Hugo, Quatrevingt-treize - Alors une chose farouche commença...

Bonjour,
j'aurais besoin d'aide pour faire un commentaire sur ce texte de Victor Hugo venant du roman Quatre-vingt-treize j'ai fait un plan et j'aimerais avoir votre avis..




Voici le texte :

Alors une chose farouche commença ; spectacle titanique ; le combat du canon contre le canonnier ; la bataille de la matière et de l'intelligence, le duel de la chose contre l'homme. L'homme s'était posté dans un angle, et, sa barre et sa corde dans ses deux poings, adossé à une porque, affermi sur ses jarrets qui  semblaient deux piliers d'acier, livide, calme, tragique, comme enraciné dans le plancher, il attendait. Il attendait que le canon passât près de lui. Le canonnier connaissait sa pièce, et il lui semblait qu'elle devait le connaître. Il vivait depuis longtemps avec elle. Que de fois il lui avait fourré la main dans la gueule ! C'était son monstre familier. Il se mit à lui parler comme à son chien. - Viens, disait-il. Il l'aimait peut-être. Il paraissait souhaiter qu'elle vînt à lui. Mais venir à lui, c'était venir sur lui. Et alors il était perdu. Comment éviter l'écrasement ? Là était la question. Tous regardaient, terrifiés. Pas une poitrine ne respirait librement, excepté peut-être celle du vieillard qui était seul dans l'entrepont avec les deux combattants, témoin sinistre. Il pouvait lui-même être broyé par la pièce. Il ne bougeait pas. Sous eux le flot, aveugle, dirigeait le combat. Au moment où, acceptant ce corps-à-corps effroyable, le canonnier vint provoquer le canon, un hasard des balancements de la mer fit que la caronade demeura un moment immobile et comme stupéfaite. "Viens donc ! " lui disait l'homme. Elle semblait écouter. Subitement elle sauta sur lui. L'homme esquiva le choc. La lutte s'engagea. Lutte inouïe. Le fragile se colletant avec l'invulnérable. Le belluaire de chair attaquant la bête d'airain. D'un côté une force, de l'autre une âme. Tout cela se passait dans une pénombre. C'était comme la vision indistincte d'un prodige. Une âme ; chose étrange, on eût dit que le canon en avait une, lui aussi ; mais une âme de haine et de rage. Cette cécité paraissait avoir des yeux. Le monstre avait l'air de guetter l'homme. Il y avait, on l'eût pu
croire du moins, de la ruse dans cette masse. Elle aussi choisissait son moment. C'était on ne sait quel gigantesque insecte de fer ayant ou semblant avoir une volonté de démon. Par moment, cette sauterelle colossale cognait le plafond bas de la batterie, puis elle retombait sur ses quatre roues comme un tigre sur ses quatre griffes, et se remettait à courir sur l'homme. Lui, souple, agile, adroit, se tordait comme une couleuvre sous tous ces mouvements de foudre. Il évitait les rencontres, mais les coups auxquels il se dérobait tombaient sur le navire et continuaient de le démolir. Un bout de chaîne cassée était resté accroché à la caronade. Cette chaîne s'était enroulée on ne sait comment dans la vis du bouton de culasse. Une extrémité de la chaîne était fixée à l'affût. L'autre, libre, tournoyait éperdument autour du canon dont elle exagérait tous les soubresauts. La vis la tenait comme une main fermée, et cette chaîne, multipliant les coups de bélier par des coups de lanière, faisait autour du canon un tourbillon terrible, fouet de fer dans un poing d'airain. Cette chaîne compliquait le combat. Pourtant l'homme luttait. Même, par instants, c'était l'homme qui attaquait le canon ; il rampait le long du bordage, sa barre et sa corde à la main ; et le canon avait l'air de comprendre, et, comme s'il devinait un piège, fuyait. L'homme, formidable, le poursuivait. De telles choses ne peuvent durer longtemps. Le canon sembla se dire tout à coup : "Allons ! il faut en finir !" et il s'arrêta. On sentit l'approche du dénouement. Le canon, comme en suspens, semblait avoir ou avait, car pour tous c'était un être, une préméditation féroce. Brusquement, il se précipita sur le canonnier. Le canonnier se rangea de côté, le laissa passer, et lui cria en riant : "A refaire !" Le canon, comme furieux, brisa une caronade à bâbord ; puis ressaisi par la fronde invisible qui le tenait, il s'élança à tribord sur l'homme, qui échappa. Trois caronades s'effondrèrent sous la poussée du canon ; alors, comme aveugle et ne sachant plus ce qu'il faisait, il tourna le dos à l'homme, roula de l'arrière à l'avant, détraqua l'étrave et alla faire une brèche à la muraille de proue. L'homme s'était réfugié au pied de l'escalier, à quelques pas du vieillard témoin. Le canonnier tenait sa barre d'anspect en arrêt. Le canon parut l'apercevoir, et, sans prendre la peine de se retourner, recula sur l'homme avec une promptitude de coup de hache. L'homme acculé au bordage était perdu. Tout l'équipage poussa un cri.


Pour ce qui est de mon plan j'ai fait ceci :


1. Un combat epique d'une violence extreme
- destruction du bateau
- description avec champs lexicaux de la violence, du combat et de la destruction
2. coté spéctaculaire
- l'heroisme du canon (personnification)
- doutes (registre fantastique)


Voilà, merci d'avance pour votre aide !

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Hugo, Quatrevingt-treize - Alors une chose farouche commença...

C'est à reprendre.
Il te faut d'abord définir ton parcours de lecture.
Tu sembles t'orienter vers un combat épique, ce qui pourrait convenir.
Ton plan va alors consister à montrer comment Hugo transforme un incident de navigation en une scène fantastique.

1 - les circonstances : lieu, moment, l'arène
2 - les adversaires, le rapport des forces
3 - le combat du bien et du mal, de l'homme contre l'inanimé, de l'intelligence contre la force brutale

Remarque que le principal adversaire n'est jamais nommé : il s'agit de l'océan qui agite en sous-main la caronade mal entravée...

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Hugo, Quatrevingt-treize - Alors une chose farouche commença...

Selon moi, le côté spectaculaire est une partie à mettre dans l’Épique du combat.
Regarde la construction des phrases : pas mal d'entre elles présentent des oppositions entre "L'homme et la Machine", "La création" et "son créateur". De la même façon, ils ont des similitudes ( de mêmes actions ou adjectifs les définissent tous deux).

Voilà ce que je peux ajouter pour le moment ^^

Hugo, Quatrevingt-treize - Alors une chose farouche commença...

Merci beaucoup !! Mais pour le 2 et le 3 c'est un peu la même chose non ?

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Hugo, Quatrevingt-treize - Alors une chose farouche commença...

Mais non.
2 expose les éléments réalistes : le matelot et le canon qui s'affrontent dans l'entrepont sous le regard d'un public comme dans une arène ou une salle de boxe.
3 relève comment ces combattants deviennent les représentants, les symboles de forces qui les dépassent.