1

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

Bonjour,

Ayant plusieurs textes à analyser, je rencontre un problème, en effet, je me pose une question sur ce texte :

Le textes de La Bruyère, Caractères « De l'homme » XI, n°128, 1688.

«  L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racine : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé.  »

Cet extrait fait-il parti de l'argumentation directe ou indirecte et de quel type d'argumentation ?
Personnellement j'aurai opté pour de l'argumentation directe, l'argumentation Ah Hominem, (le sujet concerné est l'esclavage, qui est à la base une question de couleur donc de physique) mais j'ai lu qu'il ferait parti de l'argumentation indirecte, l'apologue. Je suis un peu perdue ! Si quelqu'un a une solution à m'apporter, je suis preneuse.

Merci d'avance.

2

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

Il s'agit d'argumentation indirecte : La Bruyère donne à voir un tableau puis en tire une leçon. Cette forme est un apologue : histoire courte suivie d'une morale.
L'argument ad hominem ne concerne pas les hommes en général, mais une personne en particulier.
Regarde la fiche argumentation du site https://www.etudes-litteraires.com/argumentation.php.

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

(le sujet concerné est l'esclavage, qui est à la base une question de couleur donc de physique

Nullement. La Bruyère décrit la misére du paysan français, sur le sol de France.

noirs, livides et tout brûlés du soleil,

:
ils sont bronzés car ils passent leur vie dans les champs. Etre bronzé, c'est l'horreur sous le règne de Louis XIV, où la peau blanche est un critère de beauté.

4

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

Merci, j'ai beaucoup de mal avec cet exercice (je suis en 2nd) qui est en réalité une question de corpus sur ce texte.

Ainsi que sur Lettre à Louis XIV, Fénelon :

Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le Roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière, qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ? Les émotions populaires, qui étaient inconnues depuis si longtemps, deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins, et de faire couler sous main quelque monnaie pour les apaiser ; ainsi on paye ceux qu'il faudrait punir. Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité, ou de laisser la sédition impunie et de l'accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'ils tâchent de gagner à la sueur de leurs visages.

Pour cet extrait, je pense à de l'argumentation directe (lettre), j'hésite beaucoup pour le type d'argument :
Entre celui d'autorité ou de cause à effet (cause : l'égoïsme du roi ; effet : le peuple se révolte)

- Le Discours à l'Assemblée de Victor Hugo :

Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques, pleines de miasmes stagnants, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance à côté des puits !  Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage !  Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre, les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !  Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint-Sauveur : pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? - elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. J'ai insisté : - vous ne les ouvrez-donc jamais ? - Jamais, monsieur !
Figurez-vous la population maladive et étiolée, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !  Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier phtisique agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez...  Ah ! Vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies, les plaies saignantes de ce Christ qu'on appelle le peuple !

Ici, cela toucherait selon moi à l'argumentation directe (dialogue) ; ironie (exagération au niveau des chiffres "Jusqu’à 10 familles dans une masure".

- Ainsi qu'un extrait de L'Assommoir d’Émile Zola :

Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu'elle entendait râler autour d'elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s'être donné le mot pour ne pas avoir du pain tous les jours. Les portes avaient beau s'ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventres vides. Par moments, des danses s'élevaient, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. On était là dans une crampe au gosier générale, bâillant par toutes ces bouches tendues ; et les poitrines se creusaient, rien qu'à respirer cet air, où les moucherons eux-mêmes n'auraient pas pu vivre, faute de nourriture. Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s'y retirait comme une marmotte, s'y mettait en boule, pour avoir moins froid ; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim ne le faisait même plus sortir, car c'était bien inutile d'aller gagner dehors de l'appétit, lorsque personne ne l'avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s'il n'était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d'un œil seulement ; jusqu'à la mort qui l'oubliait ! Gervaise, dès qu'elle avait du pain, lui jetait des croûtes.
Si elle devenait mauvaise et détestait les hommes, à cause de son mari, elle plaignait toujours bien sincèrement les animaux ; et le père Bru, ce pauvre vieux, qu'on laissait crever, parce qu'il ne pouvait plus tenir un outil, était comme un chien pour elle, une bête hors de service, dont les équarrisseurs ne voulaient même pas acheter la peau ni la graisse. Elle en gardait un poids sur le cœur, de le savoir continuellement là, de l'autre côté du corridor, abandonné de Dieu et des hommes, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d'un enfant, ratatiné et desséché à la manière des oranges qui se racornissent sur les cheminées.

J'opterai ici pour de l'argumentation indirecte (recours à la fiction) ; et comme type d'argument, sans certitude la généralisation (femmes battues, enfants mourant de faim ect...)

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

En tout cas, je ne vois pas où est l'ironie chez Hugo.
De toute manière, l'exagération, ce n'est pas de l'ironie, c'est une hyperbole.
Et "Dix familles dans une masure" est un constat, ce n'est même  pas une exagération.

Où as-tu vu de la fiction dans le texte de Zola ?
Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

6

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

Dans mon cours, la partie ironie est illustrée par :

-Logique absurde.
-Recours à l'antiphrase.
-Une exagération ou caricature poussée à l'extrême.

L'exagération est dont mis en relation avec l'ironie...


« […] dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit. »
Cela ne marque qu'un simple constat ?

Erreur de ma part, pas de fiction dans le texte de Zola ! Je me suis emmêlée.

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

« […] dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit. »
Cela ne marque qu'un simple constat ?

Oui. C'est la réalité du temps, que l'on trouve également décrite par Eugène Sue dans les Mystères de Paris.
Nous n'avons plus idée de ce que pouvait être la misère au XIXe siècle, mais nous devons en croire les contemporains.

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

Oui, Hugo n'a hélas pas besoin d'exagérer... et encore moins d'ironiser !

9

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

D'accord, donc pour :


                     - Le Discours à l'Assemblée de Victor Hugo, ce n'est pas de l'ironie. Donc, argumentation directe : La généralisation

                       - Lettre à Louis XIV de Fénelon, argumentation directe : Les rapports de cause à effet.

                       - L'Assommoir d'Emile Zola, argumentation une nouvelle fois directe : La généralisation.

10

La Bruyère, Les Caractères - L'on voit certains animaux farouches...

- Le Discours à l'Assemblée de Victor Hugo, ce n'est pas de l'ironie. Donc, argumentation directe : accumulation ou argumentation par paliers, prise à témoin
  - L'Assommoir d'Emile Zola, argumentation indirecte : argument des paliers, analogie sur la fin