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Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

J'ai lu votre article sur madame Bovary, sur ce même site:

https://www.etudes-litteraires.com/madame-bovary.php

Pourrait-on imaginer aujourd'hui "une" madame Bovary au masculin ?

Les femmes sont plus romantiques que les hommes, elles rêvent d'un mari brillant, glorieux...Mais ce qui était vrai au XIXème siècle l'est probablement moins aujourd'hui...

Mais Charles Bovary est un modeste médecin qui connaît ses limites .Il accepte d'opérer un pied bot pour faire plaisir à Emma et se couvrir de gloire, bien que cette opération dépasse ses compétences....(Dans une adaptation cinématographique américaine, diffusée dimanche dernier sur France 3, il s'apprête  à faire cette opération mais y renonce à la dernière minute
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=11.html).

http://soignerunpiedbot.com/Anglais/Agr … Bovary.htm

Alors Emma va chercher son bonheur ailleurs.

Les femmes médecin ne sont pas rares de nos jours, les femmes qui réussissent mieux que les hommes nous sont familières aujourd'hui...

Bref, peut on imaginer une "madame Bovary" au masculin ? Un homme romantique, rêveur amoureux d'une femme médecin réaliste ?

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Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

J'aurais tendance à penser que la majorité des jeunes sont des madames bovary au masculin. Ils ont pour ambition d'avoir un maximum de fric, une belle BM, une meuf bonne, et être des BG en boite. C'est grave, mais avec leurs conneries de télé réalité et compagnie, ils n'ont plus du tout les pieds sur terre.

On peut dire que ce sont des Bovary du XXIème siècle.

(Cela ne répond surement pas à ton interrogation, désolé).

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Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

L'aspect "vivre au dessus de ses moyens" du roman, pour s'offrir de belles choses, quitte à s'endetter,  est aussi bien masculin que féminin  hier comme aujourd'hui. Le rêve romantique d'un mari ayant une belle situation ,  faisant une carrière militaire et portant un superbe uniforme, ou se couvrant de gloire à la guerre , semble dépassé aujourd'hui. Ce romantisme était surtout le fait des femmes au XIX ème siècle.

A noter que si l'opération du pied bot semble une réussite au début, elle se termine par un fiasco !!! Charles Bovary avait voulu se couvrir de gloire par amour uniquement, et rendre  son village célèbre par la même occasion, afin de faire plaisir à Emma. Il n'est pas ambitieux à priori...

http://www.alalettre.com/flaubert-oeuvres-bovary.php

Homais et Emma œuvrent auprès de Charles pour le convaincre d'opérer Hippolyte, le garçon d'écurie du Lion d'Or, de son pied-bot. Charles accepte. L'opération semble un succès et Emma éprouve une tendresse admirative pour son mari. Homais montre aux Bovary l'article qu'il a préparé pour le Fanal de Rouen. Malheureusement des complications surviennent vite, et la jambe du malheureux Hippolyte se gangrène. Il faut faire appel au docteur Canivet, célèbre médecin de Neuchâtel. Il doit procéder à l'amputation de la cuisse. Cet échec anéantit les espoirs professionnels de Charles. La déception est également immense pour Mme Bovary qui se sent humiliée d'avoir fondé en vain des espoirs dans son mari. Ses dernières résolutions vertueuses disparaissent : Emma se détache irrémédiablement de Charles et s'abandonne à nouveau dans les bras de Rodolphe.

Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

Le rêve romantique d'un mari ayant une belle situation ,  faisant une carrière militaire et portant un superbe uniforme, ou se couvrant de gloire à la guerre , semble dépassé aujourd'hui. Ce romantisme était surtout le fait des femmes au XIX ème siècle.

C'est pourtant de ce romantisme qu'est morte la dernière princesse de Galles !
Certains clichés ont la vie dure, surtout quand ils sont véhiculés par les romans à l'eau de rose, romans à l'eau de rose dont on trouve des rayons entiers dans les supermarchés, romans à l'eau de rose que l'on surprend dans les mains des élèves filles.

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Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

@ Karlsbrau

Evitons d'être aussi catégorique. Beaucoup de jeunes sont des personnes très bien. Bien souvent ce sont les adultes  qui devraient réfléchir sur ce qu'ils proposent aux jeunes en terme de culture, de valeurs morales, de comportement... Les jeunes n'ont pas changé depuis la nuit des temps, c'est la société (construite par des adultes) qui "évolue". Les jeunes imitent les adultes, rien de plus, rien de moins.

Pour en revenir à la question du début madame Bovary est probablement un personnage romantique... mais dont les attentes sont "incomblables" tant elles sont élevées et correspondent à une vision idyllique de la vie.

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Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

Je viens de chercher avec google "bovarysme au masculin" et j'ai trouvé ce lien qui attribue à Frédéric Moreau de "l'éducation sentimentale" le qualificatif de bovarysme...

http://flaubert.revues.org/913#tocto1n1

Cette capacité à scandaliser et à se voir, dans la fiction, dénigré et persécuté par son entourage, se trouvera en quelque sorte mise en abyme et redoublée, dans le cas d’Emma et de Frédéric, par une aptitude similaire des deux personnages à faire scandale auprès des tribunaux — ou seulement auprès des critiques —  pour non conformité à leurs rôles sexués attendus (vertu féminine ou vaillance masculine) : par excès, dans le cas d’Emma à qui l’on reprochera ses adultères et son immoralité, par défaut, selon une symétrie inversée, dans le cas de Frédéric à qui l’on ne pardonnera pas ses tergiversations peu viriles  et son manque de « caractère ».

Je n'ai pas encore lu l'article...

Un livre semble également aborder le bovarysme au masculin...

https://books.google.fr/books?id=9T0WcB … mp;f=false

"A quelle condition peut-on parler de bovarysme au masculin ?

Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

Je ne dirais pas que Madame Bovary est romantique, mais romanesque, un type d'héroine qui remonte (au moins) à Molière.
Emma, c'est une Magdelon du XIXe, comme Magdelon est une Emma du XVIIe :

MAGDELON.- Mon Dieu, que si tout le monde vous ressemblait un roman serait bientôt fini : la belle chose, que ce serait, si d’abord Cyrus épousait Mandane, et qu’Aronce de plain-pied fût marié à Clélie.
GORGIBUS.- Que me vient conter celle-ci.

MAGDELON.- Mon père, voilà ma cousine, qui vous dira, aussi bien que moi, que le mariage ne doit jamais arriver, qu’après les autres aventures. Il faut qu’un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments ; pousser le doux, le tendre, et le passionné , ou à la promenade, ou dans quelque cérémonie publique la personne dont il devient amoureux ; ou bien être conduit fatalement chez elle, par un parent, ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache, un temps, sa passion à l’objet aimé, et cependant lui rend plusieurs visites, où l’on ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante, qui exerce les esprits de l’assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui se doit faire ordinairement dans une allée de quelque jardin, tandis que la compagnie s’est un peu éloignée : et cette déclaration est suivie d’un prompt courroux, qui paraît à notre rougeur, et qui pour un temps bannit l’amant de notre présence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser ; de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion, et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d’une inclination établie, les persécutions des pères, les jalousies conçues sur de fausses apparences, les plaintes, les désespoirs, les enlèvements, et ce qui s’ensuit. Voilà comme les choses se traitent dans les belles manières, et ce sont des règles, dont en bonne galanterie on ne saurait se dispenser ; mais en venir de but en blanc à l’union conjugale ! ne faire l’amour, mon père, qu'en faisant le contrat de mariage, il ne se peut rien de plus marchand que ce procédé, et j’ai mal au cœur de la seule vision que cela me fait.

Flaubert surplombe ses personnages qu'il méprise : qu'est-ce qu'un médecin de campagne pour le fils et le frère de chirurgiens-chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen ? Tout le malheur des personnages vient de ce que leur famille a voulu les élever au-dessus de leur condition (quelle horreur, la promotion sociale, pour un bourgeois nanti !) alors qu'ils n'en avaient pas les moyens : Charles, selon l'auteur, a la vocation d'un robuste agriculteur, et le destin d'Emma était de mener la ferme paternelle avec l'autorité dont Maupassant douera la Rosalie d'Une vie.
Alors que le héros romantique est trop grand pour sa vie, Charles et Emma sont trop petits pour la carrière qu'on leur a imposée, d'où leurs malheurs.
Flaubert a eu la double cruauté de doter son personnage féminin d'ambitions médiocres, et de ne pas lui donner les moyens de ses ambitions.

Flaubert a bien raison de dire Madame Bovary, c'est moi (à supposer qu'il l'ait vraiment dit...) : après avoir abandonné ses études de droit, il s'est laissé vivre (il n'avait pas besoin de gagner sa vie) et s'est lancé dans une carrière d'écrivain pour laquelle on se demande s'il était vraiment doué. Ses livres sont là, certes, mais produits au prix de quels efforts ! Donnant l'impression de devoirs de fort en thème, et non pas d'une expression nécessaire.

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Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

Delia a écrit :

Donnant l'impression de devoirs de fort en thème, et non pas d'une expression nécessaire.

Bonjour.
Pouvez-vous expliciter, s'il vous plait?

Madame Bovary, le romantisme au féminin ?

Le fort en thème c'est l'élève consciencieux qui réussit son thème en appliquant mécaniquement les règles de grammaire, et fort en thème n'est pas un compliment.
Les romans de Flaubert sentent l'huile, comme dirait Horace, ils ne donnent pas l'impression d'une création spontanée, même si rien n'est plus travaillé que la spontanéité, en art.

Ces romans donnent l'impression d'avoir été composés par un Frédéric Moreau qui cherche à s'occuper, et pas du tout de répondre à la nécessité intérieure de s'exprimer par l'art.

Je ne dis pas que c'est la réalité objective, je dis que c'est la perception que j'en ai. Le bovarysme au masculin, c'est Flaubert.