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Pourquoi écrire de la poésie ?

Non pas pour alimenter la légère friction - dont je suis, en partie, responsable et désolée -, mais bien pour retourner dans le vif du sujet, je dirais que la question du comment écrire la poésie est infiniment plus féconde que celle du pourquoi l'écrire.

Aujourd'hui (suffit d'ouvrir un livre de poésie contemporaine pour le constater), la rime est anachronique, mais cela est tout simplement la conséquence d'une conception moins normative et plus individuelle de la poésie. Autrement dit, le romantisme avait déjà signé l'arrêt de mort de la rime et des conventions formelles, même si non en pratique. Ce serait affirmer, du coup, que la poésie, en 2018, est toujours dans le sillon du symbolisme quant à sa conception du politique (terme à prendre au sens large, dans le contexte) : individualité affirmée, travail autotélique sur la langue, évacuation - dans la mesure du possible - des questions sociales et politiques.

Autre aspect à discuter : la poésie contemporaine est-elle une poésie de demi-mesure ? Comment libérer la poésie davantage qu'ont pu le faire Mallarmé, Tzara, Artaud, Isou, Gauvreau ? L'individualité, c'est un peu l'épée de chevet de la poésie nouvelle, coupable de savoir qu'elle a fait marche-arrière sur le plan formel.

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Pourquoi écrire de la poésie ?

Mon interrogation reste beaucoup plus simple : écrit-on pour soi ou aussi pour partager un regard, une émotion esthétique ?
Comment écrire ? Qui peut trancher entre hermétisme, ellipses, vers allusifs , lyrisme, forme régulière ou écart ?
Pour moi, pas nécessaire d'entrer dans la fabrique de l'écriture.
Ce débat, ça rime à quoi ?     

Certains ont un besoin impérieux d'écrire, d'autres un besoin impérieux d'en lire, selon les attentes, les découvertes mais toujours pour changer le regard et pour percevoir l'indicible.
Je rejoins Cadou : "La poésie est inutile comme la pluie". Indispensable et féconde.

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Pourquoi écrire de la poésie ?

Écrire pour soi, c'est quand même un oxymore, non ? Le langage, par définition, perd tout son intérêt s'il est pour soi.

C'est précisément parce que le pourquoi mène à un horizon de réponses subjectives qu'il est plus intéressant de poser la question du comment, à mon sens.

Depuis quelques années, il existe une forme d'art appelée la vidéo-poésie. Je parlais de la marche-arrière : depuis longtemps, le moteur du poète, c'est la transgression, la nouveauté, la fulgurance. Nous en sommes rendu, avec la vidéo-poésie, à un tel point que le texte ne se suffit plus à lui-même !

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Pourquoi écrire de la poésie ?

Je n'entre pas dans le débat en cours, je relève juste ceci: "Écrire pour soi, c'est quand même un oxymore, non ?"

Et je dirais que non. On a besoin des mots pour faire retour sur soi. Le langage n'est pas tourné, à mon sens, que vers les autres.

Pourquoi écrire de la poésie ?

Je suis de ton avis, du moins lorsqu’il s’agit de gens qui n’ont pas dans l’idée de faire de l'écriture leur métier.
Écrire peut aussi être une façon de mettre en ordre ses idées, de se décharger, même si l’on ne montre à personne ce qu’on écrit.

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Pourquoi écrire de la poésie ?

A la question du Comment ? il paraît impossible de donner une réponse qui serait, de fait, réductrice. De même pour la question du  Quoi ? J'aime le mystère qui entoure la création.

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés, de chambres d’harmonie, en même temps que d’éléments futurs, de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant. Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre. Et un ordre insurgé.
René Char

J'apprécie ce genre de "comment" mystérieux et intransposable ...

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Pourquoi écrire de la poésie ?

perluète a écrit :

Je n'entre pas dans le débat en cours, je relève juste ceci: "Écrire pour soi, c'est quand même un oxymore, non ?"

Et je dirais que non. On a besoin des mots pour faire retour sur soi. Le langage n'est pas tourné, à mon sens, que vers les autres.

L'introspection commande les mots, certes, mais là il s'agit d'écriture quand même. Le j'écris-pour-moi-même, c'est historiquement un beau mythe. L'argument est plus ontologique que ça : la langue n'est pas conçue autrement que comme une modalité de l'autre.

Pourquoi écrire de la poésie ?

Quid d'un journal intime ?
L'écrit-on forcément toujours pour que d'autres le lisent ?

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Pourquoi écrire de la poésie ?

Il est même possible que les premiers signes gravés sur les murs des grottes aient été destinés à se souvenir. 

Pourquoi écrire de la poésie ?

Ah oui, comme des pense-bêtes pour les courses.
"Penser à rapporter du gigot de mammouth"...