L’expression "poétique de la rupture" peut-elle définir la poésie d’Alcools d’Apollinaire ?

Bonjour,
Je travaille en ce moment sur une dissertation à rendre, je suis en L1 Lettres Modernes à Bordeaux III, notre programme porte sur Alcools de Guillaume Apollinaire.

Voici le sujet : "Le critique Jean Burgos a qualifié la création apollinarienne de "poétique de la rupture". Pensez-vous que cette expression puisse définir la poésie d'Alcools ?

Je vous expose mon travail préléminaire :

Analyse du sujet

  • Je me suis renseigné sur Jean Burgos.

  • "création apollinarienne" : il s'agit donc de toutes les oeuvres d'Apollinaire ou seulement de ses œuvres poétiques ? (je penche pour cette seconde option)

  • "poétique de la rupture" : jeu entre modernité et tradition.
    Premiers exemples qui soulignent cette rupture :
    - Poème de "Zone".
    - Calligrammes, "écriture de la beauté"
    - Vers libre, absence de ponctuation, monostiches, création lexicale, mots-valise, jeux de mots, thèmes neufs et inédits

  • "Définir la poésie d'Alcools" : Peut-on définir la poésie chez Apollinaire ? Pouvons-nous lui attribuer une définition ? "Prose de poète", une bonne expression ?

Parler du travail sur la FORME, la MUSICALITE, le SENS du vers.

Plan

I] La poésie du recueil d'Alcools peut-être qualifiée de "poétique de la rupture" car elle rompt structurellement, thématiquement, sémantiquement avec la poésie traditionnelle.
II] Cependant, la poésie d'Alcools ne s'écarte pas complètement de la poésie traditionnelle, le recueil est parsemé d'influences, de traces symbolistes et classiques/romantiques.
III] Alcools distille, à travers ses poèmes, des morceaux de vie tiraillés entre tradition et modernité poétique. Le surréalisme peut être perçu comme l'aboutissement d'un désir de concilier ses deux notions (doutes sur ce dernier point mais permet une ouverture intéressante, Apollinaire aillant, peu ou prou, initié ce mouvement)

Problématiques envisageables

  • Peut-on seulement qualifier le recueil Alcools d'oeuvre poétique "de la rupture" ?

  • Est-ce que le recueil Alcools peut-il seulement tendre à une "poétique de la rupture" ?

Je me suis procuré une petite anthologie d'Apollinaire chez un bouquiniste (Librairie de Livres Anciens Laurencier, près de la porte Chaillot, à Bordeaux, que je salue et remercie) qui me permet d'admirer la vaste fresque poétique d'Apollinaire, à la recherche d'exemples à l'intérieur même d'Alcools, dans le reste de l’œuvre poétique d'Apollinaire (Poèmes à Lou, Il y a, etc.), et enfin chez d'autres auteurs. Exemples que je pourrais intégrer à mes différentes parties pour faire peser mes arguments.

Merci d'avance pour vos réponses et vos aides.

L’expression "poétique de la rupture" peut-elle définir la poésie d’Alcools d’Apollinaire ?

Nils,

Puisque vous sollicitez l'avis des membres du forum, et puisque vous avez visiblement déjà entamé une réflexion intéressante, voici quelques remarques que vous voudrez peut-être prendre en compte :

1. Vous vous interrogez sur la portée de l'expression "création apollinarienne" sous la plume de Jean Burgos. En fait, vos interrogations n'ont pas lieu d'être, pour la bonne et simple raison que le sujet vous invite à vous demander si la pensée de Jean Burgos peut s'appliquer à Alcools.

2. Vous avez bien vu que votre sujet implique une réflexion sur les rapports qu'Apollinaire entretient avec la tradition, et vous avez raison de voir dans votre sujet une invitation à questionner la modernité des poèmes d'Alcools. Cela dit, vos problématiques ne sont pas satisfaisantes, car elles reprennent textuellement l'expression "poétique de la rupture". Il vaudrait mieux construire une problématique qui s'appuierait sur une reformulation de l'expression. Ainsi, vous montreriez que vous savez accéder à l'idée de Jean Burgos indépendamment des mots qu'il emploie.

3. Faites attention à votre troisième partie, dans laquelle vous envisagez de montrer que les poèmes d'Alcools oscillent entre tradition et modernité. Si vous vous contentez d'illustrer ce fait, vous aurez du mal à dire autre chose que ce qui a déjà été dit dans vos deux premières parties. Votre devoir donnera l'impression de piétiner. En outre, cette partie ne sera plus argumentative, mais simplement illustrative. Je crois que vous pouvez éviter cet écueil de deux façons. Premièrement, vous pouvez proposer une troisième partie dans laquelle vous proposerez de voir comment Apollinaire parvient à innover à partir des legs de la tradition. Une telle partie sera peut-être un peu technique, mais ce n'est pas un problème en soi. Deuxièmement, vous pouvez aussi proposer une troisième partie qui soit conçue comme une reformulation de la thèse de Jean Burgos, et donc comme une redéfinition de la poésie apollinarienne telle qu'elle apparaît dans Alcools. Si la poésie d'Apollinaire n'est pas véritablement une "poésie de la rupture", comment convient-il de la qualifier ? Faut-il la définir comme une poésie de la rencontre ou de la fusion par exemple ? A moins qu'il ne faille y voir une poésie de brocanteur qui ne soit qu'un agglomérat d'esthétiques disparates (cette critique a d'ailleurs été faite plusieurs fois à Apollinaire). Je crois même qu'avec un peu de rhétorique, vous pourriez croiser les deux approches pour proposer une troisième partie plus ambitieuse que celle à laquelle vous pensez.

4. Enfin, n'oubliez pas de jouer avec les mots du sujet pour garder une réflexion dynamique. Les correcteurs - et j'en fais partie - aiment souvent les pirouettes. Chez Apollinaire, la plus grande rupture ne consiste-t-elle pas à refuser de rompre de façon caricaturale avec la tradition ? Si rupture il y a dans Alcools, ne serait-ce pas surtout une rupture avec le désir de rupture ? Se pourrait-il que le syncrétisme de la poésie apollinarienne soit ce qui lui confère son éclat apollinien ?

Bon courage pour la suite !
Au plaisir,
FC.

L’expression "poétique de la rupture" peut-elle définir la poésie d’Alcools d’Apollinaire ?

Merci beaucoup pour votre réponse, vos propos, que je n'ai pu lire qu'en rentrant chez moi se sont vu confirmés par Joëlle de Sermet, professeur de littérature, spécialiste de la poésie, à Bordeaux III.

Je prends vos conseils en considération. Encore merci pour votre réponse claire et précise.