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Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Bonjour,


Je poste ce message car j'ai un commentaire à faire sur un extrait du livre Le colonel Chabert, de Balzac.
Pour nous aider, notre professeur nous a donné les axes de commentaire, qui sont :

-Un récit fantastique
-Un récit réaliste et vraisemblable

Donc je vois bien l'idée du réalisme, et de la vraisemblance, quand il est sous le sol, avec les cadavres, le manque d'air, ces soupirs étouffés etc.
Par contre j'avoue, que je ne vois pas du tout le fantastique là dedans, peut-être que c'est illogique qu'il est réussi à sortir vivant ?

Voici l'extrait en question : https://www.example.net/pics/842893numrisation0007.jpg

Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère dont je ne vous donnerais pas une idée en vous entretenant jusqu’à demain. Le peu d’air que je respirais était méphitique. Je voulus me mouvoir, et ne trouvai point d’espace. En ouvrant les yeux, je ne vis rien. La rareté de l’air fut l’accident le plus menaçant, et qui m’éclaira le plus vivement sur ma position. Je compris que là où j’étais, l’air ne se renouvelait point, et que j’allais mourir. Cette pensée m’ôta le sentiment de la douleur inexprimable par laquelle j’avais été réveillé. Mes oreilles tintèrent violemment. J’entendis, ou crus entendre, je ne veux rien affirmer, des gémissements poussés par le monde de cadavres au milieu duquel je gisais.
Quoique la mémoirede ces moments soit bien ténébreuse, quoique mes souvenirs soient bien confus, malgré les impressions de souffrances encore plus profondes que je devais éprouver et qui ont brouillé mes idées, il y a des nuits où je crois encore entendre ces soupirs étouffés ! Mais il y a eu quelque chose de plus horrible que les cris, un silence que je n’ai jamais retrouvé nulle part, le vrai silence du tombeau. Enfin, en levant les mains, en tâtant les morts, je reconnus un vide entre ma tête et le fumier humain supérieur. Je pus donc mesurer l’espace qui m’avait été laissé par un hasard dont la cause m’était inconnue. Il paraît, grâce à l’insouciance ou à la précipitation avec laquelle on nous avait jetés pêle-mêle, que deux morts s’étaient croisés au-dessus de moi de manière à décrire un angle semblable à celui de deux cartes mises l’une contre l’autre par un enfant qui pose les fondements d’un château. En furetant avec promptitude, car il ne fallait pas flâner, je rencontrai fort heureusement un bras qui ne tenait à rien, le bras d’un Hercule ! un bon os auquel je dus mon salut. Sans ce secours inespéré, je périssais ! Mais, avec une rage que vous devez concevoir, je me mis à travailler les cadavres qui me séparaient de la couche de terre sans doute jetée sur nous, je dis nous, comme s’il y eut eu des vivants ! J’y allais ferme, monsieur, car me voici ! Mais je ne sais pas aujourd’hui comment j’ai pu parvenir à percer la couverture de chair qui mettait une barrière entre la vie et moi. Vous me direz que j’avais trois bras ! Ce levier, dont je me servais avec habileté, me procurait toujours un peu de l’air qui se trouvait entre les cadavres que je déplaçais, et je ménageais mes aspirations. Enfin je vis le jour, mais à travers la neige, monsieur ! En ce moment, je m’aperçus que j’avais la tête ouverte. Par bonheur, mon sang, celui de mes camarades ou la peau meurtrie de mon cheval peut-être, que sais-je ! m’avait, en se coagulant, comme enduit d’un emplâtre naturel. Malgré cette croûte, je m’évanouis quand mon crâne fut en contact avec la neige.

Merci de votre aide,
A bientôt.

Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Je suis comme vous, je ne vois rien de fantastique dans ce roman.
La donnée initiale, le mort vivant, pourrait passer pour une histoire de fantôme, mais Balzac en fait un récit réaliste, la résurrection de Chabert ne sort pas des bornes de la vraisemblance.

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Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Oui c'est vrai, peut-être que le fait qu'il revient comme ça, alors que tout le monde l'a oublié est peut-être fantastique ?

Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Ce n'est pas fantastique, car le fantastique est irrationnel : exemple emblématique, la Vénus d'Ille de Mérimée. Qui a tué Alphonse ? Tous les suspects humains ont des alibis en béton, et tous les indices fournis par l'auteur pointent vers la statue. Mais une statue de bronze ne peut pas descendre de son piédestal pour tuer. On reste donc dans l'indécision.
Dans le cas du Colonel Chabert la solution est parfaitement rationnelle, nous sommes donc dans le domaine de l'étrange, l'apparemment inexplicable parfaitement expliqué.

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Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Donc si je comprends bien, tout ce qui aurait pu être fantastique dans cette oeuvre est tellement bien expliqué qu'on pourrait y croire ? J'avoue être un peu perdu là.

Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Je vous le répète : il n'y a RIEN de fantastique dans le Colonel Chabert !

Le genre fantastique se caractérise par l'indécision : ou les faits se sont produits, et ils sont inexplicables, ou ils ne se sont pas produits. Comme dans le Horla de Maupassant : le héros narrateur homodiégétique se sent possédé et met le feu à sa maison pour tuer l'esprit qui le hante. Ses domestiques meurent dans l'incendie. On se demande : était-il vraiment possédé, était-il simplement fou ? Rien dans le texte ne permet de trancher.
Rien de semblable dans le cas du colonel Chabert : on le croyait mort, et il revient, mais l'explication qu'il donne est parfaitement réaliste et vraisemblable, indiscutable et indiscutée dans le roman.

Ce n'est pas du fantastique : dans le fantastique, les personnages eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils doivent croire ou ne pas croire. Le Colonel Chabert est placé sous le signe de l'étrange, genre ou des faits en apparence inexplicables reçoivent une explication parfaitement réaliste et indiscutable.

L'aventure du colonel Chabert n'est pas sans exemple dans la réalité. Un cas plein d'humour noir : l'abbé Prévost, l'auteur de Manon Lescaut, mourut subitement. On fit son autopsie... autopsie au cours de laquelle il se réveilla ! L'époque ignorant tout de l'asepsie, il mourut d'infection.

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Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Très bien, mais dans ce cas pourquoi dans les axes de commentaire je devrais développer une partie sur le fantastique dans ce roman ?

Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Hé bien, cela m'ennuie de devoir le dire, mais cela tient à ce que votre professeur ne fait apparemment pas la différence entre le fantastique proprement dit, l'étrange et le roman gothique (rien à voir avec les cathédrales ! C'est un genre né en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, où les personnages traversent mille dangers. Edgar Poë en est un bon représentant). Il faut savoir que Balzac à ses débuts a écrit de ces romans noirs que l'on ne lit plus aujourd'hui, mais dont il s'est souvenu pour écrire cette scène terrifiante d'enterré vivant -l'enterré vivant, un thème privilégié du genre gothique.

Relevez tout ce qui tient de ce genre noir, et baptisez-le fantastique, pour faire plaisir à votre professeur

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Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Bon d'accord, je vais donc voir avec le côté "étrange" de l'oeuvre.

Balzac, Le Colonel Chabert - Lorsque je revins à moi, monsieur, j’étais dans une position et dans une atmosphère...

Creusez plutôt le côté gothique, l'horreur d'avoir été enterré vivant. C'est sans doute cet aspect terrifiant qui a fait parler de fantastique.