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Doutes sur mon avenir d'enseignant

Bonjour,

Finissant mes études de lettres cette année (Master 2), j'ai dans l'idée de préparer les concours de l'enseignement l'année prochaine. Cela fait plusieurs années que je souhaite devenir professeur de français. Pour me faire une expérience et parce que mon emploi du temps le permettait, j'ai été recrutée en tant que professeur contractuel. J'ai pu récemment faire une suppléance dans un lycée assez difficile. Et voilà, j'en ressors mitigée, moi qui pensais que cette expérience allait me motiver et m'être utile bien que je me doutais qu'elle allait être difficile...

20h par semaine et 5 niveaux différents dont certaines classes très difficiles, c'était épuisant, même si avec certaines classes ça s'est bien passé.

Seulement je crois que cette expérience m'a effrayée. A la fin de la suppléance, je venais au lycée en pleurant, et pourtant je ne pense pas ne pas être faite pour l'enseignement. Certains élèves ont été sans pitié avec moi, et la direction ne m'a pas toujours prise au sérieux. J'ai peur en y repensant, j'ai peur que ce manque de respect soit le même partout et parfois je m'en veux d'avoir poursuivi mes études de Lettres par passion. Je veux préparer l'agrégation l'année prochaine, avant tout parce que j'ai envie de me surpasser intellectuellement. Je me dis que j'aurais peut-être dû ou devrais peut-être faire quelque chose de moins plaisant mais qui m'aurait donné une alternative.

Certains d'entre vous ont-ils déjà fait des suppléances ? Comment se sont-elles passées ? Certains ont-ils arrêté l'enseignement assez tôt, ou enseignent toujours, et pour quelles raisons ?

Très bonne soirée,

Lucy

Doutes sur mon avenir d'enseignant

Salut Lucy!

Ton récit est à la fois triste et un peu effrayant pour moi qui aspire à être également enseignant (je suis encore un "bébé", je ne pourrai pas te raconter mon vécu). Cela dit, comme la majorité des candidats au concours de l'agrégation, je n'aurai pas d'expérience concrète d'enseignement face à un grand groupe d'adolescents. C'est un peu une crainte.
Je pense que beaucoup sont dans ton cas lors de leur première expérience. Mais peut-être faut-il relativiser (j'imagine que c'est plus facile à dire qu'à faire)... Je me souviens d'une responsable d'un master préparation aux concours de l'enseignement en SES qui disait qu'ils obligeaient les étudiant à faire un stage dès le M1 pour "les mettre au contact des élèves le plus tôt possible et... vite oublier la première expérience... qui est rarement bonne".
Il y a en ce moment le dicton à la mode "être enseignant, ça s'apprend". Bon, si on omet tous les présupposés pour le retour du pédagogisme dans la formation, j'imagine qu'il y a une chose qui est vraie : comme dans beaucoup de domaines, à moins d'être très doué, il faut engranger de l'expérience (et par là même des attitudes qui nous seront propres et qui permettront de mieux gérer une classe), s'entraîner si j'ose dire. J'ai une image un peu ras des pâquerettes mais bon je la dis quand même : on aura beau t'expliquer point par point comment Lionel Messi fait pour passer 6 défenseurs et marquer d'un but en pleine lucarne (avec des détails super techniques comme l'angle de frappe, la course d'élan, les mouvements du corps dans un dribble... Bref! TOUT!) que tu sauras être spontanément Lionel Messi. Peut-être même que toute cette théorie ne servira pas à grand chose et que tu pourrais t'en tirer très bien sans... Mais c'est un autre débat. Le soucis est que, ici, on est dans l'ordre des relations humaines et ça peut parfois être très humiliant de ne pas être à la hauteur de ses espérances (et de ne pas réussir à inculquer sa passion). Je ne sais pas si, pour une première expérience, il faut s'alarmer.
Tu dis que tu as des classes assez calmes. Peut-être faut-il te baser sur ça pour évaluer le bon côté des choses. Comment a été ton ressenti vis-à-vis de ses classes? Est-ce que tu as pris du plaisir avec celles-ci? (je trouve le manque de soutien de la direction affligeant...)
Sinon je te trouve très courageuse d'avoir accepté ce poste de contractuel. Je trouve d'ailleurs que 20h c'est énorme si tu as ton master à côté! Il est probable que ce découragement puisse venir de cette usure physique et mentale...
J'espère que des témoignages rallumeront la petite flamme car, à te lire, ton projet avait l'air assez réfléchi.

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Doutes sur mon avenir d'enseignant

Bonjour,

Effectivement je voulais faire cette expérience pour avoir un premier contact avec les élèves avant de passer les concours. Les stages en Master enseignement sont une très bonne idée, et je pense que le stage après l'agrégation devrait être rétabli (j'entends le stage de 4/6h par semaine, que l'on faisait il y a quelques années, avec un tuteur, avant d'être titularisé et d'enseigner à plein temps, et non cette bizzarerie de stage toujours appelée "stage" mais à plein temps). Pour ma part je n'ai pas fait de Master enseignement car je voulais me concentrer sur un autre aspect des Lettres pendant deux ans.

Tu as raison de dire qu'être enseignant ça s'apprend, et qu'il faut du temps. Tous les enseignants que je connais (beaucoup sont des amis) ne sont à l'aise avec les élèves qu'à partir de trois ans d'expérience, et encore. Certains débutent et en ont marre, mais s'accrochent dans l'idée de faire autre chose dans quelques années.

Pour répondre à tes questions, dans mes classes calmes, j'ai vraiment apprécié de faire cours. Un cours, c'est génial quand ça se passe bien. Le problème, c'est que j'avais beaucoup de niveaux, que les classes calmes n'étaient pas majoritaires et que les classes difficiles étaient TRES difficiles, du coup quand je rentrais chez moi, même si j'avais eu des classes calmes, j'étais tellement usée physiquement et psychiquement par les autres que je ne pensais qu'aux points négatifs. Je n'arrive pas à réaliser dans quelle mesure cette expérience est proche de mon potentiel futur, et c'est pour ça que je reviens sur ma motivation d'enseigner. J'espère qu'avec le temps je prendrais du recul, mais pour l'instant je me demande si cette expérience a été utile ou traumatisante, et j'en ressors assez choquée.

Et pour le manque de soutien de la direction, je n'ose même pas dire ce qui s'est passé sur le forum public, je peux t'envoyer un MP si tu veux, mais à ta place je ne voudrais pas savoir

Merci de ton soutien en tout cas, n'hésite pas à me tenir au courant de tes premières expériences dans l'enseignement !

Bonne journée,

Lucy

Doutes sur mon avenir d'enseignant

J'ai eu des débuts très difficiles aussi, mais j'avais déjà le capes et j'étais stagiaire (seulement quelques heures donc face aux élèves, mais c'était épuisant et j'en sortais déprimée à chaque fois). Il m'a traversé l'esprit de démissionner. Quand on commence mal avec une classe, il est bien difficile de rétablir l'ordre et un bon contact ensuite, surtout si on n'est pas soutenu. Mais ensuite quand on redémarre une nouvelle année, dans un nouvel établissement, on arrive dans un autre état d'esprit : au lieu de préparer le contenu de ses cours pendant des heures, on prépare l'aspect pédagogique et la gestion de classe : quelles sont les règles que j'impose ? Quelle sanction je donne si un élève ne les respecte pas ? Comment je réagis ? Quelle méthode puis-je mettre en oeuvre pour que les élèves "accrochent" ? Tout se joue dans la première période de l'année : tes premières réactions sont décisives. A la fois des sanctions dès qu'une règle n'est pas suivie, et un dialogue avec l'élève, la famille, le PP, pour gagner son respect et sa confiance. Ensuite les bonnes habitudes sont prises et ça devient plus facile, tu peux te détendre un peu pour le reste de l'année. Je croyais au début que ça se ferait naturellement si mes cours étaient intéressants. C'était bien naïf...
D'autre part selon les années et les établissements, tu peux avoir des classes plus ou moins difficiles : tu n'auras pas systématiquement des classes comme tu as pu avoir cette fois. Il m'est arrivé de n'avoir que des classes agréables, ou au moins 3 classes agréables pour une pénible.
Enfin il faut savoir que certains ont une autorité ou un contact plus naturel avec les ados, pour d'autres (dont nous faisons partie, et ils sont nombreux), il faut apprendre avec le temps, ça s'améliore d'année en année.
A moins que tu aies un autre projet concret, je trouve qu'à l'heure actuelle avoir un emploi stable, correctement payé, et souvent passionnant, vaut la peine de surmonter les périodes difficiles (car tous encore, malgré l'expérience, pouvons nous retrouver désemparé devant une classe très difficile, mais ça reste ponctuel). je prends plaisir à exercer mon métier aujourd'hui, il aurait été dommage de démissionner à l'époque suite à une mauvaise expérience. Je ne dis pas que tout est facile, mais il y a plus de bons moments que d'épreuves.

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Doutes sur mon avenir d'enseignant

Ammy, tu parles d'or. J'ai enseigné quarante ans (voui !), j'ai oublié les mauvais moments. Ne me restent que des souvenirs extraordinaires. Important, ça ! Au-delà du partage, les élèves m'ont beaucoup appris sur moi-même et j'ai grandi avec / grâce à eux.

Très important aussi : savoir se remettre en question.

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Doutes sur mon avenir d'enseignant

Merci pour vos réponses.

Fandixhuit : merci pour ton conseil, je pense effectivement savoir me remettre en question. Je suis très tolérante, très à l'écoute, et j'ai fait de mon mieux. Vraiment, j'y suis allée avec toute la bonne volonté du monde, avec toute ma motivation depuis des années. J'ai conscience que je suis encore débutante dans le métier, j'ai encore tout à apprendre.

Maintenant, il n'empêche que certains moments étaient hyper-violents (pas seulement dans les classes : je pense à la direction), et j'ai eu du mal à gérer ça, comme, je pense, tout prof débutant.

Ammy : très beau message qui, je dois l'admettre, motive

Doutes sur mon avenir d'enseignant

Bonjour Lucy,

Votre message est très intéressant et les réponses aussi. Je ne sais pas quel âge vous avez tous ? Mais vous êtes sans doute de jeunes étudiants et je comprends bien vos craintes face aux adolescents. Mon fils de 12 ans a eu en soutien scolaire une très jeune femme et ça n'a pas collé. La différence d'âge n'était pas suffisante. Il a maintenant une dame plus âgée, c'est beaucoup mieux.
Bref, tout ça pour dire que je souhaite me réorienter et devenir prof à 42 ans. Alors que je n'en n'avais pas du tout envie ni le souhait à 20 ans. A 20 ans j'avais envie de croquer la vie, d'entrer dans la vie active et surtout de quitter l'école....Aujourd'hui j'ai changé et usé mes fonds de culotte non sur des bancs d'école (ils sont loin mes bancs d'école) mais derrière des ordinateurs dans des bureaux sinistres, avec des collègues machiavéliques et des patrons puants..Responsable de communication, journaliste, j'ai travaillé dans l'édition beaucoup.....j'ai fait pas mal de métiers...j'ai souvent changé car ce n'était pas ma place.
J'ai une licence de com' et un bac B (ES), j'ai fait un peu de latin au collège.....J'aimerais enseigner (en tout cas le Français...pas les Maths...Lol), pour partager, pour expliquer, pour aider...je pense avoir la maturité...le recul et la patience....que je n'avais pas il y a 20 ans. Mon expérience de maman et de belle-maman a évidemment beaucoup joué. J'ai 3 ados à la maison et plein de copains des ados à la maison. Si d'autres professeurs me lisent....qu'en pensent-ils ? Le parcours semble compliqué...et puis il y a maintenant ce nouveau master MEEF, c'est quoi ? Pourtant je suis en poste, j'ai un job, un CDI mais je m'ennuie tellement.....j'ai encore 20 ans à travailler.
Au plaisir de lire vos réponses....

Doutes sur mon avenir d'enseignant

A part Lucy, il y a bien longtemps que nous ne sommes plus de jeunes étudiants  . As-tu envisagé les BTS ? Je dis ça par rapport à la com. Pour le reste je ne peux te renseigner, mais ça confirme ce que j'ai dit : pas évident de trouver un métier épanouissant.
Lucy, pour l'instant tu es un peu "sous le choc", tu es visiblement mal tombée. J'espère qu'une nouvelle expérience te donnera vite une autre image de l'enseignement. Il faut savoir aussi que lorsqu'on n'est pas titulaire on n'est pas toujours bien accueilli (par la direction, les élèves, les parents), c'est encore plus difficile. Et quand la situation a pris certaines proportions, tout ne fait que s'envenimer par effet boule de neige

Doutes sur mon avenir d'enseignant

Bonjour/Bonsoir à tous,

Je suis un peu − à peine − plus avancée que toi, Lucy. J'ai travaillé comme vacataire il y a deux ans et parfois, c'était difficile. Par chance, et c'est presque bizarre de l'expliquer ainsi à présent, les premiers postes ont duré très peu de temps. J'ai donc été piétinée par des 4° − les fameux ! − et j'en ai pleuré toutes les vacances, en me disant que non, je n'y retournerais pas. Et puis j'y suis retournée. Le poste était plus cool, j'ai réussi à faire les six semaines. Puis un autre poste, en ZEP, après trois autres sur ce poste. J'avais à l'époque une amie qui venait de recevoir un chien d'assistante, parce qu'elle est handicapée. Souvent, nous nous retrouvions pour parler de nos bêtes respectives, parce que l'éducation d'un chien et celle d'un groupe d'élèves qui veulent à tout prix te faire craquer, finalement, c'est du pareil au même. Passionnée de psychologie sociale, j'ai commencé à essayer, à mettre en application des théories que j'avais lues et de fil en aiguille, les conseils de mon amie aidant, j'ai fini par comprendre que j'avais à ma disposition de formidables contraintes, une chance inouïe de me forger en les forgeant, de trouver une force supplémentaire non pas en eux mais par eux. Par la résistance qu'ils opposent sans cesse.

Ça fait déjà pas mal de temps, tout ça. Les conseils des collègues, des formateurs, les erreurs et l'observation font que, maintenant, j'arrive à obtenir un vrai silence et même quelques sourires. Là, maintenant, ça commence à peine et pourtant l'ennui semble loin, encore. Une fois que les bases éducatives ont été «acquises» (non, ça c'est un mensonge, rien n'est jamais acquis dans ce métier ! c'est ce qui le rend formidable !), on commence vraiment à transmettre des connaissances et la grande énigme de la pédagogie commence : qu'est-ce qu'on va essayer de leur transmettre ? comment ? en quoi est-ce important ? Un brouillard épais et puis, au fil des réussites, même maigres, on commence à envisager la portée que peuvent avoir certains textes pour d'autres personnes. On lit, on relit, on explique, on simplifie d'abord puis on essaie d'introduire simplement des idées plus élaborées. On cherche à comprendre comment ils comprennent, comment ils ne comprennent pas, comment ils pensent et ça devient parfois vertigineux. C'est en tout cas passionnant. Tout devient plus limpide et plus précieux.

Voilà ce que j'en pense, pour l'instant en tout cas. Je ne pense pas qu'il faille baisser les bras mais simplement y retourner en essayant de faire mieux. Les professeurs sont en général des gens généreux qui aiment se sentir utiles ; aussi trouve-t-on toujours un collègue pour donner des conseils... à condition de savoir les demander du moins. À force d'aller observer les autres, de réfléchir, de donner des cours, on peut y parvenir.

Comme Ammy, que par ailleurs je «plussoie», il me semble que la capacité de remise en question est une qualité nécessaire. J'ajouterais qu'il ne faut jamais laisser tomber en s'isolant ; c'est le meilleur moyen de s'enfoncer. Peut-être qu'un stage en observation auprès de professeurs aguerris pourrait t'aider. J'en ai beaucoup appris, personnellement.

Enfin, si tu te sens la vocation, persévère. On parle beaucoup d'autorité naturelle ; moi à qui on en trouve souvent, je trouve que c'est du flan et que ce métier est un... métier. Il s'apprend.



@virsan : quand on enseigne, la frontière entre l'étudiant et le professeur ne se situe pas au niveau de l'âge mais au niveau des connaissances. Autrement dit : le prof n'est pas le vieux mais celui qui sait. D'où ma question : avez-vous envisagé la possibilité que votre fils de quinze ans ne soit pas, par principe, dans son bon droit  ou celle que votre âge, sans être un handicap, ne soit pas particulièrement un atout pour votre projet de reconversion ?

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Doutes sur mon avenir d'enseignant

Bonjour,

je trouve judicieux que vous ayez pris la peine de vous confronter à la réalité du terrain. J'enseigne depuis 17 ans, dont plus de la moitié comme titulaire mais ayant commencé par de nombreux remplacements, je connais la difficulté de l'exercice.

Sachez que les suppléances sont à la fois la part la plus difficile du métier et la plus formatrice : il faut être opérationnel sans beaucoup de recul, vous pouvez rarement vous appuyer sur un réseau faute de connaître les ficelles de l'établissement, les élèves savent que vous n'êtes que de passage donc font moins cas de votre personne et de votre parole, qui est facilement mise en doute (et je ne parle des parents...) Bref ! un vrai terrain miné qui demande du courage, de la réactivité et de l'énergie. 20h pour 5 niveaux, on ne vous a pas épargnée et ce n'est pas anormal d'en sortir lessivée.
Avant l'agreg prenez d'autres remplacements, avec d'autres niveaux pour voir comment cela se passe et relativiser. Prenez des élèves en cours particulier pour travailler la pédagogie et gagner en confiance. Ne renoncez pas tout de suite si c'est ce que vous avez envie de faire. Un établissement ne fait pas l'autre, une année ne fait pas l'autre. Comme l'ont fait remarquer d'autres contributeurs, s'il arrive qu'il y ait des moments difficiles, il y en a aussi de formidables qui valent la peine de s'accrocher. Comme dans tous les métiers