour exemple les Lettres portugaises, qui ne reste pas moins un roman malgré ses 5 petites lettres.

B. Opposition à la "formule grossière" : souci des auteurs pour trouver le mot juste, besoin de se rapprocher toujours plus du réel, autant dans le portrait physique que moral, de peindre des sentiments humains dans ce qu'ils ont de contradictoire.
Ex : le mal du siècle est présenté dans Adolphe. Introspection, première personne, qui n'est pas tout à fait la réalité mais qui s'en approche, d'autant plus que le mal être décrit pour le personnage d'Adolphe est proche de celui de l'auteur, roman autobiographique.

C. Opposition à la "transsubstantiation médiocre" : le roman peut à la fois, selon le but de l'auteur, permettre l'évasion ou nous présenter notre condition humaine. Quel que soit son but, il est là pour dire la vie, pour nous apprendre quelque chose sur nous-même, pour nous amener à nous interroger sur l'existence ou pour créer un sentiment de révolte contre l'injustice, la société.
Ex : Voyage au bout de la nuit. Roman poignant dans son refus de la guerre, de la boucherie qu'elle représente,  la fois dans le travail d'écriture (langage familier, vulgaire, argotique), le démonstratif "ça" que dans ce qui est dénoncé par Bardamu.






Bon appétit bien sur !